La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse

Quoi de neuf pour l’intelligence artificielle en Suisse en 2026?

Un médecin utilise l'IA générative
À partir de mai 2026, le Centre hospitalier universitaire de Lausanne (CHUV) commencera à tester l'IA générative dans son service d'urgences. EPFL

L’IA continuera de transformer la Suisse en 2026, avec pour priorités l’amélioration du modèle Apertus, l’apport de l’intelligence artificielle générative dans les hôpitaux et la souveraineté technologique.

L’IA générative intégrera en 2026 de nouveaux pans d’activités et gagnera encore du terrain dans les petites et moyennes entreprises, hôpitaux et institutions publiques. De son côté, le gouvernement suisse tentera de limiter les risques de discrimination algorithmique.

Alors que davantage de pays aspirent à la souveraineté technologique, la Suisse pourrait jouer un rôle de médiatrice lors de pourparlers mondiaux sur la gouvernance de l’IA.

Quelles seront les cinq grandes avancées de l’IA en Suisse cette année? Inventaire avec Thilo Stadelmann, professeur d’IA et de machine learning à la Haute école des sciences appliquées de Zurich.   

1. Un modèle d’IA suisse plus proche des utilisateurs et utilisatrices 

La principale nouveauté en matière d’IA en Suisse en 2025 a été le lancement en septembre dernier d’Apertus, premier grand modèle de langage public (LLM) multilingue et entièrement en open source du pays.

>> Pour en savoir plus sur Apertus, lire notre article ci-dessous:

Plus

Développé dans le cadre de l’initiative «Swiss IA» des hautes écoles de Suisse et financé à hauteur de 20 millions de francs par la Confédération jusqu’en 2028, ce modèle restera en 2026 au cœur de l’actualité avec des améliorations techniques et de nouvelles applications concrètes.

«L’intelligence artificielle est pour la première fois véritablement ouverte, depuis les scripts d’entraînement jusqu’à chaque token [unité de texte utilisé par ces modèles de langage], souligne Thilo Stadelmann. Cela renforce non seulement l’open source, mais permet également à des milliers d’ingénieures et d’ingénieurs en Suisse d’apprendre à bâtir des modèles d’IA de base, une compétence qui n’était accessible jusqu’à présent qu’à quelques laboratoires aux Etats-Unis et en Chine.»

Conçu en premier lieu à l’attention d’entreprises et de centres de recherche, Apertus a déjà dépassé le million de téléchargements depuis son lancement il y a quelques mois. En 2026, l’équipe qui l’a développé va se concentrer sur les fonctionnalités les plus pertinentes pour les utilisatrices et utilisateurs. «Nous voulons créer un écosystème autour d’Apertus pour avoir un impact réel et profond», explique Alexander Ilic, directeur du Centre IA à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).

Mais pour Thilo Stadelmann, l’impact le plus important du point de vue économique ne viendra pas tant de grands projets que des centaines d’initiatives qui impliquent des PME et instituts de recherche à travers le pays, mais dont les expériences sont rarement relayées dans les médias.

Il cite l’exemple d’une start-up zurichoise qui souhaiterait utiliser l’IA pour diffuser à l’avenir en direct des événements culturels. «Une sorte de Netflix des arts du spectacle», décrit-il. En cas de succès, ce modèle pourrait donner naissance à une nouvelle plateforme de médias. «Ce type de projets a plus de potentiel pour créer de la valeur et des emplois», affirme-t-il.   

2. Les hôpitaux testent l’IA générative auprès de leur patientèle

Avec l’aide d’Apertus et s’appuyant sur l’initiative «Swiss IA», d’autres modèles devraient voir le jour en 2026 en Suisse, en particulier dans le domaine médical. En mai prochain, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) entamera des tests avec Meditron, un modèle de langage génératif médical conçu pour aider spécifiquement le personnel de la santé dans ses prises de décision, à commencer par les urgences. 

Plus de 300 personnes du secteur de la santé ont évalué ce modèle en 2025 avec des cas cliniques hypothétiques. «Cette participation en dit long sur l’intérêt suscité par cette technologie, mais aussi sur le scepticisme lié aux résultats fournis», relève la médecin Noémie Blanco Boillat. Elle-même collabore en tant que chercheuse avec le Centre de la science des données biomédicales, qui pilote la mise en œuvre de l’IA au CHUV.

Professeure à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et coordinatrice du projet, Mary-Anne Hartley avance que nombre de modèles de langage commerciaux utilisés actuellement en médecine se révèlent peu fiables. Pour des raisons de confidentialité, ces modèles ne peuvent être entraînés à partir de données sensibles venant de la patientèle. Mais, dans la pratique, plus de 70% des médecins des pays qui participent au projet Meditron disent utiliser des outils comme ChatGPT.

L’avantage majeur des modèles en open source est qu’ils peuvent être adaptés à des besoins particuliers, dans les hôpitaux notamment, et fonctionner localement. Cela permet d’utiliser des données sensibles sans devoir les envoyer à des serveurs externes. Pour Mary-Anne Hartley, «ces modèles peuvent fournir beaucoup d’informations contextuelles et améliorer ainsi la qualité des réponses sans violer la confidentialité».

3. La souveraineté au centre des priorités

Sous l’effet d’un environnement géopolitique instable et de l’imprévisibilité de l’administration Trump aux Etats-Unis, la souveraineté technologique est passée de sujet de niche à priorité politique en Suisse en 2025.    

«Le gouvernement a reconnu qu’il était peu judicieux de dépendre d’autres pays pour le fonctionnement des infrastructures de base», explique Thilo Stadelmann. Il fait référence au fait que la plupart des outils numériques sont exploités actuellement par des entreprises basées dans d’autres pays.

En 2026, le gouvernement suisse va s’efforcer d’identifier les risquesLien externe sécuritaires pouvant affecter aussi sa diplomatie, et proposer des mesures. L’administration fédérale devra donc se conformer à de nouvelles lignes directricesLien externe pour réduire la dépendance à des fournisseurs (souvent américains) et renforcer le contrôle des infrastructures et des données.

>> La Suisse a encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre la souveraineté en matière d’IA. Découvrez pourquoi:

Plus

Des projets tels qu’Apertus s’inscrivent dans cette stratégie à long terme. Mais des contradictions évidentes demeurent. «Nous parlons d’un côté de souveraineté technologique, et de l’autre nous restons dépendants de quelques grands acteurs établis à l’étranger», résume Thilo Stadelmann.

Le gouvernement suisse a ainsi l’intention de débourser 140 millions de francs ces deux prochaines années pour renouveler ses licences Microsoft. Changer de fournisseur est considéré comme trop risqué et onéreuxLien externe. Mais les autorités étudient des alternatives.

4. Davantage de garde-fous contre la discrimination 

Après quelques tergiversations quant à son approche, la Suisse a finalement décidé de ne pas adopter la réglementation de l’Union européenne sur l’IA imposant des règles strictes aux systèmes à haut risques pouvant nuire aux individus. La Suisse ratifiera en revanche la Convention sur l’IA édictée par le Conseil de l’Europe et adaptera ses lois en conséquence.  D’ici la fin 2026, des règlementationsLien externe, contraignantes ou non, devraient s’imposer dans des domaines sensibles (santé, mobilité autonome, etc).

Alors que l’IA est de plus en plus utilisée pour recruter du personnel ou accéder au crédit, le risque de discrimination algorithmique augmente. Certains modèles d’IA produisent des résultats parfois biaisés ou injustes, et désavantagent systématiquement certaines personnes ou groupes. La Suisse s’efforcera en 2026 de faire plus pour protéger la population, a indiqué à Swissinfo la ministre de l’Intérieur, Elisabeth Baume-Schneider

>> En Suisse, les protections contre la discrimination liée aux algorithmes d’IA sont encore faibles et fragmentées:

Plus

Pour le professeur Thilo Stadelmann, toute innovation entraînant des changements majeurs dans la société devrait être réglementée. Il considère toutefois que les lois devraient surtout se concentrer sur les modèles économiques.

«Le plus grand risque ne réside pas dans la technologie en elle-même, mais dans les modèles qui utilisent l’IA pour maximiser l’attention et créer une dépendance. Nous en voyons les conséquences sur la jeunesse», note-t-il, en référence aux réseaux sociaux basés sur des algorithmes générés par l’IA, qui visent à conserver les jeunes sur ces plateformes. 

5. En route pour le Sommet de Genève en 2027 

La Suisse accueillera en 2027 à Genève un sommet mondial sur l’IALien externe, affichant son ambition de se positionner comme leader en matière de gouvernance technologique. Le choix de Genève n’est pas dû au hasard. La ville est depuis des décennies un pôle mondial de la médiation et abrite de nombreuses organisations internationales.

«Je suis convaincu que la Suisse doit montrer comment elle peut contribuer mondialement», avait déclaré le conseiller fédéral Albert Rösti, chargé du Département de la communication, au moment de proposer Genève pour ce sommet.

>> La Suisse veut avoir son mot à dire dans les décisions mondiales sur l’IA. Mais parce qu’elle n’est pas membre de l’UE, elle risque d’être exclue des initiatives les plus importantes:

Plus

Les travaux préparatoires débuteront début 2026, au même moment que l’annonce des coûts engendrés par la manifestation. En attendant, la Suisse coopère déjà avec l’Inde pour le sommet qui se déroulera fin février 2026 à New Delhi.

Thilo Stadelmann voit dans la tenue de cet événement en Suisse l’occasion d’aller au-delà de la réglementation technique pour promouvoir, à l’ère de l’intelligence artificielle, un cadre mondial qui préserve la dignité humaine, l’autonomie et la qualité des relations sociales.

«Grâce à sa neutralité et sa tradition humanitaire, la Suisse peut rassembler différents acteurs, comme cela s’était déjà produit jadis avec les Conventions de Genève», conclut-il.

Contenu externe

Relu et vérifié par Gabe Bullard, traduit par Alain Meyer/ptur 

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision