Israël: l’opposition devant Netanyahou, mais sans majorité
L'opposition est arrivée légèrement en tête mardi en Israël à l'issue des premières élections depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, mais pas assez pour former un gouvernement. Le scrutin a été marqué par une forte mobilisation et une poussée des partis arabes.
(Keystone-ATS) Le taux de participation a atteint 77,7%, au plus haut depuis 1999. Selon les sondages à la sortie des urnes des chaînes de télévision 11, 12 et 13, le «bloc du changement» emmené par le centriste Gadi Eisenkot devrait récolter environ 52 sièges sur les 120 que compte le Parlement israélien, la Knesset, loin de la majorité de 61 députés pour pouvoir former un gouvernement.
La coalition sortante de droite et d’extrême droite du premier ministre Benyamin Netanyahou est, elle, créditée de 50 députés. La formation du premier ministre, le Likoud, reste le premier parti avec 24 ou 25 sièges (contre 32 précédemment), devant le Yashar de M. Eisenkot.
L’autre fait marquant de la soirée est la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), qui s’imposent comme de possibles faiseurs de rois avec 17 ou 18 sièges estimés.
«Défaite écrasante»
M. Eisenkot a qualifié ces premières estimations de désaveu «complet» pour le premier ministre sortant, tandis que son allié Yaïr Lapid y a vu une «défaite écrasante».
Mais si M. Netanyahou sort ébranlé de ce vote, la situation ressemble pour l’instant à une impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université de Bar-Ilan.
«Netanyahou n’a aucun moyen de former un gouvernement» et le bloc de M. Eisenkot devra «soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire», deux options jusque-là rejetées par le camp de l’opposition, dit-elle.
«Si Netanyahou a perdu, cela ne signifie pas qu’Eisenkot a gagné», estime aussi Gideon Rahat, politologue à l’université hébraïque de Jérusalem.
Le premier ministre n’a pas réagi dans l’immédiat, mais son ministre des affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié de «prématurées» les «célébrations» de l’opposition.
Besoin d'»alliances inédites»
L’absence de majorité signifie que les partis vont désormais se lancer dans des semaines d’intenses tractations pour tenter de former une coalition gouvernementale. Et en cas d’échec, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l’histoire d’Israël, il faudra retourner aux urnes.
«Pour former un gouvernement, il faudra briser les règles et les normes établies, en forgeant des alliances inédites», souligne Yaheli Lifshitz, un étudiant venu célébrer la performance de Gadi Eisenkot au siège de son parti à Tel-Aviv, où les estimations ont été accueillies aux cris de «Bibi [surnom de Netanyahou, ndlr] rentre chez toi!»
Cela veut dire «soit faire venir quelqu’un» de l’actuelle coalition gouvernementale, soit «travailler avec les partis arabes», dit-il.
La commission électorale va commencer à publier progressivement les résultats officiels dans la nuit de mardi à mercredi, un processus qui pourrait durer plusieurs jours.
Le tableau indécis qui se dessine pour l’instant est l’image de la polarisation du pays, qui s’est renforcée depuis les attaques du 7 octobre 2023 dont l’ombre a plané sur le scrutin.
Menaces contre l’Iran
Les élections interviennent sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l’expansion des colonies en Cisjordanie occupée, sous le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.
Les résultats sont scrutés dans le monde entier, alors que M. Netanyahou multiplie de nouveau les menaces contre l’Iran au risque d’aggraver un conflit dont les répercussions se font sentir bien au-delà du Moyen-Orient.
Face à l’impasse, l’une des clés pour atteindre une majorité gouvernementale pourrait être la minorité arabe israélienne, qui constitue près de 20% de la population et se dit discriminée comme jamais.
C’est d’ailleurs sur cette minorité que M. Netanyahou a concentré ses attaques pendant sa campagne, en accusant mardi le parti Raam de vouloir «voler l’élection», après l’arrestation de trois hommes avec des enveloppes remplies d’argent liquide.
Les autorités électorales ont évoqué un «cas isolé» et M. Eisenkot l’a accusé de «préparer le terrain» à une contestation possible des résultats.
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