Israël accusé de crimes de guerre en Syrie (enquêtrices onusiennes)
Israël a retenu des dizaines de Syriens sur le territoire syrien avant de les acheminer a priori sur le sien, selon les enquêtrices onusiennes. Mardi à Genève, elles ont parlé d'actes qui peuvent équivaloir à des crimes de guerre.
(Keystone-ATS) Fin juin, 49 personnes, dont deux enfants, étaient détenues par l’armée israélienne après avoir été arrêtées sur le territoire syrien, a affirmé une membre de la Comission d’enquête internationale sur la Syrie, Fionnuala Ní Aoláin, devant le Conseil des droits de l’homme. Elles auraient été ensuite acheminées en Israël.
«La situation de ces personnes reste largement inconnue», a expliqué à la presse Mme Ní Aoláin, déplorant que l’acèsaux détenus soit banni par l’Etat hébreu. Elle a aussi dénoncé l’établissement par Israël d’un réseau de checkpoints provisoires et d’infrastructures militaires, après s’être rendue sur place en juillet avec sa collègue Monia Ammar.
Cette approche «a significativement affecté les civils» syriens, a insisté Mme Ní Aoláin, qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU mais est mandatée par le Conseil des droits de l’homme. Des centaines de personnes ont été interrogées et détenues. La Commission cible une extension de l’occupation israélienne en Syrie. Les activités militaires israéliennes «augmentent» depuis deux ans, elles sont «soutenues» et elles sont «ancrées», dit la membre de la Commission, ajoutant également que des maisons ont été détruites.
Elle s’en prend encore aux autorités syriennes. Celles-ci doivent évaluer la légalité de la détention de milliers de personnes accusées d’être liées au régime déchu de Bachar al-Assad. Damas répond que des milliers d’investigations ou de poursuites sont menées. «Il y a d’immenses défis pour établir un Etat de droit légitime», a toutefois admis plus tard Mme Ní Aoláin.
Les deux enquêtrices déplorent également l’absence d’indications sur les personnes portées disparues et sur les prisonniers après les violences à Soueïda l’année dernière. Plus de 1500 personnes avaient été tuées. La Commission avait considéré en mars que des actes équivalant à des crimes de guerre avaient été perpétrés.
Etats-Unis ciblés par les enquêtrices
Malgré des efforts du gouvernement, des problèmes importants sur les droits humains continuent «d’alimenter l’insécurité» dans cette région du pays, selon la membre de la Commission. Des milliers de druzes restent déplacés. Une «impasse continue» est observée entre les autorités locales et nationales sur cette situation, a ajouté Mme Ní Aoláin.
De même, l’établissement des responsabilités dans les affrontements entre milices proches du régime et des groupes alaouites dans l’ouest du pays se fait également toujours attendre. Plus de 1000 personnes avaient été tuées.
La Commission dénonce également toujours la détention de plus de 2000 individus, surtout des femmes et des enfants, dans le camp de Roj, dans le nord-est de la Syrie, en raison de leurs liens avec des djihadistes. Cette rétention constitue «la détention arbitraire pour des questions sécuritaires la plus massive» actuellement dans le monde, a ajouté Mme Ní Aoláin. Plus d’une centaine d’enfants sont détenus dans des sites militaires.
Et auparavant cette année, près de 5800 hommes et enfants de 60 pays avaient été transférés de force en Irak dans un dispositif piloté par les Etats-Unis. Cette approche pourrait constituer une violation «massive» du principe de non-refoulement, ajoute la Commisson qui va mener des investigations. Et elle fait partie plus largement d’autres transferts forcés depuis 2019 depuis la Syrie.