Jeunes Tibétains en exil: un nouveau style... efficace

L'intervention militante de l'activiste suisse Pema Dolkar à Olympie fin mars 2008 lors de la cérémonie de la flamme olympique avait suscité une émotion mondiale. Reuters

Les manifestations de Tibétains se sont multipliées ces derniers mois dans la perspective des Jeux Olympiques à Pékin. Une nouvelle génération de militants s'est ainsi révélée, celle des jeunes Tibétains en exil.

Ce contenu a été publié le 29 juillet 2008 - 16:03

Une des images les plus fortes des manifestations récentes a sans conteste été celle de Pema Dolkar. Lors de la cérémonie de la flamme olympique dans le village grec d'Olympie, fin mars 2008, elle s'était jetée devant un coureur en criant «stop killing Tibet!», le visage enduit de ketchup.

En 2001, c'est l'actrice Yangzom Brauen qui avait suscité une émotion mondiale alors qu'elle se trouvait à Moscou. La jeune femme participait à une manifestation contre l'attribution des Jeux à Pékin. Furieuse et bouleversée, elle avait été arrêtée et emmenée par la police moscovite.

Les deux jeunes femmes vivent en Suisse. Ce n'est pas un hasard: la Suisse compte près de 4000 Tibétains en exil, ce qui en fait la plus grande communauté hors d'Asie.

Association de jeunes

Etudiante en sciences des médias, la Bernoise Tenzin Losinger-Namling était aussi à Olympie ce printemps. Elle a participé à la contre-manifestation symbolique – la course tibétaine de la flamme olympique – pour manifester contre le mépris des droits de l'homme en Chine et pour un Tibet libre.

A l'instar de Pema Dolkar et de Yangzom Brauen, Tenzin Losinger-Namling est membre de l'association «Tibeter Jugend in Europa» ou «Tibeter Youth Association in Europe» (VTJE/TYAE). Celle-ci compte aujourd'hui quelque 350 membres.

L'association a été créée en 1970 à Zurich. Son but explicite était d'assumer la «responsabilité morale» des exilés face à leur peuple et à leur pays.

En Grèce, le petit groupe de militants suisses avait été très vite suivi par des forces de sécurité chinoises. «Ils savaient tout de nous», explique Tenzin Losinger-Namling. La jeune femme est persuadée que les échanges de mails ont également été contrôlés. Des virus ont en tout cas fait leur apparition dans les ordinateurs.

Cette surveillance chinoise n'a toutefois pas effrayé l'étudiante. Au contraire, sa motivation s'en est trouvée renforcée. «Cette réaction montre que le gouvernement chinois a peur de nous, et c'est bien ainsi», dit la Bernoise d'adoption.

Encore plus sous pression

La colère ne quitte pas Tenzin Losinger-Namling quand il s'agit de politique chinoise. Bien qu'elle n'ait jamais été au Tibet, elle ressent un lien fort avec ce pays. «Le gouvernement chinois y agit de façon hypocrite», dit-elle. Beaucoup se laissent aveugler.

Pour Tenzin Losinger-Namling, montrer de la sympathie pour le Tibet ne suffit pas. «Ce qui importe, c'est de faire quelque chose.»

Y a-t-il des limites à l'activisme politique? «Je suis prête à aller loin, mais sans violence», dit la jeune femme qui porte la chemise blanche et les grandes boucles d'oreille tibétaines.

Mais cet engagement, qui ne recule jamais devant la provocation, est-il conciliable avec la «voie médiane» prônée par le Dalaï Lama pour permettre le dialogue sur l'autonomie culturelle?

Contrairement au Dalaï Lama, Tenzin Losinger-Namling revendique un Tibet indépendant. Mais «je suis consciente qu'étant donné la pression politique qui pèse sur lui, le Dalaï Lama doit choisir une autre voie», affirme-t-elle.

Question d'intégration

N'empêche: «Le mouvement pour un Tibet indépendant a trouvé dernièrement une nouvelle dynamique, explique l'étudiante. Les problèmes sont abordés de manière créative.»

Selon la jeune femme, ce changement de style n'est pas lié à l'arrivée d'une nouvelle génération dans le mouvement. C'est plutôt une question de langue et d'intégration dans le pays d'accueil, dit-elle.

Beaucoup de Tibétains exilés de la première heure, par exemple ceux qui habitent à Rikon, dans l'Oberland zurichois, où une importante communauté est établie, ne savent pas un mot d'allemand. Pour eux, il est plus difficile de s'adresser au grand public.

La communauté tibétaine de Rikon est née grâce à l'accueil de nombreux réfugiés par les anciens patrons de la fabrique de casseroles Kuhn Rikon en 1960, après la répression chinoise. Ils avaient reçu un travail et un logement.

Exigences des jeunes

«L'engagement des jeunes est plus visible sur le plan médiatique mais le message est resté le même», confirme Dolkar Gyaltag, la tante de Tenzing. Agée de 59 ans, cette Tibétaine a grandi, comme tant d'autres enfants de réfugiés, au village d'enfants Pestalozzi de Trogen.

«Les jeunes savent mieux utiliser les médias, poursuit Dolkar Gyaltag. Ils sont aussi imprégnés d'occident.»

«Les anciens demandaient à l'opinion mondiale de se préoccuper de la question tibétaine, tandis que les jeunes l'exigent», précise Dolkar Gyaltag. Ou, en d'autres mots: avant, on priait, aujourd'hui on proteste.

Les plus âgés acceptent le changement. Pour autant que le recours à la violence reste tabou.

Idées à profusion

Les nouveaux activistes de la cause tibétaine ne manquent en tout cas pas d'idées provocatrices. «Je ne couche pas»: ces mots, faisant allusion au président de la Confédération Pascal Couchepin, ont été projetés la nuit début juillet sur la façade du Palais fédéral, soit un mois avant l'ouverture des Jeux olympiques. Le visage du conseiller fédéral était aussi projeté, un bandeau noir sur les yeux et la bouche.

Organisée par quatre organisations tibétaines, cette action vise la population suisse de boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux le 8 août prochain. La population est aussi invitée à intervenir auprès du Conseil fédéral.

La place fédérale avait déjà été le théâtre d'une protestation tibétaine en 1999. Lors de la visite du président chinois Jiang Zemin, des activistes avaient agité sur un toit des drapeaux «Free Tibet», ce qui avait provoqué l'ire des officiels chinois vis-à-vis de la Suisse.

swissinfo, Corinne Buchser
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)

TIBETAINS EN SUISSE

Le 7 octobre 1950, un an après la proclamation de la République populaire de Chine, Mao Zedong ordonne l'invasion militaire du Tibet. Quelque 40'000 soldats pénètrent à l'est du Tibet.

La résistance tibétaine est réprimée dans le sang en 1959. Agé de 24 ans, le Dalaï Lama s'enfuit, déguisé en soldat, de Lhasa vers l'Inde. Quelque 120'000 Tibétains le suivront en exil en franchissant les hauts cols de l'Himalaya.

Les premiers groupes de réfugiés arrivent au village Pestalozzi de Trogen en automne 1960. Sur fond de guerre froide, le Conseil fédéral approuve, en 1963, l'accueil de 1000 Tibétains.

Aujourd'hui, la communauté de 4000 Tibétains en Suisse – vivant principalement en Suisse alémanique – est la plus grande d'Europe. A Rikon (ZH), un monastère tibétain a aussi vu le jour.

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EXIGENCES CHINOISES

La Chine pose des conditions à la poursuite du dialogue avec les délégués du Dalaï Lama.

Pékin exige que le Dalaï Lama soutienne sans conditions la tenue des Jeux Olympiques, du 8 au 24 août prochain.

Selon l'agence de presse chinoise Xinhua qui se basait sur les déclarations d'un porte-parole du gouvernement, le DalaÏ Lama doit en outre renoncer à demander l'indépendance du Tibet. Il doit condamner les activités «violentes et terroristes» de certains groupes militants.

Le Dalaï Lama a expliqué il y a plusieurs mois qu'il ne revendiquait pas l'indépendance du Tibet, qu'il s'opposait à toute violence et qu'il soutenait les Jeux Olympiques à Pékin.

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