Les Etats-Unis ont-ils fait pression sur la justice suisse en faveur d’un puissant homme d’affaires vénézuélien?
Alejandro Betancourt, intermédiaire privilégié de Washington dans le secteur pétrolier vénézuélien, fait l'objet d’une procédure pénale en Suisse. Selon une enquête du Washington Post, de hauts responsables américains seraient intervenus auprès des autorités suisses pour défendre ses intérêts.
Très influent, l’homme d’affaires entretient des liens étroits avec le pouvoir à Caracas et dispose notamment d’un accès direct à la présidente par intérim Delcy Rodríguez. Sa société est aujourd’hui le deuxième producteur privé de pétrole du Venezuela.
Après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines en janvier, Alejandro Betancourt devient un intermédiaire clé entre Washington et Caracas, notamment dans le secteur pétrolier.
Vendredi dernier, Donald Trump annonçait d’ailleurs un accord avec le Venezuela, présenté comme historique, dans lequel la société de Betancourt devrait jouer un rôle central. Le dispositif concerne 17 gisements de pétrole représentant quelque 65 milliards de barils de réserves.
Une procédure pénale en Suisse
Depuis 2019, le parquet zurichois enquête sur Alejandro Betancourt pour des soupçons de blanchiment d’argent. L’homme d’affaires nie toute malversation.
En novembre 2025, la Suisse demande son extradition depuis le Royaume-Uni. Alejandro Betancourt est alors arrêté et interdit de quitter le territoire britannique pendant que les autorités examinent la demande suisse.
Des contacts américains au plus haut niveau
C’est dans les semaines qui suivent la capture de Nicolás Maduro que les démarches américaines commencent. Le Département d’Etat contacte d’abord le Département fédéral des affaires étrangères. Le Département de la Justice échange aussi avec le procureur général de la Confédération.
L’Office fédéral de la justice a confirmé lundi à la RTS qu’un «bref entretien» avait bien eu lieu. Il précise toutefois que le procureur général s’est contenté de renvoyer ses interlocuteurs américains vers le parquet zurichois, compétent dans cette affaire.
Des discussions débutent ensuite avec la justice zurichoise, indique le Washington PostLien externe. Le message est le suivant: Betancourt doit pouvoir voyager. Washington signale également sa préférence pour un règlement de l’affaire sans sanction pénale.
Zurich retire sa demande d’extradition
En mai, la demande suisse d’extradition adressée au Royaume-Uni est retirée à l’initiative de la justice zurichoise. Interrogé lundi par la RTS, le parquet zurichois explique cette décision par des «particularités du droit britannique en matière d’extradition», sans souhaiter entrer davantage dans les détails, invoquant le secret de l’instruction et la stratégie de l’enquête.
Il précise toutefois que ce retrait concerne uniquement la procédure d’extradition au Royaume-Uni et que la procédure pénale contre Alejandro Betancourt, elle, se poursuit.
Au moment de retirer sa demande d’extradition, la Suisse aurait en outre demandé aux Etats-Unis d’arrêter l’homme d’affaires s’il se rendait sur leur territoire, indique le Washington Post. Une demande à laquelle Washington n’a pas donné suite.
Un visa américain malgré la demande suisse
En juin, l’administration américaine a en effet délivré à Alejandro Betancourt un visa à entrées multiples. Il s’est depuis rendu plusieurs fois aux Etats-Unis et a également voyagé au Venezuela.
Cette affaire soulève une question centrale côté suisse: quelle influence les démarches américaines ont-elles réellement exercée sur le déroulement de la procédure?
Sollicité par la RTS, le DFAE indique ne pas vouloir commenter l’article du Washington Post.
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