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Les scieries ont souffert du franc fort – Nouveaux débouchés en vue

La scierie Burgat à St-Aubin est une des plus grandes de l'Arc jurassien. KEYSTONE/LAURENT GILLIERON sda-ats

(Keystone-ATS) Si la demande mondiale de bois ne cesse de croître, la plupart des 280 scieries suisses ont souffert du franc fort. Pour survivre, certaines, comme Burgat SA à St-Aubin (NE), se sont spécialisées dans le bois local et ont prospecté de nouveaux débouchés.

Quand on sort de l’autoroute à St-Aubin, l’empilement de troncs et de planches attire immédiatement le regard. En s’approchant, on découvre une machine à 400’000 francs, un chariot de débitage, qui coupe les troncs à la bonne longueur, soit entre 2 et 5 mètres pour les feuillus (hêtre, chêne, frêne essentiellement) et entre 4 et 5 mètres pour les épicéas.

La scierie, une des deux plus grandes de l’Arc jurassien, fait partie des meubles. La famille Burgat la possède depuis les années 30 mais au 13e siècle déjà, on sciait du bois à cet endroit, grâce à la force de l’eau du ruisseau du Pontet.

Après l’abandon du taux plancher de l’euro mi-janvier 2015, la scierie aurait pu disparaître, la situation de l’industrie du bois suisse étant déjà précaire, et «a touché le fond», reconnaît son directeur Bertrand Burgat. Le paradoxe : si la scierie ne s’approvisionne qu’en bois local dans un rayon de 40 kilomètres pour sa production, elle en exporte les 70%.

Elle livre surtout en Italie, mais aussi en Allemagne et France. Et indirectement aussi en Inde et en Chine, via ses fournisseurs.

«Nos acheteurs à l’étranger sont l’industrie du meuble, de l’agencement d’intérieur, des fabricants de manche et les usines d’articles en bois. Parfois, ces produits labellisés «bois suisse» reviennent en Suisse pour y être vendus, après avoir été façonnés dans des pays où la main-d’oeuvre est meilleur marché», constate Bertrand Burgat.

Les 30% de vente en Suisse sont faites à des artisans, des menuisiers, des paysagistes pour les aménagements extérieurs ou les CFF pour les traverses en bois. La construction est aussi un domaine important.

8000 à 10’000 arbres par an

L’entreprise façonne 10’000 m3 par année, soit 8000 à 10’000 arbres pour un chiffre d’affaires d’environ 3 millions de francs depuis 2016. En 2014, avant le fort renchérissement du franc, les ventes se chiffraient à 8 millions avec 14 employés, contre 9-10 employés actuellement.

«On a été obligé de se restructurer et d’arrêter la très grosse partie de notre activité commerciale, soit l’achat et la vente de grumes», explique le directeur. La partie commerciale est passée de 75% du chiffre d’affaires à 25% actuellement.

Depuis cet été,»la valorisation de l’euro est une bouffée d’oxygène», ajoute Bertrand Burgat. Elle permet notamment à la firme d’investir dans ses infrastructures et de se diversifier en participant à la construction d’une nouvelle centrale de chauffe de grande dimension, en collaboration avec la commune de St-Aubin et le fournisseur d’électricité Viteos.

Cela va permettre de chauffer l’entier du village dès le printemps 2018, via le chauffage à distance à biomasse. «Comme cela on valorise entièrement le bois, puisque l’on récupère l’écorce, la sciure et le flan de l’arbre pour en faire de la biomasse», note Bertrand Burgat.

Argument marketing

Le directeur de l’entreprise, aux mains depuis la 4e génération de la famille Burgat, se réjouit de voir que les consommateurs et les collectivités publiques exigent de plus en plus souvent du bois suisse dans leur construction. Certaines entreprises en font un argument marketing comme la marque horlogère Audemars Piguet, qui est en train de faire un musée et un hôtel uniquement avec du bois de la Vallée de Joux (VD).

«La demande pour les constructions en bois va être exponentielle en Europe ces prochaines années», estime Bertrand Burgat. Certains architectes veulent même construire des tours uniquement avec ce matériau. Il va manquer des épicéas, car «on ne va pas en couper plus pour suivre la demande», note le directeur.

Une solution serait d’utiliser du hêtre en lamé/collé mais son coût est trois à quatre plus élevé que celui de l’épicéa. «Pour l’instant, il n’est pas compétitif» mais les choses pourraient évoluer très rapidement.

Au bout de la scierie, le stock des planches de 3500m3 est impressionnant. «Nous scions la majorité des arbres, sans savoir qui en sera l’acheteur, même si certains sont récurrents. De toute façon, on doit sécher le bois entre 6 mois et 1 année pour qu’il soit prêt à être vendu», note le directeur.

Certains feuillus, comme le chêne, doivent même être séchés au four, car le taux d’hygrométrie pour le bois séché à l’air est trop élevé pour une utilisation à l’intérieur des maisons.

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