La Suisse rend hommage à Ibrahim Rugova
Berne adresse ses condoléances au peuple kosovar après le décès de son président qui a succombé samedi à un cancer du poumon à 61 ans.
Elle regrette un homme d’Etat qui a su incarner les aspirations du peuple kosovar et espère que sa disparition n’entravera pas un processus crucial pour la stabilité de la région.
«Des liens nombreux et étroits relient la Suisse et le Kosovo», souligne le ministère suisse des Affaires étrangères dans un communiqué diffusé samedi. Près de 200’000 Kosovars vivent en Suisse, soit près d’un Kosovar sur dix, pour la majorité depuis plusieurs années.
La Cheffe du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), Micheline Calmy-Rey, avait rencontré Ibrahim Rugova lors de sa visite officielle au Kosovo en été 2005. Elle l’avait alors assuré de la pérennité de l’engagement de la Suisse dans la région.
Le Gandhi des Balkans
Samedi, son ministère a tenu à rendre hommage à un homme d’Etat qui a su «incarner les aspirations du peuple kosovar tout en exerçant une action modératrice dans un contexte régional marqué par les séquelles d’une histoire dramatique».
«Ibrahim Rugova a toujours choisi des moyens pacifiques et démocratiques dans son combat, ajoute le président de la Confédération Moritz Leuenberger dans un communiqué diffusé samedi soir. Son engagement a contribué à trouver une issue au conflit ayant touché le Kosovo».
Souvent surnommé le «Gandhi des Balkans», allusion à son choix de la non-violence pendant la répression sous le régime Milosevic qui avait instauré un véritable apartheid anti-albanais, Ibrahim Rugova laisse un grand vide derrière lui.
Vide d’autant plus important que sa mort survient alors que les chefs politiques kosovars sont divisés et que la province irrédentiste – aujourd’hui province serbe sous protectorat international – doit décider de son avenir.
L’avenir du Kosovo
La population kosovare albanaise, très largement majoritaire, la plupart des Serbes ayant quitté la province, exclut tout retour dans le giron serbe et est massivement favorable à l’indépendance.
Quant aux Serbes, ils considèrent le Kosovo comme le berceau historique de leur nation.
Lors de sa visite à Pristina en été 2005, Micheline Calmy-Rey avait expliqué à Ibrahim Rugova la position suisse favorable à une forme d’indépendance formelle du Kosovo.
Aujourd’hui, la Suisse espère que «la disparition prématurée d’Ibrahim Rugova n’entravera pas un processus crucial pour la stabilité de toute la région».
Les Nations unies ont annoncé samedi que les négociations sur l’avenir du Kosovo, sans cesse reportées, étaient suspendues une nouvelle fois jusqu’au mois prochain.
Elles auraient dû avoir lieu mercredi à Vienne, en Autriche, et devaient mettre face à face dirigeants kosovars et serbes sous les auspices de l’ONU.
swissinfo et les agences
Près de 200’000 Kosovars vivent en Suisse.
La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a rencontré le président Ibrahim Rugova en été 2005, lors d’une visite officielle au Kosovo.
La Suisse s’est exprimée plusieurs fois en faveur de l’indépendance du Kosovo et a proposé de servir d’intermédiaire entre les deux parties.
Le Parlement a décidé de prolonger la participation des militaires suisses dans la force de paix KFOR au Kosovo (Swisscoy) jusqu’à fin 2008.
– En 1999, l’OTAN a mené des frappes aériennes (78 jours) pour mettre fin à la répression serbe contre la population de souche albanaise de la province du Kosovo, dans le sud de la Serbie.
– Depuis, le Kosovo est administré par l’Organisation des Nations unies, qui applique sur place les standards démocratiques.
– Les négociations autour du statut de cette province, intégrée à la Serbie-Monténégro, sont sans cesse reportées. Pristina souhaite l’indépendance du Kosovo, Belgrade y est catégoriquement opposée.
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