Le génocide arménien, un sujet tabou en Turquie
En Turquie, on suit de très près la démarche de l'association Suisse-Arménie. Car cette initiative conforte les pires craintes du gouvernement turc. Celui-ci redoutait en effet qu'en reconnaissant le génocide arménien, la France fasse des émules.
Les parlements grec, italien et européen ainsi que le Sénat belge et la Douma russe ont pourtant déjà reconnu le génocide arménien, bien avant le vote français.
Mais la réaction turque avait alors été discrète. Ce qui fâche la Turquie, cette fois, c’est que c’est une loi qui est votée et non une résolution. Une loi votée par la France, le «pays des Droits de l’Homme», ce qui est symboliquement plus fort.
Une loi dont pourrait arguer l’Arménie pour justifier ses revendications territoriales. Une loi que brandirait la diaspora arménienne pour obtenir réparation. Enfin, la France est l’un des tout premier partenaire commercial de la Turquie dont elle est également l’avocat auprès de l’Union européenne.
«Pour nous, c’est comme un coup de poignard dans le dos de la part d’un pays ami», expliquait un intellectuel turc francophone. Car admettre le génocide arménien pour un Turc, c’est remettre en question l’idéologie nationale d’une République turque et musulmane à 95 % au sein desquels les Arméniens, les Grecs et les Juifs sont désormais des minorités tout juste tolérées.
La Suisse n’est pas un partenaire négligeable pour la Turquie, elle est dans le peloton des dix premiers pays exportateurs mais son poids politique et symbolique est moindre que celui de la France.
Si Berne suivait cependant l’exemple français, il faudrait s’attendre à un certain refroidissement des relations turco-suisses. Or ces dernières se sont très nettement améliorées depuis l’année dernière, en grande partie grâce à l’action de Joseph Deiss, lui-même.
Le Conseiller fédéral est d’ailleurs venu plusieurs fois en Turquie, suivi l’année dernière de David Syz, très soucieux de soutenir l’essor des relations commerciales turco-suisses.
Bref, actuellement tout va pour le mieux entre Berne et Ankara, ce qui ne fut pas le cas pendant la décennie précédente. On imagine qu’avant de soutenir la reconnaissance du génocide arménien, Joseph Deiss y regardera donc à deux fois.
Ariane Bonzon, Istanbul
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