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Pourquoi les navigateurs suisses comptent parmi les meilleurs au monde

Une traversée de l'Atlantique en un temps record : Bernard Stamm
Une traversée de l'Atlantique en un temps record: Bernard Stamm file à toute allure sur les vagues, en 2001. Bernard Stamm

La Suisse est un petit pays éloigné de la mer. Pourtant, elle figure parmi les grandes nations de la voile. Quelles en sont les raisons? Réponse et tour d’horizon des navigatrices et navigateurs les plus audacieux.

La Suisse est une nation majeure de la voile. Cela s’explique par son esprit d’innovation – et certainement aussi par sa richesse, car la voile est un sport coûteux. Au plus haut niveau, où les limites sont sans cesse repoussées et l’usure du matériel importante, ces facteurs jouent un rôle clé. Cerise sur le gâteau, le pays dispose d’un bassin idéal qui a nourri les ambitions de plusieurs générations de navigateurs et navigatrices: le lac Léman.

C’est ainsi que l’élite de la voile helvétique – sans accès à la mer – a repoussé les limites du possible sur les océans. Tour d’horizon.

Justine Mettraux, 1986 – la femme la plus rapide en mer

Justine Mettraux.
Justine Mettraux a grandi au bord du lac Léman. zvg

Justine Mettraux n’a que 27 ans lorsqu’elle signe son premier exploit en terminant à la deuxième place de la course transatlantique Mini-Transat. Elle est alors la femme la plus rapide de l’histoire de cette épreuve, dans laquelle des skippers solitaires s’affrontent sur des petits voiliers de 6,50 mètres.

Par la suite, elle réalise un autre exploit en devenant la femme la plus rapide de l’histoire sur l’épreuve en solitaire la plus difficile, le Vendée Globe 2024 (voir encadré) – un tour du monde sans escale. Justine Mettraux boucle le parcours en 76 jours, se classant huitième au général, derrière des bateaux techniquement plus avancés.

La navigatrice genevoise a atteint le sommet mondial de la voile. À son surnom «Justine la machine» s’est ajouté en 2025 le titre de «Rolex World Sailor of the Year». Une distinction qu’aucun autre navigateur suisse n’avait reçue avant elle.

Alan Roura, 1993 – le bâtisseur de réseaux

Il a toujours vécu sur des bateaux : Alan Roura.
Alan Roura a toujours vécu sur des bateaux. zvg

Alan Roura passe son enfance sur des voiliers, formé autant par ses parents que par la mer. À l’âge de 23 ans, il participe pour la première fois au Vendée Globe 2016. Il est alors le plus jeune navigateur à s’engager dans cette course extrême.

Le Vendée Globe est un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. La course représente un défi physique et mental extrême pour tous les participants et participantes. Organisée tous les quatre ans depuis 1992, cette régate est considérée comme l’épreuve ultime de la navigation en haute mer.

Trois ans plus tard, Alan Roura réalise la plus rapide traversée solitaire de l’Atlantique. Et lorsqu’il participe pour la deuxième fois au Vendée Globe, en 2024, il reste le plus jeune participant.

En 2025, Alan Roura réunit autour de lui une équipe de jeunes navigateurs suisses de haut niveau. Ensemble, ils participent à l’Ocean Race Europe, une course où les bateaux évoluent à la limite de leurs capacités. Baptisée «Swiss Offshore Team», cette formation rassemble certains des espoirs les plus prometteurs de la voile suisse, dont Simon Koster, Elodie Mettraux – la sœur de Justine – et Felix Oberle. Face à des concurrents mieux armés sur le plan technologique, le bateau suisse accuse un certain retard. Pour Alan Roura, l’essentiel est toutefois ailleurs: il s’agit avant tout de bâtir une équipe.

Pour ses prochaines courses, Alan Roura est à la recherche d’un nouveau bateau, ainsi que de nouveaux sponsors – un domaine qu’il maîtrise aussi avec talent.

Oliver Heer, 1988 – l’infatigable

Un pionnier pour la Suisse alémanique : Oliver Heer.
Un pionnier pour la Suisse alémanique: Oliver Heer. Richard Mardens

Après la mort prématurée de son père passionné de voile, Oliver Heer, originaire de Rapperswil, décide à 26 ans de tout miser sur une carrière de navigateur professionnel. Il s’installe en Angleterre et apprend le métier auprès des meilleurs du sport.

En 2025, il est le premier Suisse alémanique à terminer le Vendée Globe. Doté d’un budget beaucoup plus faible que celui de ses concurrents, Oliver Heer se classe vers le bas du tableau. Mais son objectif était avant tout d’aller jusqu’au bout.

Depuis, il a racheté l’ancien bateau de Justine Mettraux afin de le remettre à niveau. Basé en Angleterre, Oliver Heer vise désormais les premières places du Vendée Globe, la course la plus exigeante au monde. Il mise sur son expérience acquise au fil de nombreuses compétitions.

Pierre Fehlmann, 1942 – le parrain

La perfection suisse : Pierre Fehlmann.
Pierre Fehlmann, lors de son arrivée à New York en 1993. zvg

Pierre Fehlmann est le premier skipper suisse à avoir attiré l’attention du monde grâce à ses capacités en voile. Il est le parrain incontesté de la navigation en haute mer helvétique. Ingénieur en hydraulique et major de l’armée, il ne laisse rien au hasard.

Premier Suisse à rassembler de grands budgets pour ce sport coûteux, Pierre Fehlmann est parvenu à convaincre UBS de sponsoriser son bateau. En 1986, «UBS Switzerland» remporte la Whitbread Round the World Race.

Il est le seul au monde à avoir participé cinq fois de suite à cette course prestigieuse en tant que skipper – toujours avec des équipages entièrement suisses, qu’il constituait soigneusement autour de lui, à l’image de ce que fait Alan Roura. Parmi eux figuraient de futurs spécialistes de la course au large comme Stève Ravussin.

Sa carrière de compétition s’achève en 1994, mais sa réputation de navigateur d’une précision remarquable perdure. Elle repose notamment sur une manœuvre au large du Cap, lors de laquelle le skipper a distancé tous ses concurrents de 16 heures.

«Nous avons fondé notre stratégie sur une analyse informatisée des conditions météorologiques des quatre dernières années», expliquera-t-il par la suite. C’était en 1985, à l’époque des disquettes.

Dominique Wavre, 1955 – dix tours du monde

Dominique Wavre avec sa compagne Michèle Paret en 2011.
Dominique Wavre et sa compagne Michèle Paret en 2011. zvg

Après avoir fait partie de l’équipage de Pierre Fehlmann, le Genevois Dominique Wavre participe à trois éditions du Vendée Globe. En 2001, il devient le premier Suisse à terminer cette course. En 2004, il obtient la quatrième place, meilleur résultat jamais réalisé par un skipper suisse. Au total, il effectue dix tours du monde en course.

Il dispute également de nombreuses régates avec sa compagne Michèle Paret: «C’est elle qui barre, moi je règle les voiles», expliquera-t-il.

Bernard Stamm, 1963 – le casse-cou

Toujours à la limite: Bernard Stamm.
Toujours à la limite: Bernard Stamm. zvg

Bernard Stamm débute lui aussi sa carrière comme membre d’équipage de Pierre Fehlmann. Garde forestier de formation, il découvre la mer en travaillant sur des cargos. Il entre dans l’histoire en 2001 lorsqu’il bat le record de la traversée de l’Atlantique. En 2005, il établit le record du tour du monde le plus rapide: 50 jours et 20 heures. En 2017, il améliore encore ce temps de dix jours.

Mais la chance ne lui sourit pas tout le temps: perte de quille, collisions, avaries et tempêtes ont également rythmé sa carrière. Il la résume ainsi: «Soit vous parvenez à maîtriser les forces qui s’exercent sur le bateau, soit quelque chose casse.»

Mathis, Yvan et Laurent Bourgnon

Sur la photo de gauche: Mathis Bourgnon. Sur la photo de droite, son père Yvan Bourgnon (au centre) et son oncle Laurent Bourgnon.
Sur la photo de gauche: Mathis Bourgnon. Sur la photo de droite, son père Yvan Bourgnon (au centre) et son oncle Laurent Bourgnon. zvg

Laurent Bourgnon (1966, à droite sur la photo) est lui aussi passé par «l’école» Fehlmann. Après avoir déjà traversé l’Atlantique sur un petit catamaran de sport ouvert lorsqu’il n’avait que 20 ans, il remporte en 1994 la Route du Rhum en solitaire.

Pendant près de deux décennies, il détient le record du monde de la plus grande distance parcourue à la voile en 24 heures. Il se lance aussi dans le rallye automobile et termine à la dixième place du Paris-Dakar avant de disparaître en 2015, lors d’une plongée.

Laurent Bourgnon a grandi sur un voilier aux côtés de son frère Yvan (1971), avec qui il a vécu de nombreuses aventures en mer. Aujourd’hui, c’est le fils d’Yvan, Mathis Bourgnon, qui attire l’attention.

En 2025, il remporte la Mini Transat dans sa catégorie et est désormais considéré comme l’un des grands espoirs de la voile suisse. «Laurent était une star. J’ai compris très tôt que les stars, les grands marins que nous admirons, ont toutes aussi une part d’ombre», a-t-il déclaré au sujet de son oncle.

Ernesto Bertarelli, 1965 – l’investisseur passionné

La technologie, l'argent et les meilleures équipes : Ernesto Bertarelli.
La technologie, les fonds et les meilleures équipes: Ernesto Bertarelli. Elisabeth Real / Keystone

Parmi les grandes réussites suisses en mer, le milliardaire genevois Ernesto Bertarelli s’impose comme une figure incontournable. Fondateur de l’équipe de voile Alinghi, il s’entoure des meilleurs spécialistes au monde, aussi bien à bord qu’à terre. Ce choix porte ses fruits: Alinghi remporte l’America’s Cup en 2003 puis en 2007, la plus ancienne compétition de voile au monde.

Ernesto Bertarelli, qui a grandi au bord du lac Léman, rêvait dès l’enfance de participer à cette régate prestigieuse. Il prend lui-même part aux deux victoires d’Alinghi en tant que navigateur. Le succès de l’équipe repose aussi sur une collaboration étroite avec l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) pour le développement des bateaux.

Aujourd’hui encore, il continue d’investir des millions dans l’America’s Cup. Les voiliers engagés atteignent désormais des vitesses proches de 100 km/h et contribuent à faire progresser les technologies de la voile.

À l’image de la Formule 1 pour l’automobile, ces compétitions servent de laboratoire à l’innovation dans le domaine maritime, bien au-delà de la voile elle-même.

Sa sœur, Dona Bertarelli, a elle aussi marqué l’histoire. Engagée en faveur de la voile féminine, elle a longtemps détenu le record du tour du monde à la voile le plus rapide réalisé par une femme. Avec son catamaran «Ladycat», elle remporte en 2010 le Bol d’Or, la plus importante régate en bassin fermé du monde. Elle a ainsi ouvert la voie à de nombreuses navigatrices de haut niveau, dont Justine Mettraux, qui faisait partie de l’équipage du «Ladycat».

Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg, traduit de l’allemand à l’aide d’un outil d’IA/dbu

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