Les pacifistes mordent la poussière
Les pacifistes ont subi une nouvelle déroute. Plus grave, l'idée de supprimer l'armée est en fort recul par rapport au premier essai historique de 1989.
En 1989, 35,6% des Suisses et deux cantons (Jura et Genève) avaient accepté de supprimer l’armée. Les résultats de ce dimanche montrent donc que cette idée n’arrive plus à convaincre qu’une poignée d’irréductibles.
Les conditions ont changé
En 1989, l’Europe baignait dans une sorte d’optimisme. La réforme du système soviétique laissait entrevoir la fin de l’affrontement entre les deux blocs.
Douze ans plus tard, l’optimisme n’est plus de mise. La situation internationale reste tendue. Et les événements du 11 septembre en ont encore souligné l’instabilité et la dangerosité.
L’idée de pouvoir se passer d’une armée pouvait donc séduire une partie de la population en 1989. Mais la guerre en Yougoslavie il y a quelques années et les récentes attaques contre les USA ont montré que la guerre n’est jamais très loin. Une armée reste donc une assurance nécessaire.
On ne brise pas deux fois un tabou
Et puis, l’armée suisse, elle-même, a passablement changé en douze ans. En 1989, elle ressemblait encore à un dinosaure de la guerre froide contre lequel la critique n’était guère possible.
Mais depuis, – et peut-être grâce au résultat de la précédente votation – elle s’est réformée. Armée 95, puis Armée XXI sont passées par là. L’armée nouvelle formule mobilise moins d’hommes, moins longtemps. Elle s’est également réorientée, notamment vers des missions de paix à l’étranger.
Le vote de 1989 était un vote de protestation d’une partie de la population contre la toute-puissance de l’institution militaire. Les réformes ayant eu lieu, le vote protestataire n’a plus vraiment sa raison d’être.
Le taux de participation montre d’ailleurs la baisse de l’intérêt du public. En 1989, 69% des citoyens s’étaient déplacés aux urnes, alors que la votation de dimanche s’est déroulée dans une relative indifférence.
Une initiative mal ficelée
L’initiative du GSsA réclamant la suppression de l’armée présentait par ailleurs l’inconvénient d’être mal ficelée. Elle demandait l’abolition des forces militaires mais laissait la porte ouverte à des missions de paix à l’étranger. Difficile de s’y retrouver.
L’autre texte du GSsA – qui exigeait l’établissement d’un authentique service civil – avait pour sa part le désavantage de venir au mauvais moment. Une réforme de ce service est en effet déjà prévue dans le plan directeur du Département fédéral de la protection de la population. Le texte était donc superflu.
Olivier Pauchard, Palais fédéral
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