La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Les Suisses d’Amérique et l’Amérique

Walter Liniger, professeur à West Columbia en Caroline du Sud. cla.sc.edu

A l’approche de l’élection présidentielle, tout le monde retient son souffle, y compris les quelque 70'994 Suisses des Etats-Unis, dont 40'227 bi-nationaux qui, en principe, y votent.

swissinfo a repris contact avec certains d’entre eux, rencontrés en 2000 en marge du dernier scrutin présidentiel. Histoire de savoir comment ils ont vécu ces quatre ans.

«Cette fois, les attentats et la guerre en Irak ont créé une situation très nouvelle, où la politique étrangère est devenue le thème central de la campagne électorale. Cela ne s’était jamais vu dans l’histoire de ce pays.»

Matthias Meyer est aujourd’hui rentré en Suisse, mais il a vécu plusieurs années aux Etats-Unis, où il a travaillé comme directeur exécutif pour la Banque mondiale. Et il a vécu cette période cruciale qui a vu basculer certaines certitudes après les attentats du 11 septembre 2001.

Il y a quatre ans, swissinfo l’avait rencontré, ainsi que quelques autres, lors de son opération «Swissmobile». Comment ont-ils vécu ces quatre années? Sur quel candidat parient-ils et pourquoi? C’est ce que swissinfo a tenté de savoir.

Un «observateur dégoûté»

Dans le Texas natal de George W. Bush, Bernard Nussbaumer, producteur de cinéma à Dallas, a vécu ce quadriennat «comme un observateur désabusé et dégoûté».

«La moitié du pays est anesthésiée et aveugle. Je ne pense pas que Bush lui-même soit une personne malhonnête ou malintentionnée, mais je pense que ses valeurs sont fausses, qu’il fait beaucoup de tort à son pays et que son pays ne s’en rend pas compte.»

Pour Mathias Meyer, cette période a été très spéciale car marquée par les attentats du 11 septembre et la «manie sécuritaire et le patriotisme redoublé» qui en ont été les conséquences.

«Cela a en quelque sorte valorisé un président plutôt faible au départ, en raison de la manière dont il a été élu. Il a pris la dimension d’un chef d’Etat garant de stabilité et il en a bénéficié auprès de la population.»

Il n’y a plus de «peuple élu»

A West Columbia, en Caroline du Sud, Walter Liniger se dit «honteux de ma nationalité américaine et de ce que, dans cette formidable démocratie, je ne vais pas voter ‘pour’ un candidat, mais ‘contre’».

Pour ce professeur de blues, «le pire est que les Etats-Unis ne savent pas quoi faire, ils sont complètement désorientés par la peur et la terreur, leur incompréhension de ce qui se passe».

Bernard Nussbaumer renchérit: «En trois ans, les Américains sont passé de l’état de victimes et de modèle à celui d’agresseurs.»

Les Américains se raccrochent, selon Walter Liniger, à leur conviction d’«être un peuple élu, sans voir que cela n’est plus le cas, puisque Bush leur tend un miroir rempli des vilaines choses qu’il a faites».

Bilan social catastrophique

A l’intérieur, c’est surtout le domaine social qui a souffert de la présidence Bush. «Au niveau de l’environnement, humain et social, comme de la liberté d’expression, on a régressé de dizaines d’années», relève Bernard Nussbaum.

Walter Liniger relève aussi l’«érosion de la classe moyenne qui, elle se montre généralement plus critique et libérale que les plus défavorisés, manipulés par les messages de peur».

Ces derniers devraient, selon le musicien, voter pour Georges W. Bush, comme les riches devenus plus riches durant sa présidence.

Mais pour éviter l’aggravation de l’érosion sociale, il faut absolument que les démocrates l’emportent, estime le professeur, qui regrette de ne pas arriver à en convaincre ses étudiants.

«L’Europe est défaitiste»

Aucun des six Suisses de «Swissmobile» n’étant partisan du président sortant, swissinfo s’est adressé à Peter Jordi, un Suisse de New York.

Et inconditionnel de George W. Bush: «Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il a fait». Homme d’affaires, Peter Jordi se félicite des baisses d’impôts accordées par les républicains.

D’accord aussi avec la politique étrangère et «la guerre contre les terroristes et contre l’Islam». Ce dernier «doit s’adapter à un monde global et il faut l’empêcher de prendre le contrôle d’une partie du monde comme l’ont fait les communistes».

Peter Jordi sait que ce n’est pas ce qu’on pense en Europe, «mais, à mon avis, la pensée européenne est très défaitiste». Pour ce compatriote, George W. Bush va gagner, c’est sûr.

Bush gagnant

C’est aussi l’avis de Bernard Nussbaumer qui, paradoxalement, le souhaite presque. «S’ils le réélisent, les Américains n’auront plus d’excuses, ils devront faire des choix, un peu comme des gosses qui doivent apprendre.»

Pour le Vaudois de Dallas, mieux vaut laisser crever l’abcès républicain, «après on pourra soigner». Mais il regrette profondément la gravité de la fracture qui divise désormais l’Amérique.

«C’est comme un gigantesque iceberg qui se sépare en deux, et dont les deux parties suivent chacune un courant inverse», conclut-il.

swissinfo, Isabelle Eichenberger

A la fin de 2003, 70’994 Suisses vivaient aux Etats-Unis, sur un total de 612’562 expatriés.
Parmi eux, 40’227 sont doubles nationaux et donc, théoriquement, votent aux Etats-Unis.

«Swissmobile»: du 23 octobre au 7 novembre 2000, à l’occasion de la campagne électorale George Bush / Al Gore, une équipe de la Radio Suisse Romande et de swissinfo ont sillonné les Etats-Unis pour rencontrer des Suisses aux quatre coins de l’Amérique.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision