Pour la défense des sans terre du Brésil
Denise da Veiga Alves travaille depuis 1998 pour l’association suisse E-CHANGER, liée au Mouvement des travailleurs ruraux sans terre au Brésil.
Mère de 3 enfants, cette cheffe de famille consacre sa vie à la défense des droits de l’homme. Portrait de femme à l’occasion de la Journée internationale du 8 mars.
«Quand on va vers ces gens condamnés à vivre dans la précarité sur le bord des routes, quand on les connaît, on y croit.» Denise da Veiga Alves a la voix douce mais déterminée.
A Brasilia depuis 1998, cette double-nationale travaille comme volontaire au sein du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST) au Brésil. Avec pour mission la défense des droits de l’homme.
C’est à dire répercuter les dénonciations des violences faites aux paysans avec ou sans terre, engager le soutien de la société civile, du parlement et des avocats défendant la dignité des familles.
Denise da Veiga Alves a totalement embrassé cette cause. «C’est le plus grand mouvement social du monde, qui regroupe 4,5 millions de familles. Même les quelques-unes qui ont pu être sédentarisées restent symboliquement des sans terre, car c’est une identité construite», raconte-t-elle à swissinfo.
Un travail ingrat. Certes, la Constitution brésilienne de 1988 et le Statut de la Terre de 1964 garantissent l’accès de tous à la terre, la suppression de l’esclavagisme et une exploitation des sols respectueuse de l’environnement.
Violence arbitraire et impunie
«Mais ce sont des mots, s’insurge Denise da Veiga Alves. La loi n’est appliquée que là où les juges sont plus sociaux qu’ailleurs. Sinon, les notables agissent en toute impunité: les fermiers et leurs tueurs à gages, la police et la justice.»
Dans certains Etats, les paysans (souvent dépeints comme des vauriens paresseux par la presse) subissent des descentes nocturnes de gros bras accompagnés de chiens. Dans le meilleur des cas pour semer la terreur mais, dans le pire, la mort, raconte l’envoyée d’E-CHANGER.
Par exemple, l’Etat du Para a connu 700 morts violentes depuis 20 ans, mais seulement 3% de ces crimes ont vu leurs coupables jugés. Récemment encore, une religieuse américaine y a été assassinée.
Et rien n’a changé depuis la fin de la dictature et l’arrivée à la présidence, en 2001, de Luís Inácio «Lula» da Silva, du Parti des Travailleurs. «Il a dû faire des concessions et garder le même cap économique. Résultat: il n’y a pas d’argent pour faire avancer la loi agraire.»
Denise da Veiga Alves ne cache pas sa déception. Mais poursuit son travail de formation des paysans, de dénonciation des abus et de mobilisation de gens d’Eglise ou de la société civile. De gigantesques marches de dénonciation réunissent aussi régulièrement des milliers de gens.
Une «carrière familiale»
Cette «cheffe de famille», selon sa propre définition, mène également une véritable «carrière familiale», puisqu’elle a donné naissance à son troisième enfant, Aloisio, en décembre dernier.
Et que cela ne l’empêche pas d’occuper sa place devant son ordinateur au service des familles sans terre. Pour un salaire plutôt spartiate, qui couvre néanmoins logement, vêtements, nourriture et frais de bureau.
«Avec un grand plus par rapport aux familles sans terre du Brésil: nous bénéficions de l’assurance-maladie suisse.»
S’est-elle jamais sentie menacée? «Non, seulement lors de certaines manifestations. Mais j’ai la chance de travailler beaucoup à mon bureau, en sécurité à Brasilia.»
Dix ans en Suisse
Cette éducatrice spécialisée était venue en Suisse pour s’y marier en 1989. Elle a travaillé à Zurich, puis à Bienne, avant de s’installer à Genève, où elle collabore avec diverses associations d’entraide.
Elle a notamment fondé une association chargée de promouvoir la langue et de la culture brésilienne pour les enfants lusophones de Genève.
Après avoir obtenu un diplôme d’économie familiale à l’Institut universitaire du développement (IUD), dix ans après son arrivée en Suisse, elle repart pour son pays d’origine comme volontaire d’E-CHANGER.
Les ponts ne sont pas coupés
«Les ponts sont loin d’être coupés avec la Suisse», dit encore Denise da Veiga Alves. Laquelle revient tous les dix-huit mois pour expliquer son travail aux donateurs du MST.
«C’est important que les Suisses qui nous soutiennent soient informés du travail que je réalise et, pourquoi pas, trouver de nouveaux donateurs.»
Mais son rêve serait que son contrat actuel, qui échoit en 2007, soit le dernier pour le compte d’E-CHANGER. «Cette association a tant soutenu le MST que j’aimerais trouver de nouveaux donateurs qui pourraient prendre le relais et qu’elle puisse se consacrer à d’autres projets.»
swissinfo, Isabelle Eichenberger
Brésilienne d’origine, Denise da Veiga Alves est devenue Suissesse par mariage en 1988. Elle est mère de 3 enfants.
Elle a travaillé comme éducatrice spécialisée, puis a fait un diplôme d’économie familiale à l’Institut universitaire du développement (IUED).
Depuis 1998, elle travaille comme volontaire de l’association suisse E-CHANGER au sein du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST) du Brésil, dans le secteur des droits humains.
– Le MST est l’héritier des mouvements de lutte pour la terre au Brésil. En 20 ans, 300’000 familles ont ainsi obtenu de la terre et retrouvé du travail et la dignité. Mais il estime que 4,5 millions de familles restent en rade.
– Il lutte pour l’application de la réforme agraire de manière communautaire et fait la promotion des droits humains, sociaux, culturels et économiques des paysans.
– L’objectif du MST est de conquérir la dignité et la citoyenneté des 100’000 familles actuellement réduite à camper sur les routes.
– Il est financé par les dons des familles et de personnalités brésiliennes ainsi que d’ONG comme l’association suisse E-CHANGER.
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