Uranium appauvri: pas de panique dans les Balkans
En Europe, la polémique sur l'éventuelle nocivité de l'uranium appauvri tourne à la cacophonie politique. Au Kosovo et en Bosnie, civils et militaires gardent leur calme. Aucune précaution spécifique n'a d'ailleurs été préconisée.
Sur le terrain, la sérénité prévaut. «Nous avons appris, il y a trois semaines environ, que la Bosnie était, elle aussi, concernée par les armes à l’uranium appauvri, explique Derek Müller, du bureau de coordination de la DDC à Sarajevo. Depuis nous recevons régulièrement des informations de Berne. Mais la dizaine de personnes qui travaille encore sur le terrain ne semble pas trop préoccupée par la situation.»
Même son de cloche du côté des tout derniers Bérets jaunes encore présents en Bosnie Herzégovine. «Les soldats engagés dans le cadre de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération et la coopération en Europe (OSCE) continuent d’appliquer les premières règles de prudence édictées par le gouvernement suisse, explique le lieutenant-colonel Peter Haldimann, en poste à Sarajevo. Aucune nouvelle recommandation n’a été transmise ces dernières semaines.»
«Dans le cadre de leur formation, explique le chargé à l’information de la Division des opérations en faveur du maintien de la paix, les Bérets jaunes étaient particulièrement sensibilisés aux dangers des explosifs. On les exhortait notamment à ne jamais toucher ou emporter une munition ou un simple fragment de munition qui n’avait pas explosé.»
Et Adrian Baumgartner d’ajouter: «Ces normes de sécurité ont encore été récemment rappelées à la trentaine de soldats encore sur le terrain».
Faute d’informations, les organisations humanitaires ne semblent pas avoir édicté de recommandations particulières à l’intention de leurs collaborateurs présents en Bosnie.
En revanche, pour ce qui est du Kosovo, la Croix-Rouge suisse s’interroge depuis longtemps déjà. «La rumeur nous a poussés à nous pencher sur le sujet en été 1999 déjà, affirme Ernst Lüber, responsable de programmes à la Croix-Rouge suisse. Mais nous manquons cruellement d’informations.»
Pour autant, à l’instigation du CICR, toutes des sections nationales de la Croix et du Croissant rouge ont édicté des normes de sécurité supplémentaires. Tous leurs délégués ont été invités à éviter des zones à risque. «Nous leur avons bien évidemment demandé de ne pas toucher aux munitions», précise Ernst Lüber.
Une série de tests – environ une trentaine – ont également été effectués sur des volontaires. Tous les résultats ayant été négatifs, l’organisation caritative a choisi de ne pas poursuivre les investigations.
C’est l’Italie qui a véritablement allumé la mèche. Après le décès de plusieurs de ses soldats ayant servi dans les Balkans, le ministre de la Défense italien, Sergio Mattarella, a révélé le mois dernier que l’Alliance Atlantique avait utilisé plus de 10 800 projectiles recouverts d’uranium appauvri en Bosnie et près de 31 000 au Kosovo.
Selon de nombreuses sources scientifiques, l’uranium appauvri ne présente pas de risques majeurs. Reste que les pays européens ont enregistré une cinquantaine de morts suspectes dans les rangs des militaires qui ont participé aux opérations de l’OTAN dans l’ancienne Yougoslavie. De quoi susciter une certaine inquiétude.
La Suisse a suivi le mouvement. Après avoir minimisé les risques, elle a annoncé la semaine dernière que l’ensemble des soldats ayant servi dans les Balkans seront soumis à un examen médical. De son côté la direction du développement et de la coopération (DDC) effectuera les mêmes examens médicaux, «sur une base volontaire», pour son personnel et celui des autres organisations humanitaires qui en feraient la demande.
Vanda Janka
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