Droits politiques aux étrangers: Genève aux urnes
Les électeurs du canton de Genève se prononcent dimanche sur le droit de vote et d'éligibilité pour les étrangers au niveau communal. En cas d'acceptation, le canton verra son corps électoral augmenter de moitié avec 90 000 citoyens de plus.
Un vote favorable serait également une première helvétique. Sur la douzaine de tentatives d’accorder, en Suisse, des droits politiques aux étrangers, aucune n’a en effet passé la rampe du vote populaire.
Dans trois cantons suisses (Neuchâtel, Jura, Appenzell Rhodes extérieures), les étrangers peuvent certes voter. Mais les citoyens de ces cantons n’ont pas eu à se prononcer spécifiquement sur ce droit.
Quoi qu’il en soit, ce vote permettra d’évaluer le chemin parcouru depuis 1993. Cette année-là, les Genevois avaient balayé deux initiatives. La première proposait d’accorder le droit de vote et d’éligibilité aux étrangers, la seconde seulement le droit de vote. Dans les deux cas, les Genevois avaient dit NON par 71% des voix.
Dimanche, le résultat devrait être nettement plus serré. C’est en tout cas le point de vue d’Antonio Hodgers, un député écologiste qui a mené campagne en faveur des droits politiques pour les étrangers résidant en Suisse depuis huit ans.
«Durant la campagne, j’ais entendu autant d’opinions favorables que d’avis négatifs. En outre, les débats ont été nettement moins passionnés qu’en 1993», témoigne Antonio Hodgers.
Au niveau des partis, la gauche est naturellement favorable à ces droits, la droite y étant opposée, à la notable exception du PDC, qui recommande de voter OUI.
En guise d’argument, les opposants estiment que les droits de vote et d’éligibilité sont intrinsèquement lié à la nationalité. Ils trouvent donc préférable de faciliter la naturalisation des 150 000 étrangers qui vivent à Genève pour leur permettre d’intégrer la vie politique du pays.
Certains de ces opposants affirment également qu’ils auraient soutenu l’octroi du droit de vote uniquement. Selon eux, cette politique des petits pas aurait mieux passé auprès de la population. Antonio Hodgers conteste cet argument tactique et rappelle que le double rejet de 1993 démontre justement le contraire.
Les partisans du OUI soulignent, eux, le poids de la communauté étrangère de Genève qui représente plus de la moitié des personnes actives. Ce sont d’ailleurs les neuf communes du canton avec le plus fort taux d’étrangers qui sont à l’origine du vote de dimanche.
Avec près de la moitié de leurs habitants privée du droit de vote et l’autre moitié qui déserte les urnes, ces communes se retrouvent avec des autorités élues par une faible minorité. «Lors des dernières élections, les autorités de la commune de Meyrin ont été choisies par 12% seulement de la population. Ce qui pose un sérieux problème de légitimité démocratique», constate Antonio Hodgers.
Raison pour laquelle ces communes ont demandé de pouvoir accorder le droit de vote et d’éligibilité aux étrangers. Une demande que le parlement du canton a transformée en loi valable pour toutes ses communes. C’est cette loi que les Genevois vont sanctionner dimanche.
Frédéric Burnand
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.