La recette des populistes suisses
L'Union démocratique du centre vient d'enregistrer une nouvelle série de succès électoraux en Argovie, à Soleure et en Valais. En ravissant 41 sièges supplémentaires, elle poursuit ainsi une spectaculaire progression au sein des cantons. Grâce à une bonne exploitation des peurs des Suisses.
«C’est extraordinaire, on n’a jamais vu de pareils résultats.» Voilà la réaction de Werner Seitz, politologue à l’Office fédéral de la statistique, après le bond enregistré ce week-end par l’UDC en Argovie, à l’occasion des élections au Parlement cantonal.
La progression, c’est vrai, est impressionnante: les démocrates du centre raflent 25 sièges supplémentaires et prennent la place de premier parti du canton avec 72 sièges sur les 200 du Législatif. En recul: les radicaux (-1), mais surtout les socialistes (-12) et le PDC (-5).
L’UDC réalise également une percée à Soleure, où elle progresse de 14 sièges, et elle entre au Grand Conseil valaisan, avec deux sièges.
Mais les succès de ce week-end ne sont que les derniers en date d’une longue série. Ces quatre dernières années, le nombre total des démocrates du centre dans les parlements cantonaux est passé de 368 à 496 (+128), alors que les autres grands partis reculaient (-1 pour le PS, -58 pour le PRD, -71 pour le PDC).
Une progression que Werner Seitz attribue en particulier à l’exploitation d’un thème: la peur de l’ouverture de la Suisse. «Tous les autres partis sont plus ou moins pour l’Europe, pour l’ONU. Cela fait peur à certains et l’UDC a réussi à ramasser ces personnes-là. C’est le seul parti à dire clairement non à l’intégration européenne.»
Autre avantage, dans la méthode cette fois: l’UDC est, en Suisse alémanique en tous cas, perpétuellement en campagne, reste toujours présente, avec ses affiches, ses publications, à travers les événements qu’elle organise. «C’est un parti très moderne, explique Werner Seitz, non pas en ce qui concerne le contenu politique, mais dans son style.»
Un activisme qui, financièrement, coûte cher. Et c’est encore un atout de l’UDC. Werner Seitz: «On sait que quelques personnes comme Christoph Blocher ou Walter Frei investissent beaucoup d’argent privé dans ce parti». Et les autres formations ont visiblement, sur ce terrain, de la peine à tenir la longueur.
Pierre Gobet, Zurich
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