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«L’initiative sur la taxation des héritages a secoué la Suisse» 

Deux jeunes femmes
Mirjam Hostetmann et Nathalie Ruoss, membres du comité directeur des Jeunes socialistes, qui ont lancé l'initiative sur l'impôt sur les héritages. Keystone / Alessandro Della Valle

Le 30 novembre, la Suisse a rejeté deux initiatives populaires à une large majorité. Corina Schena, politologue chez gfs.bern, fait le point. 

Swissinfo: Deux défaites cuisantes pour deux initiatives populaires plutôt utopiques. Le droit d’initiative sert-il parfois aussi à enterrer des chimères? 

Corina Schena: Les initiatives sont toujours un moyen de mettre des sujets à l’ordre du jour et de lancer des discussions. Mais lorsqu’elles échouent aussi nettement qu’aujourd’hui, on peut se demander si cela n’a pas plutôt nui aux thèmes abordés, tant à l’impôt sur les successions qu’au service citoyen.

Le débat sur l’impôt sur les successions a été polarisé, mais intense. Malgré leur défaite dans les urnes, les Jeunes socialistes ont-ils aussi remporté un succès, en parvenant à lancer une discussion sur ce sujet?

Corina Schena, gfs.bern
Corina Schena, politologue chez gfs.bern. zvg

Oui, ce sujet a occupé la Suisse. Du point de vue des Jeunes socialistes, on peut peut-être considérer cela comme un succès. Pourtant, le résultat correspond à une défaite plus nette qu’il y a dix ans, lorsque la Suisse avait déjà voté sur un impôt sur les successions. À l’époque, le taux d’approbation était tout de même de 29%.

Mais il y a une différence. Cette fois-ci, on parlait certes d’un impôt sur les successions, mais il s’agissait d’un impôt sur les riches. Un impôt sur les successions plus large, mieux pensé peut-être, aurait-il eu plus de chances d’aboutir?

Le fait que l’initiative des Jeunes socialistes soit si extrême, avec une imposition à 50%, ne l’a certainement pas aidée. Pour la plupart des gens, ce taux d’imposition était tout simplement trop élevé. En 2015, la proposition était de 20% sur les fortunes supérieures à 2 millions de francs. Elle était moins extrême en ce sens, mais elle n’avait aucune chance d’aboutir non plus. 

La volonté d’imposer davantage les super-riches correspond à une tendance internationale largement répandue. La Suisse a toutefois décidé de ne pas suivre le mouvement. Comment l’expliquer?

Pendant la campagne, les opposants et opposantes ont beaucoup joué sur l’idée que cet impôt toucherait en premier lieu les entreprises familiales. En Suisse, dès que l’on parle de les imposer lourdement, la situation se complique beaucoup, car les liens avec ces entreprises sont traditionnellement étroits.

Il y a quelques semaines, les Jeunes socialistes étaient en tête d’une manifestation qui a causé d’importants dégâts à Berne. Cela a-t-il nui à leur cause politique? 

Je ne vois pas de lien direct. Se faire remarquer de cette manière n’est jamais positif, mais ce n’est pas cela qui a fait échouer cette initiative.

Le soutien du Parti socialiste (PS) s’est révélé plutôt timide. Est-ce l’une des raisons expliquant cet échec cuisant?

Si l’on observe le camp de gauche, dont font également partie les Vert-e-s, on constate que le vote n’a pas été unanime. Les raisons en sont encore floues. Il est probable que les revendications étaient trop radicales, même pour les sympathisantes et sympathisants du PS et des Vert-e-s.

Mais cette fois-ci, la gauche n’a même pas réussi à mobiliser son électorat traditionnel?

Clairement pas. En Suisse, la gauche représente environ un tiers de l’électorat. Les quelque 21% de «oui» sont nettement en dessous de ce seuil.

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Le résultat obtenu par le service citoyen, un service obligatoire pour toutes et tous, est l’un des pires de l’histoire. Comment l’interprétez-vous?

C’est l’initiative qui a obtenu le deuxième taux d’approbation le plus faible que nous ayons eu en 25 ans, c’est donc un échec historique. Je pense que cela s’explique principalement par le fait que le comité de soutien était très restreint. Il a également été pris en étau entre la gauche et de la droite. La gauche a attaqué l’argument de l’égalité des sexes. La droite y a vu un danger pour les effectifs de l’armée et donc pour la sécurité de la Suisse.

L’initiative pour le service citoyen n’a guère fait l’objet de discussions larges et approfondies au préalable. À l’exception des Vert’libéraux, aucun grand parti ne l’a soutenue. Cette initiative était-elle donc vouée à l’échec dès le départ?

En Suisse, il est en effet pratiquement impossible d’obtenir une majorité lorsque de larges pans du centre politique font défaut. Le Parti vert’libéral et le Parti évangélique constituent un groupe trop restreint pour permettre à une initiative d’obtenir la majorité.

Quel rôle a joué la volonté des femmes de servir leur patrie? Une majorité ne sera-t-elle jamais possible sur ce sujet?

Difficile à dire, mais après le vote d’aujourd’hui, on peut affirmer avec certitude qu’un service obligatoire général pour les femmes n’a aucune chance d’aboutir pour l’instant en Suisse.

Que peut-on dire de la mobilisation?

Il est clair que l’initiative des Jeunes socialistes a poussé les gens à se rendre aux urnes. Le taux de participation de 43% n’est certes pas très élevé, mais si l’on considère que la situation de départ était relativement claire pour les deux initiatives, ce n’est pas si bas. À cet égard, l’initiative sur la taxation des héritages a clairement mobilisé l’électorat.

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Relu et vérifié par Mark Livingston. Traduit de l’allemand à l’aide d’un outil de traduction automatique par Emilie Ridard.

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