Réactions épidermiques autour de l’Europe
Le «non» à l'initiative «Oui à l'Europe!» ne met pas un terme au débat sur l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. Partisans et opposants se rejoignent pour dire que la balle est désormais dans le camp du Conseil fédéral.
Les initiants ont admis leur défaite après le net rejet de leur texte. Ainsi en est-il de Jean-Claude Rennwald. Mais, pour le socialiste jurassien, la surprise est surtout venue du vote des cantons romands. «Je pensais qu’il y aurait un oui des cantons du Jura, de Genève, de Neuchâtel et de Vaud».
Jean-Claude Rennwald attribue cette contre-performance à au moins deux facteurs. D’abord, «l’engagement du gouvernement dans la campagne qui a eu une position ambiguë: il combattait l’initiative tout en disant qu’il était favorable à l’objectif d’adhésion».
Marc Suter partage ce point de vue. Le président du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES) et coprésident du comité d’initiative, se demande toutefois qui des isolationnistes ou du Conseil fédéral, ont gagné.
Pour François Chérix, membre du comité directeur du NOMES, «les dégâts sont faits: il est impossible de distinguer ceux qui ont dit «non non» de ceux qui ont dit «non mais». Le Conseil fédéral doit à présent tenir ses engagements.
La présidente du PS Christiane Brunner est du même avis: le gouvernement devra répondre aux attentes des pro-Européens qui ont voté «non». Il devra aussi mener une politique transparente pour que les Suisses sachent, la prochaine fois qu’ils auront à voter sur l’Europe, sur quoi ils se prononcent.
Le second facteur qui explique, selon Jean-Claude Rennwald , l’échec de l’initiative est d’ordre financier. «Les opposant à l’initiative avaient d’importants moyens pour faire valoir leur point de vue».
Le climat était d’une autre nature chez les opposants. Le texte posait la mauvaise question au mauvais moment, a déclaré Bruno Frick (PDC/SZ), membre du comité des opposants. La raison l’a emporté. C’est la victoire de ceux qui sont favorables à une politique européenne menée avec intelligence, a-t-il ajouté.
«Les initiants de cette affaire ont joué avec le feu. Ils se sont brûlés. Les médias – notamment romands – ont joué un drôle de rôle, celui de donneurs de leçons qui n’ont pas eu des effets positifs sur les électeurs», souligne le radical fribourgeois Jean-Claude Cornu.
Pour le PRD aussi, le «non» est un «oui à une Suisse responsable». Il signifie nullement une volonté d’isolement. Le peuple veut d’abord juger de l’application des accords bilatéraux et montrer qu’il fait confiance au Conseil fédéral.
De son côté, Economiesuisse considère aussi que les accords bilatéraux sont une priorité. Leur application permettra à la Suisse de faire des expériences utiles, a écrit l’association patronale.
L’UDC s’est montrée satisfaite, car le net rejet de l’initiative désavoue le PRD, le PDC et le PS. Le résultat du scrutin est une «gifle cinglante» pour le PDC et le PS, qui avec leur «oui» ont «une fois de plus» défendu une politique qui ne correspond pas à l’avis des électeurs. Le peuple n’aurait pas pu mieux montrer qu’il ne veut pas entrer dans l’UE.
L’ASIN est du même avis. Elle exhorte le Conseil fédéral et le Parlement de s’en tenir au résultat du scrutin. Les Démocrates suisses demandent au Conseil fédéral de retirer au plus vite sa demande d’adhésion à l’UE.
Le PDC doit, quant à lui, démêler le dilemme dans lequel il se trouve, a expliqué le président Adalbert Durrer qui avait personnellement plaidé pour le non. Désormais, certains membres du parti devront savoir que l’on ne peut pas faire de politique sans la base.
Jugurtha Aït-Ahmed
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.