L'homophobie fait son entrée dans le Code pénal suisse. Manuel Lopez

L’homophobie n’a pas sa place dans la société helvétique, a estimé le peuple. Les Suisses ont largement accepté de sanctionner les discriminations basées sur l’orientation sexuelle au même titre que le racisme. Les opposants à la nouvelle norme pénale annoncent déjà leur prochain combat contre le mariage pour tous.

Ce contenu a été publié le 09 février 2020 - 14:56

La Suisse s’aligne sur les pays voisins en se dotant d’une loi qui protège la communauté homo- et bisexuelle. Les citoyens ont accepté à 63,1% d’étendre la norme pénale antiraciste (article 261 bis du Code pénal). Les appels à la haine et les actes discriminatoires basés sur l’orientation sexuelle seront désormais sanctionnés, à l’image des discriminations fondées sur l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse.

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«La haine et la discrimination n'ont pas leur place dans notre pays»

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La révision législative est partie d’une initiative parlementaire déposée en 2013 par le député socialiste Mathias Reynard. Le soutien populaire à la norme anti-homophobie est un «signal magnifique» pour toutes les personnes concernées, a réagi ce dernier à la Radio Télévision Suisse (RTS). «La haine et la discrimination n'ont pas leur place dans notre pays», a commenté le député socialiste.

Les organisations de défense des droits des personnes homosexuelles, regroupées au sein du comité «pour une protection contre les discriminations», ont salué un «oui clair». Elles ont aussi fait part de leur volonté de «mettre à profit cette dynamique pour que l’égalité des droits pour toutes et tous devienne une réalité en Suisse avec comme prochaine étape un mariage égalitaire.»

«Il faut enregistrer systématiquement les crimes de haine»

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«Aujourd'hui, ce ne sont pas uniquement les droits des lesbiennes, des gays et des bisexuels/les qui sont renforcés, mais aussi ceux de toutes les minorités», a estimé Muriel Waeger, codirectrice de la campagne du oui. Pour le coprésident du comité national Matthias Erhard, il faut non seulement «sanctionner la haine et les discriminations de manière conséquente», mais aussi «enregistrer systématiquement les crimes de haine pour disposer de statistiques».

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La directrice suisse d’Amnesty International Manon Schick, interviewée par la RTS, a souligné l’importance de prendre ce type de mesures dans un contexte européen où les propos qui appellent à la haine homophobe, raciste, contre certaines religions, ainsi que les agressions sont en hausse. «Lorsqu’on tolère un discours de haine, certaines personnes se sentent légitimées à en agresser physiquement d’autres sur la base d’une différence», déplore-t-elle.

 «On ne favorise pas le vivre-ensemble avec le Code pénal»

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Seuls l’Union démocratique fédérale (UDF), petit parti chrétien ultraconservateur, et les jeunes de la droite conservatrice (UDC) s’opposaient à la norme anti-homophobie. Ils avaient lancé le référendum contre celle-ci, considérant qu’il s’agissait d’une atteinte à la liberté d’expression.

Marc Früh, le représentant de l’UDF en Suisse romande, a relevé qu’il s’attendait à une défaite plus importante, qualifiant le résultat de «grand succès». «On ne favorise pas le vivre-ensemble avec le Code pénal. En tant qu’éducateur, je suis pour l’éducation et la formation», a-t-il ajouté, interrogé par la RTS.

De son côté, le président de l’UDF Hans Moser a averti que les résultats de ce dimanche ne sont en aucun cas un passe-droit pour de nouvelles libéralités sociétales. Son parti s'engagera activement contre le mariage pour tous et l'adoption d'enfants par les couples homosexuels. «Nous continuerons à représenter les valeurs chrétiennes», a indiqué Hans Moser à Keystone-ATS. Il a précisé qu'il tire son courage du nombre non négligeable d'opposants à la norme antiraciste. «Ils ont reconnu le danger.»

«Je crains un flicage des expressions»

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Les opposants entendent aussi garder à l'œil la mise en œuvre du nouvel article, qu'ils espèrent restrictive. «Nous appelons à une application de la loi seulement dans des cas extrêmes», a lancé Anian Liebrand du comité «Non à cette loi de censure» sur les ondes de la télévision suisse alémanique SRF. Il a toutefois reconnu que la tendance de la société était à l'ouverture: «Il est difficile de se battre contre l'esprit du temps.» Anian Liebrand précise cependant qu'il n'a jamais été question d'être «pour ou contre l'homosexualité». «De nombreux aspects se sont mélangés lors de la campagne.»

Le député UDC Yves Nidegger a qualifié la norme de «contre-productive». «Je crains un flicage des expressions, un harcèlement judiciaire. Il est profondément antidémocratique de recourir à la menace pénale pour limiter les propos de quelqu’un», a-t-il déclaré sur les ondes de la RTS.

L’absence de chiffres

Le problème de l’homophobie en Suisse est difficile à quantifier puisque les autorités n’enregistrent pas les crimes homophobes. Cependant, les jeunes lesbiennes, gays et bisexuels suisses ont deux à cinq fois plus de risques de commettre une tentative de suicide que les hétérosexuels, selon le projet «santé gaie».

Les chiffres révélés par les études menées dans les autres pays révèlent aussi une tendance inquiétante. En France, les infractions homophobes étaient en hausse de 34,3% en 2018, selon le ministère de l’Intérieur. L’Hexagone s’est d’ailleurs déjà doté d’une loi permettant de punir l’homophobie, tout comme le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Autriche ou le Danemark. 

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