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«Il faut démystifier les droits humains»

A Genève, la future académie internationale sera installée dans la Villa Moynier. www.ville-geneve.ch

Financée par la Suisse, une Académie internationale en droit humanitaire et droits humains s'ouvrira en octobre 2007 à Genève.

Son futur directeur, Andrew Clapham, estime que la création de cet institut universitaire facilite le maintien à Genève du Conseil des droits de l’homme. Interview.

Paradoxe: alors que Genève est le centre nerveux des questions humanitaires et de droits de l’homme, la plupart des acteurs qui viennent y débattre connaissent mal leur sujet.

C’est la conviction du professeur Andrew Clapham, qui dirigera dès octobre 2007 une Académie en droit humanitaire et droits humains.

Le juriste britannique a été conseiller des anciens Haut Commissaires aux droits de l’homme Mary Robinson et Sergio Vieira de Mello.

Selon lui, la présence à Genève du Conseil des droits de l’homme doit s’entourer d’une véritable pépinière intellectuelle.

Financée par la faculté de droit de l’Université de Genève et l’Institut universitaire de hautes études internationales, avec le soutien de la Ville et du Canton de Genève, du CICR, du Département suisse des affaires étrangères et de privés, la nouvelle faculté devrait asseoir définitivement le Conseil en Suisse.

swissinfo: Des académies semblables existent déjà à Florence et La Haye, ainsi qu’à Harvard aux Etats-Unis. Pourquoi encore une?

Andrew Clapham: Genève est le siège du CICR, du Conseil des droits de l’homme et de plusieurs autres organisations qui traitent de questions humanitaires. Il est logique et essentiel que la ville devienne un pôle pour les universitaires et les chercheurs dans le domaine.

swissinfo: Est-ce une manière de conserver le Conseil à Genève et éviter un éventuel transfert futur à New York?

A. C. : Cela contribue effectivement à y renforcer le maintien de ce nouvel organe des droits de l’homme. De plus, cette nouvelle Académie est la seule à offrir un mastère spécialisé sur les conflits armés et toutes les questions qui tournent autour. Cela permet à ceux qui travaillent sur le terrain (gouvernements, ONG, avocats) de comprendre la complexité juridique de ces situations.

Autre volet important: la formation continue pour les fonctionnaires des organisations internationales et des gouvernements, pour les avocats, les journalistes.

swissinfo: L’ancienne Commission souffrait du manque d’expertise des diplomates impliqués.

A. C. : D’où l’importance des formations continues. Avant chaque session du Conseil, nous envisageons d’offrir des cours pendant deux ou trois jours sur les thèmes agendés. Le but est aussi de démystifier les droits humains et permettre de comprendre comment les appliquer sur le terrain.

Un exemple: le droit à l’alimentation. Pour les diplomates et la plupart du monde, ce concept reste très abstrait et théorique. Notre défi sera d’expliquer ce que signifie, sur le terrain et au niveau juridique, de faire respecter ce droit dans un pays.

swissinfo: Mais est-ce vraiment à l’université que l’on comprend ces obligations? Le recours aux tribunaux n’est-il pas plus dissuasif?

A. C. : Pour pouvoir faire appel à un tribunal, il faut que l’avocat comprenne dans les détails les différents enjeux des droits de l’homme. De même, un citoyen doit savoir qu’il peut porter plainte dans tel ou tel cas pour en faire la démarche. Notre rôle est justement d’instruire les gens pour leur permettre de saisir un tribunal.

swissinfo: Et aux gouvernements, que pouvez-vous apprendre?

A. C. : Ce sont leurs représentants qui créent à Genève les normes pour les traités. Par exemple, la Convention sur les disparitions forcées: certains pays ignoraient tout sur ce crime. Ils ne comprenaient même pas pourquoi les disparitions sont assimilées à la torture.

Une formation préalable aurait permis de mettre tout le monde dans le bain. Maintenant que ce traité est sur le point d’être adopté, les diplomates doivent comprendre les possibilités et les défis pour prendre les bonnes décisions: qui sont les responsables de ces crimes, où et comment ils vont être jugés…

Très important aussi: l’examen de la situation des droits de l’homme dans les pays. Les Etats vont devoir se juger les uns et les autres. Pour l’instant, les diplomates ne sont absolument pas formés pour savoir quelles sont les obligations de chacun, quelles normes peuvent être violées et quelles sont les mesures juridiques possibles.

Quand on traite des droits de l’homme, il faut savoir qu’il y a des obligations juridiques – pas seulement des engagements moraux. Pas seulement un débat à Genève. Quand ces droits ne sont pas respectés, on peut porter plainte auprès d’une cour internationale.

Interview Carole Vann – InfoSud pour swissinfo

– Pour la deuxième session du Conseil des droits de l’homme, prévue en septembre, la Suisse mettra à disposition du Haut Commissariat aux droits de l’homme un Index universel des droits de l’homme.

– Cette banque de données sera constituée de quelque 1000 documents essentiels pour le travail de la nouvelle institution onusienne.

– Cet outil est développé depuis deux ans par l’Université de Berne et le professeur Walter Kälin, auteur du premier projet de Conseil des droits de l’homme.

– La Confédération va aussi créer avec le canton de Genève et l’Institut universitaire de Hautes études internationales une chaire des droits de l’homme.

– L’actuel Centre universitaire de droit international humanitaire va devenir l’Académie des droits humains et humanitaires.

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