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Les Américains d’origine suisse hésitent encore

Difficile de faire un choix entre Obama et McCain pour les Américains d'origine suisse. Reuters

Qui de Barack Obama ou John McCain sera le prochain président des Etats-Unis? Parmi les Américains d'origine suisse, beaucoup s'interrogent et certains n'ont pas encore fait leur choix. Enquête.

Emily Muelly, une Américaine en instance de double nationalité en raison de son mariage avec un Suisse, n’a pas de doutes sur le candidat pour lequel elle va voter. «Barack Obama est celui qui apportera le plus de solutions aux problèmes des Etats-Unis», déclare ainsi cette jeune femme de 25 ans qui étudie la médecine à l’université de Pennsylvanie à Hershey.

Après avoir hésité entre lui et Hillary Clinton pendant les scrutins primaires, Emily Muelly soutient Barack Obama depuis avril. «Il est présidentiable, il se comporte bien, il est très éloquent, il explique les problèmes, comme la crise économique, d’une façon que nous comprenons. Et puis rien que son allure, son ton calme, le fait qu’il ne s’emporte pas quand il est attaqué, je trouve tout cela très positif», explique-t-elle.

Cependant, même cette fan de la quasi première heure a des doutes sur la victoire de son candidat favori. «Je n’ai pas confiance», confie Emily Muelly. «Ces gens qui croient à la supériorité des Blancs et ces complots d’assassinat qui ont été déjoués, tout cela montre qu’il y a encore beaucoup de racisme».

Le facteur racial

La Pennsylvanie, où vit Emily Muelly, est l’un des Etats indécis où devrait se jouer la Maison Blanche entre Barack Obama et John McCain. Or, il y a quelques jours, un député démocrate de Pennsylvanie, John Murtha, a estimé que le sud-ouest de l’Etat, une région rurale, était «raciste». Le gouverneur démocrate Ed Rendell appelait quant à lui Barack Obama et son co-listier Joe Biden à revenir en Pennsylvanie pour éviter son basculement vers le Républicain John McCain.

«Le racisme n’existe pas que dans le sud-ouest de la Pennsylvanie. Il est présent partout car il y a dans notre Etat beaucoup de régions rurales où, fréquemment, les gens n’aiment pas les gens qui sont différents d’eux», déplore Emily Muelly, avant d’ajouter qu’elle «essaie de garder espoir».

A Long Island, dans l’Etat de New York, le double-national John Hooker a lui aussi des doutes. Mais d’une autre nature. Interrogé sur le fait de savoir s’il est aussi enthousiaste envers Barack Obama qu’il l’était en juin, comme il l’avait dit à swissinfo alors, John Hooker hésite longtemps et répond qu’il est «plus réaliste».

«Personne n’est parfait, Obama non plus, mais je crois qu’il est le meilleur candidat que nous puissions avoir à ce stade», affirme cet Américain de naissance qui s’est réinstallé aux Etats-Unis en 2005 après avoir vécu à Genève et qui possède la double nationalité de par son mariage avec une Suissesse.

Peur du changement

John Hooker explique qu’il a des «inquiétudes» sur la notion de changement portée par le candidat démocrate. «J’épouse toutes les opinions d’Obama quand il s’agit du changement, mais le changement, comme il dit, suscite la peur et les gens veulent avoir le sentiment qu’il ne va pas aller trop vers la gauche et bouleverser le système», dit-il.

Du reste, la question relative au contenu du changement qu’apporterait Obama en tant que président et qui préoccupe John Hooker est celle qui a fait pencher vers John McCain l’Américain d’origine suisse Gene Boscacci: «Ce qui a motivé ma décision, c’est que j’ai peur qu’Obama soit trop socialiste», indique ce consultant en ressources humaines qui est pourtant inscrit sur les listes électorales en tant que démocrate à San Francisco.

Longtemps indécis, Gene Boscacci n’a fait son choix que deux semaines avant le scrutin et il a déjà voté pour John McCain par correspondance. «Je ne suis pas sûr que je puisse gérer autant de changements que ce qu’Obama apportera, même si la plupart de ces changements seront bons, comme l’amélioration de la couverture médicale. Avec McCain, le changement sera plus graduel.»

Bien que décidé à voter en faveur du candidat républicain, Gene Boscacci a cependant plus que des doutes sur les chances de victoire de son candidat. «Je crois que nous allons assister à un moment historique le 4 novembre et je ne pense pas que McCain va gagner», dit-il.

4 à 10% d’indécis

Les indécis représentent encore 4 à 10% de l’électorat, selon les différents sondages d’opinion. L’un d’entre eux est Mary Leedy, dont le père et les grand-parents maternels ont immigré du canton de Schaffhouse. «Je ne me déciderai sans doute que juste avant d’aller voter», indique cette mère de famille qui vit à Timonium, dans le Maryland.

Barack Obama et John McCain savent que les indécis détiennent l’une des clés de l’élection, notamment dans l’Ohio, l’Etat où Mary Leedy est née et où sa famille vote républicain. Dans les derniers jours de la campagne, les candidats ont focalisé leurs efforts de persuasion sur les indécis. Mais Mary Leedy souligne qu’elle «n’est pas sûre des qualifications des candidats, pas sûre d’eux, ni de ce qu’ils vont faire s’ils sont élus.»

«Le pays est en mauvais état et je suis préoccupée par notre position dans le monde, par cette dette de plusieurs milliers de milliards de dollars, par cette guerre qui continue en Irak, par tout cet argent qui part en Chine, par tout ce chômage», s’inquiète-t-elle.

Mary Leedy «cherche quelqu’un qui ait le discernement nécessaire pour s’attaquer aux problèmes et sauver le pays». Mais elle n’est pas sûre d’avoir trouvé le sauveur des Etats-Unis, ni dans Barack Obama, ni dans John McCain.

swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington

L’élection du nouveau président américain a lieu le 4 novembre. Les délégués seront élus dans les Etats.

Ce sont eux qui fournissent le vainqueur. Dans de nombreux Etats, le vainqueur de l’élection obtient tous les grands électeurs.

Un candidat ayant le plus de voix ne gagne donc pas forcément.

C’est ce qui était arrivé en 2000 à Al Gore contre George Bush: ce dernier a obtenu moins de voix, mais a gagné avec 271 grands électeurs contre 266 au démocrate.

Près de 6 millions d’Américains vivent à l’étranger. Et 16’411 sont installés en Suisse. Près d’un quart d’entre eux, soit 4463 personnes, habitent dans le canton de Genève.

La population américaine de Suisse est principalement active dans l’économie privée et les organisations humanitaires, ou retraitée.

Sur le plan politique, les Américains de Suisse passent pour être en grande majorité de tendance démocrate et pour avoir contracté la fièvre de l’«Obamamania».

Le président des RAS et tessinois d’adoption, Bob Gebhardt, estime que le nombre de ses compatriotes républicains avoisine les 200 dans son pays d’adoption, la Suisse.

Le vote des démocrates de l’étranger est décompté globalement et non pas Etat par Etat, alors que celui des républicains est comptabilisé dans l’Etat d’origine uniquement.

Le prochain rendez-vous helvétique de la campagne américaine aura lieu à l’Université de Zurich le 22 octobre à 19 heures, pour un débat contradictoire entre le coordinateur des républicains de Zurich et Jennifer Giroux, du camp démocrate.

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