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Les primaires socialistes, une idée pour la Suisse ?

Lors du 1er tour, François Hollande était arrivé largement en tête.

Lors du 1er tour, François Hollande était arrivé largement en tête.

(AFP)

Martine Aubry et François Hollande s'affronteront dimanche, au second tour des primaires organisées par le parti socialiste français. Un scrutin suivi de près de l'autre côté du Jura.

Une fois n'est pas coutume, les Suisses regardent avec curiosité, admiration parfois, l’évolution de la démocratie française. Les primaires socialistes, dont le deuxième tour aura lieu dimanche, contribueront peut-être à renouveler la manière dont les Français font de la politique, estiment nombre d’observateurs helvétiques, d'ordinaire assez critiques à l'égard de la France jacobine.

Les «citoyens de gauche» n'ont pas voté qu'à Paris. À Alès, dans le Gard, François Hollande est arrivé en tête du premier tour avec 41% des voix. Loin derrière, Martine Aubry (24%) ne devance Arnaud Montebourg (21%) que de quelques centaines de votes. «La ville est administrée par la droite, mais cela n'a pas empêché de nombreux électeurs de participer à ces primaires», constate le journaliste suisse Marc Schindler, cofondateur de l'émission de la Télévision suisse romande Temps Présent, qui vit dans le Gard depuis quelques années.

«Dans ce département où le chômage touche 14% de la population active, le discours protectionniste de Montebourg trouve un certain écho», note Marc Schindler. Ces primaires expriment un désarroi économique, mais aussi politique. «On s'aperçoit ici que le système français, qui tourne entièrement autour du Président, ne fonctionne plus.»

La droite aussi ?

L'engouement populaire pour ces primaires ne fait pas de doute. Plus de 2,5 millions de Français ont voté au premier tour. Ils ont payé un euro et signé une déclaration d'adhésion aux valeurs de la gauche, avant d'entrer dans l'isoloir pour choisir leur candidat. Pour autant, ce scrutin va-t-il changer durablement les pratiques démocratiques françaises ?

«C'est un tournant, estime François Cherix, politologue et candidat socialiste (Vaud) au Conseil national. On imagine mal que ce système des primaires ne soit pas repris par la droite à l'élection présidentielle de 2017. Signe révélateur, j’ai vu récemment à la télévision une Française d’outre-mer déclarer, après avoir voté aux primaires: "J’ai accompli mon devoir de citoyenne". Preuve que ce système est déjà entré dans les mœurs.»

Sur quel modèle les socialistes français se sont-ils basés ? Américain ? Helvétique ? «Il s'agit selon moi d’un métissage de la pratique démocratique, qui touche de nombreux pays, et auquel la France a longtemps résisté, poursuit M. Cherix. Le climat actuel est à la discussion horizontale des questions politiques. À mon sens, il n'y a pas de modèle suisse. Je souhaiterais que la France devienne un peu moins jacobine, mais que la Suisse le soit un peu davantage.»

Etage intermédiaire

Les esprits les plus audacieux verront dans le score flatteur d'Arnaud Montebourg un soutien populaire à son projet de «Sixième République»: un régime primo-ministériel où les pouvoirs du parlement seraient accrus, et ceux du président limités à un rôle d'arbitre. Comme ailleurs en Europe.

Vraiment ? «Ces primaires constituent un étage intermédiaire intéressant dans le système républicain, mais elles ne vont pas tout révolutionner, estime le juriste et historien suisse Olivier Meuwly. Comme aux États-Unis, ce scrutin aura surtout pour effet de construire le lien entre les électeurs et le Président.» On est donc loin du régime primo-ministériel à l'anglaise ou à l’allemande.

La primaire dans l’isoloir

Et si ces primaires, expérimentées en Italie comme en France, fournissaient une clé pour renouveler la démocratie helvétique, un peu essoufflée ces temps-ci ? C'est l'idée de la conseillère nationale Ada Marra, qui propose d'organiser des primaires pour désigner le candidat socialiste à la succession de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, comme le révélait récemment le quotidien 24Heures.

Le «peuple de gauche» pourrait ainsi choisir entre plusieurs prétendants. Puis organiser un second tour où l'on verrait, par exemple, le Fribourgeois Alain Berset et le Vaudois Pierre-Yves Maillard s'affronter poliment, comme l'ont fait Martine Aubry et François Hollande mercredi soir, lors d'un débat télévisé.

«Je ne crois pas à cette idée. Ce vote serait purement consultatif, puisque au final les membres du gouvernement sont élus par les parlementaires», rétorque Olivier Meuwly.

«En Suisse, les électeurs pratiquent d'une certaine façon la primaire dans l'isoloir, remarque Raphaël Leuenberger, politologue et responsable du site smartvote.ch en Suisse romande: ils le font en biffant des noms des listes électorales, en panachant.» Pour les prochaines élections fédérales, le seul canton de Vaud compte 22 listes, présentant chacune 18 personnes. Difficile, dans ces conditions, de prétendre que les choix leur sont imposés par les états-majors des partis politiques.

En revanche, estiment en chœur Raphaël Leuenberger et Olivier Meuwly, à l'échelon cantonal, des primaires pourraient permettre de désigner le ou les candidats d'un parti. Si les citoyens, déjà très sollicités par la démocratie directe, le souhaitent…

Les résultats de dimanche

François Hollandea remporté le 2e tour dela primaire socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2012.

Il a obtenu 56% des suffrages contre 43% pour sa rivale Martine Aubry.

Avec quelque 2,7 millions d’avis exprimés, le taux de participation a encore été plus élevé que lors du 1er tour.

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MONTEBOURG L’ANTI-SUISSE

Arrivé troisième au premier tour de la primaire, Arnaud Montebourg est connu pour ses déclarations critiques à l’égard de la Suisse du secret bancaire.

En 2001, avec son camarade Vincent Peillon, le député rédige un rapport au vitriol contre la Suisse à l’occasion d’une mission parlementaire française contre le blanchiment d’argent. Il y traite la Confédération de «prédateur de la finance mondiale».

En 2007, après le départ Johnny Hallyday pour Gstaad, il estime que «les gouvernements des Etats européens ne peuvent plus accepter les abus de voisins indélicats, comme la Confédération helvétique».

En 2009, quand le G20 s’en prend aux paradis fiscaux, il déclare au quotidien romand LeMatin: «Les banquiers suisses sont coupables d’aggraver les déficits publics de nombreux Etats, d’aider et de protéger des délinquants, des gens qui ne respectent pas le civisme. Je vous rappelle que la fraude fiscale est une infraction dans de nombreux pays. A ce titre, les banques suisses se rendent coupables de complicité et de recel.»

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swissinfo.ch, Paris


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