Johanna Gapany, une libérale classique qui défend le «vivre et laisser vivre»

Johanna Gapany affirme que sa philosophie se base beaucoup sur le «vivre et laisser vivre». Thomas Kern/swissinfo.ch

Johanna Gapany a fait sensation lors des dernières élections fédérales en devenant, à 31 ans, la plus jeune sénatrice de Suisse. La Fribourgeoise suit la ligne classique de son parti, le PLR (libéraux-radicaux).

Ce contenu a été publié le 20 février 2020 - 09:14

Les citoyens suisses ont élu le Parlement le plus féminin de l’histoire en octobre dernier. Même si la parité n’est pas encore atteinte, les politiciennes représentent désormais 42% des députés de la Chambre basse. Pour marquer le coup, swissinfo.ch a décidé de faire le portrait de huit nouvelles élues issues de différents partis.

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En novembre dernier, Johanna Gapany a devancé de 138 voix seulement le conseiller aux États sortant Beat Vonlanthen. À 31 ans, la Bulloise devient alors la plus jeune sénatrice de Suisse et la première femme à représenter le canton de Fribourg à la Chambre haute du Parlement.

Ce fut une surprise. Le quotidien Le Temps publiait, en février 2019, un portrait élogieux de la jeune femme, considérant néanmoins ses chances d’être élue comme étant «minimes». Dans une région de tradition démocrate-chrétienne et face à deux poids lourds de la politique cantonale, Beat Vonlanthen (démocrate-chrétien) et Christian Levrat (socialiste), la mission semblait «impossible», selon le journal.

L’intéressée elle-même, bien qu’elle ait toujours pris sa campagne «très au sérieux», se montrait également prudente quant à ses chances d’être élue. Plus tard, elle affirmait que de tels doutes étaient «normaux» au vu du contexte.

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Quelques mois après son entrée en fonction, la vie de Johanna Gapany est désormais plus «chargée». La Fribourgeoise se dit frappée par la quantité de courrier reçue chaque jour et le nombre d’événements auxquels elle est conviée.

«Mon expérience à Fribourg a été une bonne préparation», relève-t-elle. Son engagement en politique a débuté voici plus d’une décennie dans sa région. En fin d’année passée, Johanna Gapany a quitté ses mandats à l’exécutif de Bulle et au Grand Conseil (Parlement) fribourgeois pour se consacrer pleinement à sa nouvelle fonction. Selon elle, les mécanismes sont similaires, malgré un niveau différent.

Ce qui l’a le plus marquée, ce sont le «respect» et le «calme» qui règnent au Conseil des États: tout le monde s’écoute, quel que soit l’âge ou le parti, et les débats sont toujours constructifs. «C’est une atmosphère de travail très agréable.»

«Vivre et laisser vivre»

Johanna Gapany ne souhaite pas brûler les étapes. La politique n’est pas une carrière, selon elle, et un titre ne constitue pas un but: «C’est un moyen de faire quelque chose.»

Malgré son jeune âge, qu’elle n’a pas hésité à mettre en avant pendant sa campagne, elle entend réaliser «quelque chose» en lien avec la politique libérale classique. Son objectif n’est pas de réformer le système.

La Fribourgeoise voit la politique, et surtout la société, en grande partie à travers le prisme du «vivre et laisser vivre». La tâche principale de l’État est de «fournir à chaque citoyen les moyens d’être indépendant et libre de ses choix».

«Lorsqu’ils ont la possibilité d’agir librement, les êtres humains accomplissent des choses incroyables», souligne-t-elle. Mais ces derniers ont aussi besoin d’un cadre dans lequel ils peuvent agir. Celui-ci peut être soit large et non interventionniste, soit petit et restrictif. «Je plaide en faveur du premier», dit-elle en levant les bras aussi haut que possible.

Cette philosophie place l’individu et le choix individuel au premier plan. Elle se trouve au cœur de l’action du Parti libéral-radical (PLR / centre droite). Une différence avec l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), qui est plus conservatrice sur le plan social, mais aussi nationaliste et populiste.

Le profil politique de Johanna Gapany, en fonction de ses réponses au questionnaire smartvote. smarvote.ch / sotomo.ch

Cet aspect distingue également Johanna Gapany d’autres jeunes parlementaires très en vue, telles que la socialiste Tamara Funiciello ou la verte Lisa Mazzone qui luttent pour l’égalité — entre les sexes et les classes sociales — avec une orientation idéologique très à gauche. Mais «on peut être à la fois une femme et marquée à droite», estime Johanna Gapany. Comme il est possible d'être à la fois de droite et engagée en faveur de l’égalité: la sénatrice souhaite simplement atteindre cet objectif d’une manière différente, en étant moins interventionniste et en responsabilisant l’individu.

Il s’agit ainsi de redessiner l’image traditionnelle de la famille pour y intégrer les différentes évolutions (couples de même sexe, foyer monoparental, etc.) apparues ces dernières années, développe-t-elle. Cela pourrait déboucher sur une taxation individuelle de manière systématique au lieu de régimes fiscaux spéciaux pour les couples mariés ou les familles.

De lents progrès

Pour un observateur extérieur, cette position libérale pourrait sembler légèrement en contradiction avec l’image de la Suisse, pays plutôt lent, conservateur et austère. Elle pourrait également être en porte-à-faux avec l’évolution du paysage politique helvétique de ces dernières années: la montée de l'UDC et la «vague verte» notamment ont entraîné une perte d’influence du PLR — le plus ancien parti politique de Suisse.

Johanna Gapany, qui est issue d’une vieille famille radicale, se préoccupe peu de cela. À propos du «paradoxe» qui se trouve au cœur du caractère suisse, elle observe ceci: «D’un côté, nous sommes très prudents; de l’autre, nous sommes très innovants. Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous avons un certain niveau de richesse et de confort, accumulé au fil du temps, mais nous avons toujours cette peur de le perdre.»

La Suisse penche-t-elle trop vers la peur et la stabilité? Une fois de plus, Johanna Gapany distingue citoyen et État. «Sur le plan individuel, je pense que nous pourrions être plus audacieux, dit-elle. Aujourd’hui, nous avons peut-être trop tendance au conformisme.»

Johanna Gapany discute avec le nouveau conseiller aux États du canton de Zoug, le PLR Matthias Michel, lors de la session d'hiver du Parlement suisse début décembre à Berne. Keystone / Anthony Anex

Au niveau de l’État, cependant, la lenteur du système politique est essentielle, selon elle. La Suisse est ainsi un pays sûr, fiable et propice aux affaires. Cela se traduit par plus de progrès à long terme: le système démocratique, qui donne une voix à tous les groupes concernés, avance lentement, mais aussitôt qu’il avance, il ne recule pas. Dans d’autres pays, le système est plus volatile. «Nous avançons lentement, mais sûrement.»

Priorité à Fribourg

Bien que travaillant désormais à Berne, au cœur du système politique suisse, Johanna Gapany reste ancrée dans sa région. Les termes «Fribourg», «Gruyères» et «Bulle» reviennent à de nombreuses reprises au cours de notre conversation. Laquelle se déroule, en partie, dans le train régional partant de Berne vers le canton de Fribourg, le trajet désormais régulier de la jeune femme.

«Les sénateurs sont à Berne pour représenter leur canton», déclare-t-elle en allemand (elle prend des cours) avec un bon accent français, alors que nous traversons la frontière linguistique virtuelle de la Suisse, près de Fribourg. Les journaux qu’elle lit sont régionaux. Johanna Gapany est, par ailleurs, présidente de l’Association des remontées mécaniques fribourgeoises: l'un de ses quatre mandats extrapolitiques. Et quand il s’agit de choisir les événements auxquels participer, «Fribourg est la priorité».

Malgré une nuit passée à Berne de temps à autre lorsque le travail des commissions parlementaires est particulièrement intense, Johanna Gapany vit dans sa région d’origine. Ses plaisirs sont la randonnée et le ski en Gruyère. 

Par ailleurs, les thèmes sur lesquels elle veut se concentrer au cours des prochaines années au Conseil des États sont ceux qui préoccupent l’ensemble des Suisses: «stabiliser» les coûts de la santé et veiller à ce que le système de retraite reste viable pour les générations à venir.

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