L’approvisionnement de la Suisse en pétrole et gaz reste sûr malgré la guerre
Le conflit au Moyen-Orient a perturbé le transport mondial de pétrole et de gaz. Ses effets se font sentir jusqu’en Suisse, même si le pays ne dépend pas directement du golfe Persique pour son approvisionnement énergétique. Voici d’où proviennent les combustibles fossiles consommés en Suisse.
Le prix du pétrole – et plus encore celui du gaz naturel – a grimpé en flèche à la suite de l’offensive militaire menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, et de la riposte qui a suivi de la part de Téhéran.
L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, un étroit corridor maritime qui sépare la péninsule Arabique des côtes iraniennes, et menace de frapper les navires qui tentent de le traverser. Cela signifie qu’environ un cinquième du commerce mondial de pétrole brut est paralysé, puisque les navires transportant le pétrole et le gaz produits au Qatar, aux Émirats arabes unis et dans d’autres pays du Moyen-Orient ne peuvent plus circuler.
Cette fermeture entraîne des répercussions sur tous les pays consommateurs de pétrole, même si – comme la Suisse – ils ne dépendent pas du brut transitant par le détroit d’Ormuz.
Les Etats-Unis pressent plusieurs pays d’intervenir dans le détroit d’Ormuz, un reportage du Téléjournal de la RTS du 16 mars 2026:
Les pays fortement dépendants des importations en provenance du Moyen-Orient, principalement en Asie, ont subi de plein fouet l’onde de choc de la crise. L’Europe est beaucoup moins tributaire de la région du Golfe, mais elle reste exposée aux fluctuations des prix mondiaux des combustibles fossiles. Même si les producteurs de pétrole devaient reprendre rapidement leurs activités normales, le marché restera instable pendant des mois, estiment les analystes.
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Approvisionnement en produits pétroliers garanti en Suisse
Cela vaut aussi pour la Suisse. Les prix du diesel et du mazout ont augmenté respectivement de 8,6%Lien externe et de 40%Lien externe entre le 28 février et le 9 mars. Les livraisons de combustibles fossiles n’en ont toutefois pas été affectées pour l’instant. Avenergy, l’organisation qui regroupe les acteurs du marché pétrolier en Suisse, a indiqué le 9 mars que l’approvisionnement en pétrole du pays est actuellement «sûr», le marché disposant de quantités suffisantes de brut.
«Notre approvisionnement en produits pétroliers est toujours garanti; il n’y a aucune crainte de pénurie», déclare à Swissinfo Ueli Bamert, porte‑parole d’Avenergy. Les moyens de transport et la logistique sont très résilients et, si une source n’est pas en mesure de livrer, les produits peuvent être importés d’autres régions, souligne‑t‑il.
La stabilité de l’approvisionnement s’explique par le fait que la Suisse s’approvisionne en combustibles fossiles auprès de pays situés en dehors du Moyen-Orient. Toutefois, même si les livraisons restent assurées, le pays et sa population ressentiront malgré tout les répercussions sur les prix et sur le coût de la vie en raison des tensions dans la région. Ces effets pourraient s’accentuer si le conflit devait se prolonger pendant plusieurs mois.
La Suisse achète la moitié de son pétrole aux États-Unis
La Suisse importe la totalité des combustibles fossiles qu’elle consomme, ne disposant d’aucune ressource propre. Le pays dépense en moyenne huit milliards de francs par an pour acheter du pétrole, du gaz naturel et, dans une moindre mesure, des combustibles nucléaires, selon la Fondation suisse de l’énergie.
Les produits dérivés du pétrole couvrent près de la moitié des besoins énergétiques de la Suisse (46% en 2024Lien externe). Ils sont essentiels pour les transports, le chauffage des bâtiments et les processus industriels. Le gaz naturel assure pour sa part environ 12% de la demande helvétique et est utilisé principalement pour le chauffage des habitations et la cuisine.
La Suisse importe la moitié de son pétrole brut des États-Unis. En 2025, elle y a acheté 1,5 million de tonnes de pétrole, pour une valeur totale de 691 millions de francs, selon une analyse de SRFLien externe basée sur les données douanières. Le Nigeria est le deuxième fournisseur le plus important, comme le montre ce graphique:
Les États-Unis sont le principal fournisseur de pétrole de la Suisse depuis 2023. La levée, en 2015, de l’interdiction d’exporter du pétrole depuis les États-Unis, ainsi que de nouvelles techniques d’extraction comme la fracturation hydraulique, ont accru la production et donc les exportations.
Les États-Unis ont désormais remplacé la Libye, qui a longtemps été la principale source de brut pour la Suisse. La dépendance envers ce pays d’Afrique du Nord a progressivement diminué après la guerre civile de 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi.
La décision d’entreprises privées
Le pétrole importé en Suisse est traité par la raffinerie de Cressier (Neuchâtel), le seul site de ce type encore en activité dans le pays. La raffinerie produit environ 30% de l’essence, du diesel et du mazout consommés au niveau national. Les 70% restants proviennent de produits pétroliers déjà raffinés, importés de l’UE, qui s’approvisionne elle‑même aux États‑Unis, en Norvège et en Arabie saoudite.
Ce sont les entreprises privées, et non le gouvernement national, qui décident de quels pays la Suisse importe son pétrole. «Nous achetons du brut auprès de plusieurs États. Les décisions se fondent sur des critères économiques et opérationnels, susceptibles de changer à tout moment», a déclaré Lien externeVaroPreem, la société qui exploite la raffinerie de Cressier, à la radiotélévision publique alémanique SRF.
Un facteur déterminant est la composition du pétrole: toutes les qualités ne se prêtent pas de la même manière à la production des différents types de combustibles. Le mélange entre brut léger et brut lourd constitue donc un élément clef dans le choix des pays fournisseurs.
Compétition entre l’Asie et l’Europe pour le gaz liquéfié
Même sur le front des importations de gaz naturel de la Suisse, qui s’approvisionne sur les marchés de l’Union européenne, la situation n’est pour l’heure pas critique, affirme l’Association suisse de l’industrie gazière (ASIG).
Les répercussions sur les prix de l’énergie dépendent en grande partie de la durée pendant laquelle la situation dans le détroit d’Ormuz restera tendue, explique son porte‑parole Janos Kick. Si la situation devait s’apaiser d’ici début‑mi avril, le marché devrait être en mesure d’en absorber les effets.
En 2025, l’Europe – et indirectement la Suisse – a importé plus de la moitié de son gaz (à l’état gazeux) de Norvège et d’Algérie. Le gaz naturel liquéfié (GNL) a pour sa part été acheté principalement aux États‑Unis, et dans une moindre mesure en Russie, dans des pays africains et au Qatar.
Une interruption plus prolongée du trafic maritime dans le golfe Persique pourrait en revanche entraîner des répercussions sensibles sur le stockage de gaz en Europe, avertit l’ASIG. Cet été, les entreprises du secteur devront constituer les réserves pour le prochain hiver. Le niveau de remplissage des installations de stockage européennes se situe actuellement autour de 29%, contre 39% il y a un an. «Il faudra beaucoup de gaz cet été pour remplir les stocks», a déclaréLien externe Frédéric Rivier, de l’entreprise suisse Gaznat, au quotidien économique Agefi.
InterviewéeLien externe par la radiotélévision publique francophone RTS, la spécialiste du gaz et de l’énergie Anne‑Sophie Corbeau a rappelé que 85 à 90% du GNL transitant par le détroit d’Ormuz est destiné à l’Asie. Des pays comme le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, a‑t‑elle expliqué, pourraient exercer une pression sur les États producteurs afin de rediriger vers l’Asie des cargos initialement prévus pour l’Europe.
Le GNL du Qatar, bien qu’il ne représente actuellement que 5% des importations européennes de gazLien externe, est appelé à jouer un rôle de plus en plus important pour l’UE et pour la Suisse. Il devrait en effet remplacer une partie du gaz en provenance de Russie, qui, avant l’invasion de l’Ukraine, était le principal fournisseur énergétique de l’Union européenne.
Dans le cadre des sanctions imposées à Moscou, l’UE a annoncé l’interdiction générale d’importer du gaz russe à partir de 2027. La Suisse interdira quant à elle l’achat et l’importation de GNL en provenance de Russie dès le 25 avril prochainLien externe.
Des réserves pour quatre mois et demi
Même si le blocage du transport de carburants en provenance du Moyen‑Orient devait se prolonger, la Suisse ne se retrouverait pas à sec. En cas de pénurie d’approvisionnement, des mesures sont déjà prévues, a indiqué le 9 mars un porte‑parole de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays.
La Confédération pourrait libérer les stocks obligatoiresLien externe de produits pétroliers. L’essence, le diesel et le mazout seraient en mesure de couvrir les besoins suisses pendant une période de quatre mois et demi.
Quatre mois et demi, soit environ 18 semaines. Une durée largement supérieure aux «quatre ou cinq semaines» évoquées par le président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Le 9 mars 2026, le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril pour la première fois depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Si le prix du pétrole devait se stabiliser durablement à 90 dollars le baril, la croissance économique devrait ralentir de 0,2 à 0,4 point de pourcentage par an, et cela pendant deux années consécutives. Cela équivaudrait à une perte de revenu moyen par personne comprise entre environ 200 et près de 400 francs par an, selon Hans Gersbach, codirecteur du Centre de recherches conjoncturelles KOF de l’École polytechnique fédérale de Zurich, interrogé par SRFLien externe.
Dans le cas d’un prix du pétrole se maintenant durablement au‑dessus de 105 dollars, ces pertes de revenu seraient nettement plus élevées: entre près de 500 et environ 750 francs par tête.
L’impact économique serait légèrement plus fort que celui des droits de douane américains de 39% introduits sur de nombreuses marchandises d’importation suisses en août 2025, selon Hans Gersbach.
Texte relu et vérifié par Gabe Bullard, traduit de l’italien à l’aide de l’IA/op
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