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Un combat risqué pour les droits humains

La défense des droits de l'homme en Afghanistan, un travail dangereux selon Ahmad Nader Nadery. swissinfo.ch

Dans l'Afghanistan en guerre, une étude de la Commission afghane indépendante des droits humains révèle les atrocités commises par les Taliban sur la population civile.

«Allez à droite, au bout de la rue. Vous ne pouvez pas vous tromper: des policiers armés campent à l’entrée», indique un commerçant dans le dédale de ruelles d’un quartier de Kaboul. Objectif: le siège de la Commission afghane Indépendante des droits humains, ou Afghanistan Independent Human Rights Commission, (AIHCR).

Tel un fortin, l’enceinte est effectivement gardée par de nombreux agents armés. Les bureaux de cette organisation, qui s’occupe de la défense des droits de l’homme en Afghanistan, sont encerclés par de hauts murs en béton armé. Il faut passer par un détecteur de métal et subir la fouille des gardiens pour parvenir à l’intérieur. Des Jeep aux vitres anti-projectiles sont garées dans la cour. Ces véhicules doivent protéger les collaborateurs du AIHCR, lors de leurs déplacements.

Droits humains en ligne de mire

Ahmad Nader Nadery, le jeune directeur du centre, est assis derrière son bureau, les yeux rivés sur un écran d’ordinateur. Il sourit lorsqu’on lui demande d’expliquer les raisons de ces mesures de sécurité. «Notre centre a un mandat constitutionnel qui est celui de protéger les droits humains en Afghanistan», dit-il.

Une tâche délicate dans un pays toujours gangréné par la guerre, où l’Etat est faible, et où les enlèvements de civils – Afghans et étrangers – font partie du quotidien. «Nous devons nous charger de la défense des droits humains, sans attendre que d’autres le fassent pour nous. C’est un travail dangereux, mais sans cette prise de risque, nous ne parviendront pas à amorcer le changement dont l’Afghanistan a urgemment besoin», ajoute Ahmad Nader Nadery.

Rapport explosif

Le AIHCR s’apprête à dévoiler un document brûlant. Cette étude – qui reste pour l’heure soumise à un embargo – se penche sur les activités des Taliban et les combattants affiliés à Al-Qaïda en Afghanistan. Ahmad Nader Nadery attend que le gouvernement renforce le système de sécurité du centre et de tous ses collaborateurs avant d’en publier le contenu.

«C’est un document très, très fort. Pour la première fois, toutes les atrocités commises par les Taliban sont décrites dans un rapport. Mais ce dossier va avoir un impact très sérieux sur la sécurité de nos employés», prévient-il. Le AIHCR a ainsi catalogué les informations réunies par ses collaborateurs sur le terrain, actifs essentiellement dans le sud-est du pays.

Population civile

«Nous avons approfondi et vérifié de nombreux cas dans lesquels les Talibans s’en sont pris directement à la population civile». Un exemple? «Dans un district de la province de Heland, quatre Taliban armés ont fait irruption en plein jour à l’intérieur d’une école. Ils ont pris l’instituteur et l’ont entrainé dehors avant de lui tirer dessus et de l’abattre. Des dizaines d’écoliers ont été témoins de ce meurtre. Le lendemain, les enfants, traumatisés, sont restés à la maison et l’école est restée fermée. Voilà. Il s’agit clairement d’un exemple de crime contre l’humanité».

De tels épisodes ont des répercussions. «C’est un acte d’extrême violence qui transmet un message de peur à toute la population. Au-delà de l’assassinat du maître d’école, il faut aussi prendre en considération l’effet à long terme que ce geste aura sur les jeunes et sur leur état psychique. C’est une action démonstrative, qui a pour but de terroriser les habitants d’une province entière», ajoute Ahmad Nader Nadery.

Prisonniers deux fois

La population des villages dans le Sud-Est de l’Afghanistan est prisonnière entre deux fronts, avec les Taliban d’un côté de l’enclume et les forces gouvernementales de l’autre. Les avions de l’OTAN qui ont frappé les villages à plusieurs reprises ont tué de nombreux civils.

«C’est une réalité qui nous préoccupe beaucoup. Nous avons déjà conduit plusieurs études sur les pertes de vies humaines causées par les forces occidentales et par l’armée, et nous continuerons à le faire», explique encore le directeur du AIHCR.

Islam et droit international

Quant aux Talibans, l’étude à paraître peut-elle véritablement trouver un écho dans leur camp? Comment s’adresser à ces combattants? «Nous leur disons qu’ils doivent respecter le droit international sur les droits de l’homme. Et nous leur rappelons aussi que nous devons respecter l’enseignement du Prophète de l’Islam».

«Dans l’Islam des origines, et même plus tard, le respect et la protection des civiles constituait un élément central, appliqué par les armées musulmanes. Si les Talibans et Al-Qaïda revendiquent un combat en faveur de l’Islam, ils doivent, à plus forte raison, se responsabiliser face aux populations».

Nouvelles attentes

L’Afghanistan semble s’enliser dans un conflit qui, au cours de 2008, a atteint des degrés d’intensité sans précédent. L’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis aura aussi des répercussions sur l’Afghanistan et sur les perspectives d’avenir du pays.

«Pour Obama, l’Afghanistan constituera le noyau dur de la guerre dite contre le terrorisme (…). Le futur président veut envoyer 7’000 soldats supplémentaires dans le pays et se concentrer également sur le Pakistan et les combattants en faction le long de la frontière avec l’Afghanistan. Cette mesure nous sera d’une grande aide. A cela s’ajoute que Barack Obama a promis d’attribuer un milliard de dollars supplémentaires à l’Afghanistan. Une manne dont le pays aussi a désespérément besoin pour sa survie».

swissinfo, Gianluca Grossi, Kaboul
(Traduction de l’italien: Nicole della Pietra)

En Afghanistan, la guerre opposant troupes gouvernementales et forces occidentales aux Talibans et aux combattants affiliés à Al-Qaïda a atteint un degré de violence sans précédent.

La Commission afghane indépendante des droits humains (Afghanistan Independent Human Rights Commission, AIHCR) s’apprête à publier un rapport sur les violations des droits de l’homme perpétrées par les Talibans.

Le AIHCR est un observatoire indépendant, fondé grâce à un décret du gouvernement et financé par l’Etat afghan et des pays donateurs, dont la Suisse.

Engagé dans la promotion des droits de l’homme, le centre recueille, répertorie, vérifie et documente les violations de ces droits fondamentaux par des individus, des groupes et des entités étatiques.

La documentation contenue dans la nouvelle étude à paraître a été rassemblée par les collaborateurs régionaux du centre. Dans l’exercice de leur travail, ces derniers mettent presque toujours leur vie en danger.

Le centre du AIHCR, qui est basé à Kaboul, collabore avec plusieurs ministères, dont ceux de l’Education et de l’Intérieur. Il opère en faveur d’une institutionnalisation des droits humains dans les programmes scolaires.

Le AIHCR a interpellé les autorités qui se sont engagées à introduire un cours de sensibilisation à la question des droits humains, dans le cursus des étudiants de l’Académie de police de l’Afghanistan.

swissinfo.ch

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