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Quand les vignerons suisses émigraient en Ukraine

La colonie de Chabag en 1922.

Le président Iouchtchenko vient d'effectuer une visite officielle à Berne. L'enjeu pour lui était de décrocher une aide financière. Juste retour de manivelle? Au 19e siècle, le tsar Alexandre Ier avait concédé à des vignerons suisses dans la misère de vastes terres situées au bord de la mer Noire...

C'est en 1822 que démarre l'odyssée de la cité qui aurait dû s'appeler Helvétianopolis, comme le souhaitait son fondateur, le botaniste et pédagogue Louis-Vincent Tardent.

Originaire des Ormonts, dans les Alpes vaudoises, il avait été envoyé en éclaireur l'année auparavant sur les conseils du grand homme politique vaudois Frédéric César de la Harpe, l'ex-précepteur du tsar de Russie Alexandre.

Les terres prises aux Turcs et concédées aux colons étrangers par un ukase impérial avaient une surface de 50 km2. Le lieu s'appelait Achabag (nom turc signifiant «jardins d'en bas»). Il était situé au bord de l'embouchure du fleuve Dnjestr, formant un lac intérieur qui - ô heureux présage - s'appelait «Liman».

Par monts et par vaux, traînant derrière eux un convoi de chars à pont et à bancs, une petite troupe de Vaudois prenait, le 21 juillet 1822, la route de la Bessarabie.

Une trentaine de personnes

Dirigeant le premier convoi, Louis-Vincent Tardent, 35 ans, est accompagné de sa femme et de sept de ses enfants, âgés de 15 ans à un an et demi. L'accompagnent Jacob-Samuel Chevalley, de Rivaz, sa femme née Légeret et six enfants, Henri Berguer, un jeune pharmacien d'Avenches, Jean-Louis Guerry, de La Tour-de-Peilz, tous deux mariés mais venus sans leurs épouses, le Lausannois François Noir, 16 ans à peine, et un valet de ferme nommé Henri Zwicki.

En tout, une trentaine de personnes répartis sur huit chars tirés chacun par trois ou quatre chevaux et transportant meubles, biens personnels, vivres et tous les outils de la remise. Chaque ménage emporte en outre une Bible et une carabine. En homme cultivé, Tardent, qui est le fils du «régent» de Vevey (comprenez «instituteur»), emmène avec lui une bibliothèque de 400 volumes!

Les chevaux couvrent de 25 à 50 km par jour: Zurich, Saint-Gall, Munich, puis l'Autriche où le petit Juste Chevalley passe sous la roue du char et se brise une jambe. Aidé par trois hommes, un chirurgien s'efforce de réduire la fracture.

A Vienne, les pavés de la capitale de l'Empire font pousser des hauts cris au jeune blessé. La petite troupe gagne Brno, traverse la Pologne et parvient à Kichinev, capitale de la Bessarabie. Ce n'est que le 29 octobre que la caravane arrive au terme du voyage. Epuisés, les six chevaux de Tardent meurent à l'arrivée.

La peste ....

Le premier hiver s'annonce difficile, mais le gouverneur du tsar a ordonné aux citoyens de la ville voisine d'Akkerman (aujourd'hui Belgorod) de donner le gîte aux colons suisses.

L'année suivante, la colonie s'agrandit. Daniel Besson fait le voyage seul et... à pied. En tout plusieurs dizaines de familles vont prendre souche ou s'éteindre rapidement. La mortalité est importante en raison de la peste, apportée par les armées russes après la guerre de 1828-1829 contre les Turcs.

Au pire moment, il ne reste que trois hommes valides pour inhumer les morts. Orphelins, des enfants rentrent en Suisse par leurs propres moyens! En 1831, une moitié de la colonie est composée de veufs et d'orphelins, et l'autre de tuteurs.

Pendant 120 ans, les Chabiens croissent et se multiplient, élisant leurs autorités et leur maire au sein de la colonie où les délibérations se font en français. Charles Tardent, fils du fondateur, publie un livre, «Viticulture et vinification», réédité plusieurs fois à Odessa.

...et les deux guerres mondiales

Entre les deux guerres mondiales, la colonie est englobée dans le royaume de Roumanie. Le roi Carol Ier visite la cave de Jean Thévenaz et les colons se mettent au roumain.

En juin 41, l'Armée rouge fait son entrée dans le village, chassant les colons vers la Roumanie, l'Allemagne ou la Suisse. D'autres choisissent de rester. De juin 41 à août 44, la colonie assiste au flux et au reflux des Soviétiques devant les Nazis. Certains vont être enrôlés dans l'armée allemande et jusque dans les rangs des SS, d'autres optent pour l'Armée rouge.

Le maire Daniel Besson et sa famille n'ont pas eu de chance: leur char a heurté un véhicule de l'armée d'Hitler au moment où les parachutistes russes réoccupent le village. Le père est embarqué pour la Sibérie où il disparaît en même temps que des millions de déportés.

Interdite aux étrangers jusqu'à l'ère Gorbatchev en raison d'un camp militaire installé au milieu du village, Chabag (devenue Chabo) est aujourd'hui accessible aux visiteurs.

L'église construite par le pasteur François-Louis Bugnion, venu de Belmont-sur-Lausanne en 1847, a bien souffert. Son clocher a été rasé et elle sert de maison de la culture pour les militaires du camp voisin.

Derniers vestiges des vignerons vaudois de la mer Noire, quelques caves emplies de grands tonneaux de chêne ont été conservées, y compris les carnotzets de Jean Thévenaz et d'Arnold Laurent.

Olivier Grivat, swissinfo.ch

La visite de Viktor Iouchtchenko

Economie. Le président ukrainien est accueilli jeudi 14 mai par le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz et la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Outre des discussions sur les relations bilatérales et la politique européenne, il doit également avoir des rencontres à vocation économique.

'Dernière chance'. André Liebich, professeur à l'Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) interprète la visite de jeudi comme «celle de la dernière chance». L'enjeu pour le président ukrainien consisterait à décrocher «une aide financière de la Suisse», afin de redorer sa cote de popularité en Ukraine, qui vit «une situation économique désastreuse».

Crise. Le taux de chômage a quasiment doublé depuis l'année passée, alors que le PIB va diminuer de 9% en 2009, selon les prévisions de la Banque mondiale. Suite à cette grave crise économique, M. Iouchtchenko se trouve face au mécontentement populaire.

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Le livre

«Les vignerons du tsar» d'Olivier Grivat, Editions Ketty & Alexandre, Chapelle-sur-Moudon

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Les vignerons suisses de la mer Noire

Juillet 1822: le botaniste Louis-Vincent Tardent et sa famille quittent Vevey pour la mer Noire. L'accompagnent Jacob-Samuel Chevalley, de Rivaz, Henri Berguer, un pharmacien d'Avenches, Jean-Louis Guerry, de La Tour-de-Peilz, mariés mais venus sans leur épouse, le Lausannois François Noir et le valet de ferme Henri Zwicki.

1823: la colonie s'agrandit: la famille Huguenin, de Neuchâtel, les Vaudois Maillard, d'Oron-le-Châtel, et Meillaud, de Blonay, s'installent à Chabag. Ils sont rejoints plus tard par les familles Testuz, Forney, Gottraux, Dupertuis, Campiche, Rebaud, Michoud, Laurent, Dogny, Thévenaz, Robert, Tapis, Jaton, Hoechler, Kiener, Kichman, Décombaz, Miéville, Broillot, Buxcel, Logoz, Borgeaud et Perret.

1846: les derniers colons partis de Suisse débarquent à Chabag: l'horloger Louis Margot, de Ste-Croix, et ses six enfants, Jakob Berthet, et un certain Jules Cavallo, d'Ivrea, dans le val d'Aoste.

1847: le pasteur Bugnion, venu de Belmont-sur-Lausanne, construit le temple protestant, avant de se faire chasser de la colonie pour... bigamie. Il tentera de recréer une colonie suisse en Australie, près de Rockhampton: New Helvetia (Queensland).

1918–1940: la colonie devient territoire du Royaume de Roumanie.

Août 1944: le drapeau de l'Armée rouge flotte sur l'ancienne colonie suisse qui est rattachée à l'URSS de Staline.

24 août 1991: l'indépendance de l'Ukraine est proclamée.

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