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Raid des forces de sécurité contre des cheminots grévistes

Médecins, enseignants, employés des compagnies d'électricité et des chemins de fer et de nombreux fonctionnaires ont cessé de travailler depuis le coup d'Etat du 1er février en Birmanie. KEYSTONE/AP/STR sda-ats

(Keystone-ATS) Les forces de sécurité birmanes ont lancé un raid mercredi à Rangoun contre des cheminots grévistes opposés à la junte. A New York, l’ONU n’est toujours pas parvenue à un consensus pour condamner le coup d’Etat.

Deux versions d’une déclaration commune – qui proposaient une condamnation explicite du putsch par le Conseil de sécurité et la possibilité d'»éventuelles mesures (sanctions, ndlr) supplémentaires» – ont été rejetées par la Chine, la Russie, l’Inde et le Vietnam, ont indiqué à l’AFP des diplomates. Les négociations sur une position commune se poursuivent, selon eux.

Face à une ONU divisée, les généraux putschistes font fi des condamnations internationales et poursuivent leur répression. Plusieurs centaines de policiers et de soldats se sont déployés mercredi autour de l’enceinte où réside le personnel ferroviaire de la gare Ma Hlwa Gone, dans l’est de la capitale économique.

«Ils bloquent les portes (des appartements) et les détruisent pour entrer», a relaté une membre de la famille d’un cheminot, sous couvert d’anonymat. «J’ai réussi à m’échapper, mais je m’inquiète pour les travailleurs» et leurs proches encore coincés. Selon elle, quelque 800 employés des chemins de fer dans cette gare sont impliqués dans le mouvement de désobéissance civile.

Menace de représailles

Médecins, enseignants, employés des compagnies d’électricité, cheminots, de nombreux fonctionnaires ont cessé le travail depuis le coup d’Etat du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

Ce mouvement perturbe la fragile économie birmane avec des bureaux ministériels vides, des écoles et des hôpitaux fermés, des banques dans l’incapacité de fonctionner. Les principaux syndicats ont appelé à «l’arrêt complet de l’économie» pour tenter de paralyser le pays et d’augmenter la pression sur les militaires.

La junte a ordonné de son côté aux fonctionnaires de reprendre le travail, faute de quoi ils seraient licenciés et s’exposeraient à des représailles.

Manifestations éparses

La Birmanie est en ébullition depuis le putsch, avec des manifestations quotidiennes à travers tout le pays. Quelques rassemblements épars ont été organisés ce mercredi.

A Myingyan (centre), le cortège a été dispersé violemment: trois manifestants pro-démocratie ont été blessés, dont un grièvement à l’oeil, selon les secouristes. Dans le quartier d’Okkalapa, dans le nord de Rangoun, les forces de sécurité ont procédé à «une centaine» d’interpellations, d’après un secouriste. «Certains manifestants ont été battus, il y a des blessés».

Au moins 60 civils ont été tués et près de 2000 personnes arrêtées depuis le 1er février, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. L’armée justifie son passage en force en alléguant de vastes fraudes électorales lors des législatives de novembre remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Dans un geste symbolique, plusieurs députés LND déchus ont annoncé sur Facebook avoir nommé un de leurs responsables, Mahn Win Khaing Than, vice-président du pays, en charge de remplacer Mme Suu Kyi et l’ex-président de la République Win Myint, toujours tenus au secret.

«Haute trahison»

Les députés qui ne reconnaissent pas la légitimité du coup d’Etat et ont créé un comité pour représenter le gouvernement civil se rendent coupables de «haute trahison», un crime passible de la peine de mort ou de 22 ans de détention, a averti il y a quelques jours la junte.

Le putsch, qui a mis fin à une décennie de transition démocratique, suscite même des condamnations de diplomates birmans, les ambassadeurs à l’ONU et au Royaume-Uni se désolidarisant du régime. Au contraire, le gouvernement sri lankais a invité le ministre des Affaires étrangères de la junte à participer, début avril, à des pourparlers sur la coopération économique.

Un lobbyiste, recruté pour représenter la junte à l’étranger, devrait recevoir une somme de deux millions de dollars pour cette mission, selon des documents déposés au ministère américain de la Justice, que l’AFP a pu consulter mercredi.

Le lobbyiste israélo-canadien Ari Ben-Menashe et sa société, basée à Montréal, ont signé le 4 mars un contrat avec le régime pour «aider à expliquer la situation réelle dans le pays», tout en faisant pression pour obtenir la levée des sanctions.

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