Les forêts suisses n’échappent pas aux feux
Quelques centaines d’hectares de forêt ont brûlé mercredi soir près de Loèche (VS). Le Tessin et les Grisons sont aussi touchés par les incendies.
La canicule a bouleversé la donne, même si la situation n’est pas comparable à celle du sud de l’Europe.
Mercredi soir, un feu s’est déclaré au-dessus de la commune valaisanne de Loèche. Quelque 450 hectares de forêts ont été détruits depuis.
Pompiers, soldats et hélicoptères bombardiers d’eau sont intervenus, tandis que 260 personnes habitant Loèche, Wyler et Albinen ont été évacuées.
Cet incendie n’est pas le premier cet été en Suisse. Au Tessin, les pompiers luttent depuis le 6 août contre un feu dans le Val Maggia. Le feu n’est pas éteint non plus dans le Val Calanca, au-dessus de Santa Maria, dans les Grisons.
Des incendies ont aussi éclaté ces derniers jours dans les cantons d’Argovie, de Berne, de Vaud et de Soleure.
Mais jusqu’à présent, heureusement, rien de véritablement catastrophique par rapport aux dizaines de milliers d’hectares partis en fumée dans le sud de l’Europe.
En fait, d’ordinaire, c’est en hiver que la forêt du sud du pays et du Valais souffre de la sécheresse (absence de sève, faible pluviométrie) et peut donc être la proie des flammes. Tandis que celle du nord des Alpes est plus luxuriante et donc plus humide.
Mais, cette année, la canicule exceptionnelle bouleverse la donne.
Sécheresse, danger maximal
Selon l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), le danger d’incendies n’a jamais été aussi élevé en Suisse depuis 30 ans.
Le risque pourrait même être aussi important que dans les pays méditerranéens si la sécheresse se poursuivait et que les températures continuaient à monter.
Mais d’après MétéoSuisse, celles-ci devraient plutôt se fixer, ces prochains jours, en dessous de 30 degrés, avec un retour imminent de la pluie.
Cela dit, il a fait chaud et même très chaud en Suisse. Au mois de juin, la température a été supérieure à la moyenne de sept degrés. Et de trois degrés en juillet. Il en sera probablement de même pour le mois d’août, indique Daniel Cattani, prévisionniste à MétéoSuisse.
Or beaucoup d’ensoleillement et des températures très élevées entraînent une forte évaporation et donc une grande sécheresse.
Par ailleurs, à cause de la canicule, les phénomènes naturels se sont accélérés: les feuillus ont pris une couleur automnale. Et qui dit automne, dit feuilles mortes.
Le déclencheur humain
Pour Jean Combe, directeur de l’Antenne romande de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), le danger vient de l’homme.
Car, hormis les orages, il n’y a pas de causes naturelles d’incendies. Ils sont généralement la conséquence d’une négligence (mégot de cigarette, tessons de bouteille, etc.) ou d’actes de pyromanie.
Au vu de la vulnérabilité actuelle de la forêt, il ne reste donc que les mesures préventives pour essayer d’éviter la catastrophe.
Actuellement, les feux en plein air en forêt, ou à sa lisière, sont interdits dans toute la Suisse ou presque.
De plus, après qu’une balle traçante eut déclenché un incendie aux Grisons, l’armée a appelé les commandants des places d’armes à renoncer aux exercices de tir en cas de risque.
Différence helvétique
Même si le danger d’incendie n’a jamais été aussi grand, la forêt suisse n’est en rien comparable à celles du sud de la France, d’Italie, d’Espagne et du Portugal.
La forêt suisse est dite ‘mélangée’, c’est-à-dire que diverses espèces la composent. Des espèces différentes de celles d’Europe du sud. Ce qui, en quelque sorte, la protège des flammes dévastatrices, affirme Christoph Zahn, de la Direction fédérale des forêts.
Chez nous, par exemple, et contrairement au Portugal ou au sud de la France, il n’y a pas de pinèdes. Celles-ci, explique l’ingénieur forestier Jean Combe, sont des forêts artificielles, plantées en monoculture.
Or le pin, – tout comme l’eucalyptus – contient des substances hautement inflammables (huiles essentielles, terpènes). Et avec l’air chaud, cela donne un mélange détonnant.
Il y a bien des plantations en Suisse, mais elles sont de toutes façons beaucoup plus petites, souvent constituées d’épicéas, et ne comportent donc pas ces essences ‘explosives’.
swissinfo, Chantal Nicolet
La forêt suisse est constituée à 70-75% de résineux.
Parmi ceux-ci, il y a environ 50% d’épicéas, 15% de sapins blancs, 10% de pins, mélèzes etc.
Le reste est formé de hêtres, érables, charmes, chênes etc.
– L’incendie de Loèche (VS) est le plus important qu’a connu la Suisse depuis environ 30 ans.
– Les forêts suisses subissent entre 40 et 80 incendies chaque année. La plupart d’entre eux ne brûlent que 100 ou 200 hectares.
– L’été 1981 a été le plus dévastateur puisque 1837 hectares sont partis en fumée dans toute la Suisse.
– L’OFEFP a dépensé 4 millions de francs en mesures préventives au cours des dix dernières années.
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