Suivi de Rio: la Conférence de Genève finit dans l'optimisme

Le conseiller fédéral Joseph Deiss, président de la réunion, a qualifié l'attitude américaine d'encourageante. Keystone

Les 55 pays de la Commission économique de l'ONU pour l'Europe sont unanimes: le développement durable réclame du concret. Mais, à lire la déclaration adoptée mardi à Genève, on voit que de part et d'autre de l'Atlantique les positions de fond sont toujours difficiles à concilier

Ce contenu a été publié le 25 septembre 2001 - 20:25

Présidée par la Suisse et par son ministre des affaires étrangères Joseph Deiss, la réunion de deux jours consacrée au bilan de la décennie de l'après-Rio et à la préparation du Sommet de Johannesburg 2002 sur le développement durable s'est achevée par l'adoption d'une déclaration ministérielle d'une douzaine de pages.

Si l'unanimité s'est rapidement faite autour des thèmes généraux de la lutte contre la pauvreté, de la protection des ressources naturelles ou de la nécessité d'une mondialisation qui profite à tous, le consensus sur certaines applications concrètes de ces principes n'aurait pas été possible sans quelques artifices rédactionnels.

Les divergences portaient principalement sur le «global deal», c'est-à-dire l'idée d'organiser un véritable partenariat planétaire de tous les acteurs du développement durable, non seulement les gouvernements et les parlements, mais aussi la société civile et le secteur de l'économie privée.

Réticences américaines

C'est une proposition que les Etats-Unis, de toute évidence, rechignent à prendre en compte. De même qu'ils mettent volontiers les pieds au mur quand on leur parle de fixer un objectif précis à l'aide au développement ou d'adopter le principe de précaution cher aux défenseurs de l'environnement.

La déclaration ministérielle se contente de noter le souhait de l'Union européenne et d'autres pays de chercher à mettre en place ce fameux «contrat global» dont tout le monde parle. En clair, Washington n'en veut pas mais ne s'oppose pas à ce que d'autres le fassent. Un argument que l'on a déjà entendu maintes fois dans d'autres dossiers et d'autres enceintes.

Aux yeux de certains participants, les réticences américaines paraissent d'autant plus choquantes que les Etats-Unis réclament pour eux la coopération inconditionnelle de tous les gouvernements de la planète suite aux attentats de New York et Washington.

Joseph Deiss ne paraît pas leur en tenir rigueur. Il se dit très encouragé et préfère parler de leur scepticisme: «je ne pense pas, disait-il en conférence de presse, qu'il y avait de leur part un refus d'entrer en matière, mais plutôt l'argument qu'ils ne sont pas prêts à faire ce pas». En clair, ils rejettent l'idée d'un «deal» avec tout ce que cela signifie de contraignant.

Evoquant l'attitude américaine en matière de protection de l'environnement, le vice-directeur de la Coopération suisse Serge Chappatte confirme que «les Américains ne veulent pas trop se laisser entraîner dans des aventures alors que, de ce côté-ci de l'Atlantique, ces principes sont mieux ancrés dans les politiques et dans les comportements».

Le 0,7% du PIB toujours à l'ordre du jour

Sur le troisième point sensible, celui du financement du développement durable dans les pays les plus démunis, la déclaration ministérielle a le mérite de reconnaître qu'il est grand temps d'inverser la courbe descendante de l'aide internationale et de remettre à l'ordre du jour le fameux objectif de 0,7% du produit intérieur brut que les pays industrialisés devraient lui consacrer.

A ce propos, on peut rappeler que les États-Unis ne l'ont jamais accepté, contrairement à l'Union européenne qui vient de le mettre clairement dans la liste de ses priorités. Quant à la Suisse, elle y a adhéré. Mais en théorie seulement. Car, dans la pratique, elle n'en est encore qu'à 0,32%. Mais elle a récemment décidé d'atteindre les 0,4% dans les dix années à venir.

De cette conférence régionale, on retiendra donc le bel effort d'unanimité des Occidentaux. Avec quelques bémols et autant de doutes. D'abord sur la volonté réelle de traduire les idées en actes concrets. Ensuite sur la capacité américaine de se remettre à l'écoute du monde. Enfin sur les chances du sommet de Johannesburg, hypothéqué par une conjoncture internationale peu propice aux remises en questions.

Bernard Weissbrodt

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