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Une page d'histoire sans grande conviction

Les scrutateurs en pleine action.

(Keystone)

Mercredi, 10h37: le visage de Christoph Blocher s’éclaire. C’est fait: il est conseiller fédéral.

Pour certains, la fin de la «formule magique» marque une étape dans l’histoire suisse. Mais, au Palais fédéral, il aura fallu beaucoup d’imagination pour s’en convaincre.

Berne 07h00: la Suisse s’apprête à vivre une journée historique. Mais, assez étrangement, la Place fédérale est d’un calme absolu. Pas de foule, pas de manifestants, rien!

Seul signe que quelque chose se trame: une équipe de télévision filme les rares passants.

Standing ovation pour Kaspar Villiger

A l’intérieur du Palais, ce n’est pas davantage l’agitation. Des parlementaires se retrouvent à la cafétéria ou discutent dans la salle des pas perdus (long couloir demi-circulaire qui relie les deux ailes du Conseil national).

Bon nombre d’élus sont encore en séance. Pour l’énième et dernière fois, ils mettent au point leur tactique en vue de l’élection du gouvernement. Discrets, ils se sont retirés dans des salles inaccessibles au public.

Finalement, les plus nombreux, se sont encore les journalistes et les photographes. Ils font le pied de grue à l’entrée du Palais. Leur but: fixer sur la pellicule les stars du jour: Christine Beerli, Hans-Rudolf Merz ou encore un certain Christoph Blocher.

La salle du Conseil national se remplit peu à peu. Les deux Chambres y sont réunies. Les 246 parlementaires fédéraux y ont pris place. Le tableau est aussi impressionnant qu’inhabituel. 24 heures plus tôt, cette même salle était à moitié vide …

La session commence à 08h00 tapantes. On assiste au discours d’adieu de Kaspar Villiger. Le ministre des Finances est visiblement ému. Jusqu’au bout l’homme a du style. Le grand argentier débute son discours en romanche. Peu de gens l’auront compris, mais le geste est élégant.

L’émotion de Kaspar Villiger est contagieuse. A 8h15, c’est terminé. L’Assemblée fédérale fait une standing ovation au Lucernois en guise d’hommage.

Bienvenue sur Blocher’s TV

Dès lors, les choses sérieuses peuvent commencer. Les différents partis se succèdent à la tribune pour y exposer leur tactique.

Une longue mise en bouche qui n’apporte rien de bien nouveau. Depuis bien des jours en effet, les différents pontes de la politique fédérales ont eu tout le temps de se répandre dans les différents médias du pays.

Ce n’est finalement qu’à 09h20 que l’élection proprement dite peut commencer. Elle débute par la réélection de Moritz Leuenberger et de Pascal Couchepin. Il n’y a pas vraiment d’enjeux, car leurs sièges ne sont contestés par personne.

Le réalisateur de la TV ne s’y trompe d’ailleurs pas. Il sait bien, lui, qui est la véritable star de la journée. A intervalles réguliers, un gros plan est donc fait sur la figure du tribun zurichois. Difficile d’y échapper…

A 09h45 la réélection de Moritz Leuenberger et de Pascal Couchepin est déjà terminée. C’est l’heure de l’entrée en scène du leader de la droite dure.

Trois petit tours et puis s’en va…

A 10h06, le président de l’Assemblée fédérale annonce le résultat du premier tour opposant Christoph Blocher à la ministre Ruth Metzler. Dans l’assistance tout le monde retient son souffle.

Les deux adversaires sont à égalité. Rires nerveux dans l’assistance. Immédiatement, on débute le deuxième tour.

A 10h22, le résultat tombe. Christoph Blocher compte un très léger avantage sur sa rivale. Dans la salle des pas perdus, la rumeur monte. On se dit que l’affaire peut durer…

Mais il n’en est rien. A 10h37, c’est le dénouement. Christoph Blocher est élu et Ruth Metzler voit son destin politique brisé.

Dans les rangs de l’UDC, c’est la joie. On tape sur l’épaule du chef, on lui serre la main. Au centre et à gauche de l’hémicycle, impossible en revanche de distinguer des sourires.

Le président du groupe démocrate-chrétien vient ensuite à la tribune pour reconnaître la défaite de son parti.

Parmi l’assistance, la tension descend de plusieurs crans. Désormais les jeux sont faits.

Le désespoir des femmes

Les élections suivantes (Joseph Deiss, Samuel Schmid et Micheline Calmy-Rey) se déroulent rapidement. Il n’y a vraiment plus d’enjeux.

Peu après 11h00, la victime du jour fait une apparition à la tribune. Ruth Metzler fait contre mauvaise fortune bon cœur. Avec un pâle sourire, elle déclare qu’«il y a une vie après le Conseil fédéral». Spectateurs et parlementaires en sont certainement convaincus, un silence gêné précède cependant les applaudissements.

Mais reste encore à désigner le successeur de Kaspar Villiger. Les deux candidats officiels sont la Bernoise Christine Beerli et l’Appenzellois Hans-Rudolf Merz. Dans l’attente du verdict, nombre de femmes parlementaires se succèdent au micro des différentes chaînes de radio et de télévision.

Leur discours est presque invariablement le même: il faut au moins deux femmes au Conseil fédéral. Mais l’Assemblée en décide autrement. C’est finalement Hans-Rudolf Merz qui est élu.

Les femmes auront donc bu la coupe jusqu’à la lie. Dans leurs rangs, et principalement à gauche, c’est une véritable soupe à la grimace.

Une élection! Quelle élection?

Vers midi, au sortir du Palais fédéral, l’impression du début de matinée se confirme. Oui, vraiment, il faut beaucoup d’imagination pour se convaincre d’avoir vécu une journée historique.

La Place fédérale est vide. Il est vrai que la police a érigé des barrières pour tenir les éventuels badauds à distance.

Seul face à l’entrée du Palais, le chancelier du canton de Fribourg dépose du vin. Avec l’éviction de Ruth Metzler, c’est en effet le ministre fribourgeois Joseph Deiss qui a été nommé président de la Confédération pour 2004.

Dans un coin de la place, une dizaine de manifestants agitent quatre drapeaux: trois sont rouges, le quatrième est celui de l’Union européenne.

Plus loin dans la ville, une manifestation se met en marche. Elle est bien modeste. Quelque 150 jeunes s’avancent en sifflant. Ils protestent contre l’entrée de Christoph Blocher au gouvernement.

Finalement, la vraie foule, c’est sur le marché de Noël qu’on la rencontre. Elle profite de la pause de midi pour faire quelques achats.

Visiblement, elle non plus n’a pas l’impression que la journée est historique. Sait-elle seulement qu’à quelques centaines de mètres, une élection a peut-être changé le visage de la politique suisse?

swissinfo, Olivier Pauchard

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