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Affaire Borodine: mystérieuse visite d’un magistrat russe à Genève

Le juge Rouslan Tamaïev a démenti être venu demander la libération de Pavel Borodine,. Keystone

Le juge russe Rouslan Tamaïev a apporté mardi à Genève des documents relatifs à l'affaire Mabetex-Mercata. Il a également abordé avec le procureur Bernard Bertossa le dossier Pavel Borodine dont la Suisse a demandé l'extradition.

Cette information émane de Bernard Bertossa en personne. A l’issue de l’entretien qu’il a eu avec le magistrat russe, le procureur genevois a déclaré à l’afp qu’ils avaient convenu de ne pas ébruiter la teneur de leur conversation sur l’affaire Borodine.

Bernard Bertossa a précisé que les documents transmis par le juge Tamaïev étaient en russe et qu’il faudrait un délai pour les traduire. Il s’agit de documents qui avaient été réclamés par le juge d’instruction genevois Daniel Devaud, dans le cadre de l’entraide judiciaire entre la Suisse et la Russie.

A son arrivée, le juge Tamaïev a déclaré à la presse qu’il n’était pas venu demander à M. Bertossa une libération de Pavel Borodine, mais plutôt aider la justice genevoise.

Le juge Rouslan Tamaïev qui est venu mardi à Genève pour rencontrer le procureur Bertossa, est parfois imprévisible, justement par exemple par cette façon de débarquer sans crier gare.

Il était déjà dans l’avion lundi matin, quand les autorités consulaires russes ont informé le Parquet genevois de sa venue. Rouslan Tamaïev avait aussi provoqué une certaine surprise le 13 décembre, quand il avait annoncé qu’il venait de classer l’affaire Mabetex, parce qu’il n’avait pas trouvé de délit.

Pour le reste, le profil de Rouslan Tamaiev est assez lisse. Il avait été juge en Tchétchénie avant d’être transféré à Moscou au début des années 90, où on lui a confié plusieurs dossiers de corruption de fonctionnaire.

Il est maintenant le numéro deux de la section chargée des affaires criminelles les plus graves. Et, en général, ses enquêtes n’aboutissent pas à des procès. C’est un phénomène répandu en Russie lorsque les enquêtes s’attaquent à des gens haut placés.

La particularité du dossier Mabetex c’est qu’il avait été formellement classé: Tamaïev disait et répétait depuis six mois qu’il ne voyait pas comment la justice suisse pourrait accuser qui que ce soit dans cette affaire de corruption au Kremlin et de blanchiment d’argent en Suisse.

Reste qu’à Genève le juge Devaud a fini par considérer que l’affaire Mabetex était la petite sœur de l’affaire Mercata, du nom d’une autre société tessinoise qui aurait versé quinze fois plus de pots-de-vin pour rénover le Kremlin, 60 millions de dollars en tout.

Alors, si la justice russe commence à s’intéresser elle aussi au volet Mercata de l’enquête, le juge Tamaïev pourrait se replonger dans les affaires de corruption au Kremlin.

La Suisse a formellement demandé lundi aux Etats-Unis l’extradition de Pavel Borodine. L’ex-intendant du Kremlin et actuel secrétaire de l’Union Russie-Bélarus a été arrêté le 17 janvier à New York, à la demande de la Suisse, alors qu’il se rendait à la cérémonie d’investiture du président américain George W. Bush.

Henri Roth, Moscou

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