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L’incertitude règne parmi les Suisses de l’étranger dans les pays du Golfe

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De la fumée s'élève au-dessus de Dubaï après une attaque iranienne: l'espace aérien au-dessus de Dubaï et dans certaines parties de la région du Golfe reste temporairement fermé. Keystone / AP

Entre les alertes aux missiles, la fermeture des espaces aériens et les appels soucieux en provenance de leur pays d’origine, l'escalade au Proche et au Moyen-Orient inquiète aussi les Suisses sur place. Pour beaucoup, la vie oscille actuellement entre le quotidien et l’urgence. Les témoignages de Suisses de la région montrent à quel point chacun vit la situation différemment.

L’escalade au Proche et au Moyen-Orient touche la communauté suisse. Des milliers de Suisses de l’étranger vivent et travaillent dans les pays que l’Iran attaque actuellement.

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Depuis ce week-end, les Suisses du Proche et du Moyen-Orient sont confrontés à des questions pratiques: quelle est la gravité de la menace? Faut-il quitter leur pays de résidence? Et quand sera-t-il possible de partir?

Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) appelle les ressortissantes et ressortissants suisses à suivre les instructions des autorités locales, à respecter les mesures de sécurité et à mettre à jour leurs coordonnées via le guichet en ligne. Aucun départ organisé n’est prévu pour l’instant. En cas d’urgence, une ligne d’assistance à Berne est disponible 24 heures sur 24. Les représentations suisses dans les pays touchés restent également ouvertes et apportent leur soutien aux Suisses dans la mesure du possible.

Les autorités locales, notamment celles des Émirats arabes unis, soulignent que l’approvisionnement en denrées alimentaires et en biens de première nécessité est assuré. Des systèmes de défense aérienne ont été activés dans plusieurs États du Golfe. Le DFAE n’a pas connaissance de Suisses blessés.

Jusqu’à présent, aucune demande de rapatriement n’a été formulée par des Suisses de l’étranger, a déclaré lundi en conférence de presse Marianne Jenni, directrice de la Direction consulaire du DFAE et responsable du centre de crise à Berne. Ce dernier travaille d’arrache-pied depuis samedi, notamment pour venir en aide aux citoyennes et citoyens suisses, mais plutôt à des touristes bloqués sur place qu’à des expatriés. Beaucoup de Suisses vivant dans les zones sensibles ont la double nationalité et connaissent donc très bien les conditions locales, explique Marianne Jenni.

Que ressent-on quand des alertes s’affichent sur son téléphone portable? Quand des traînées lumineuses éclairent le ciel? Quand la famille et les amis restés en Suisse appellent, inquiets? Nos témoignages en provenance des Émirats arabes unis, du Qatar et d’Oman montrent à quel point normalité et incertitude cohabitent actuellement.

Depuis Dubaï: «C’est un sentiment désagréable»

Rosy Pangari
Rosy Pangari vit à Dubaï depuis fin 2025. zVg

Rosy Pangari, 52 ans, n’a émigré à Dubaï qu’en novembre dernier. Elle qui a grandi en Argovie et a travaillé longtemps dans le domaine du coaching développe actuellement une activité en ligne en tant que coach en carrière et en candidature. Dubaï a été pendant dix ans une destination de vacances pour elle. Elle vit désormais dans le quartier de Downtown, à quelques minutes à pied du Burj Khalifa, le plus haut gratte-ciel du monde.

Le premier jour de l’escalade des hostilités, elle a été prise de terreur. «J’étais paniquée», raconte-t-elle à Swissinfo. Dimanche, le gouvernement local a fait savoir que la population pouvait se sentir en sécurité. «Je n’ai pas quitté mon appartement depuis samedi, mais des amis me disent que les restaurants sont pleins», illustre la Suissesse expatriée. Beaucoup de gens vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. «Si l’on n’entendait pas les explosions, on pourrait croire qu’il ne se passe rien.»

Dans le même temps, elle lit des articles sur les impacts et les missiles interceptés. «Le système de défense est censé fonctionner, on dit que ce ne sont que des débris qui tombent», décrit-elle. Mais un sentiment de malaise persiste: «C’est un sentiment désagréable de savoir que des missiles volent au-dessus de nos têtes.»

Rosy Pangari habite au deuxième étage d’un immeuble et s’en félicite aujourd’hui. «J’ai toujours pensé que vivre en hauteur, c’était le rêve. Mais en fait, plus on vit haut, plus on se rend compte de ce qui se passe. Je me sens plus en sécurité en bas.»

Elle ne pense pas à partir pour l’instant. «Je ne veux pas être dans un avion dans cet espace aérien, je me sens plus en sécurité au sol.» Pour l’instant, elle veut observer l’évolution de la situation. Ses amis et sa famille en Suisse et en Italie – elle est binationale suisse et italienne – s’inquiètent. «J’ai délibérément pris beaucoup de temps pour téléphoner à mes proches et les rassurer», explique Rosy Pangari, qui s’est expatriée seule.

Elle trouve la communication de la représentation suisse plutôt succincte mais a tout de même reçu un e-mail contenant les informations officielles.

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Depuis Doha: «Je pense que le danger pour les civils est faible»

Un autre Suisse de l’étranger établi au Qatar a un avis quelque peu différent. Ce Soleurois de 54 ans souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité. Il travaille depuis 25 ans dans le secteur pétrolier, notamment en Irak où il a vécu quatre ans. Il dirige actuellement un projet dans le domaine du pétrole et du gaz à Doha.

Il habite dans un quartier central de la capitale qatarie. «On entend régulièrement un grondement sourd, comme un orage. Aujourd’hui il y a eu une série de détonations», dit-il à Swissinfo. Des traînées de missiles ou d’interceptions sont parfois visibles dans le ciel. Cela ne le dérange pas, car il n’est pas la cible, expose-t-il avec pragmatisme. «Je me sens suffisamment protégé dans mon hôtel», affirme-t-il.

Il reçoit les alertes directement sur son téléphone portable. Samedi, des dizaines d’alertes ont retenti dans le hall de l’hôtel, demandant aux personnes de rester à l’intérieur. Ce Suisse de l’étranger est enregistré auprès de l’ambassade suisse et reçoit les informations et les messages du DFAE.

Il estime que le danger pour les civils est faible. «J’ai travaillé dans des pays plus dangereux. On s’habitue à certains risques.» Sa famille vit aux Pays-Bas, et il fait normalement la navette entre l’Europe et le Qatar. Il a un vol prévu dans les prochains jours, qui dépend désormais de l’évolution de la situation: «On verra si je peux prendre l’avion.»

Il ne ressent les effets de cette escalade des hostilités que de manière indirecte. Par exemple avec la consigne de télétravailler – comme pendant la pandémie de Covid –, la fermeture des clubs de plage ou encore les services publics qui tournent au ralenti. Il observe différentes réactions dans son environnement de travail international. «Certaines personnes sont très affectées, d’autres sont plus sereines», observe-t-il. Lui fait partie de la deuxième catégorie.

En ce qui concerne la dimension géopolitique, et le détroit d’Ormuz en particulier, il déclare: «Ce conflit a le potentiel d’un méga-conflit. Mais je ne pense pas que cela intéresse vraiment quelqu’un. Je pars du principe que la raison l’emportera.»

Depuis Oman: «Loin des combats, tout est calme»

Franz et Pia Feldmann
Franz et Pia Feldmann sont actuellement en voyage à Oman. zVg

Franz Feldmann, 61 ans, voyage avec sa femme Pia depuis septembre 2024. Ils se trouvent actuellement à Oman. Il rapporte qu’ils sont pour l’instant loin des grandes villes et que la situation est difficile à évaluer. «Globalement, tout est calme», déclare-t-il.

Ils ont entendu parler de bombardements, notamment dans la ville portuaire de Duqm, mais n’ont rien remarqué à l’intérieur du pays. «Les magasins sont pleins et les gens semblent sereins», explique le Suisse.

La situation géopolitique complique néanmoins l’organisation de leur voyage. Leur visa expire le 10 mars et ils réfléchissent maintenant à la suite de leur itinéraire, qui devait initialement passer par Dubaï, puis l’Irak et la Turquie. «Tout est un peu incertain, nous ne savons pas comment les choses vont évoluer.»

La situation n’est toutefois ni menaçante ni dangereuse, d’après lui. «Nous pouvons tous être tranquilles, on se sent comme avant», affirme Franz Feldmann. Comparé à Dubaï, où des amis lui ont signalé des explosions, le Sultanat d’Oman est sûrement l’alternative la plus sûre en ce moment dans la région, selon lui.

Actuellement, plus de 4000 touristes suisses sont bloqués dans les pays touchés. «Personne ne sait combien de temps cette situation va durer», admet Marianne Jenni, de la Direction consulaire du DFAE, depuis Berne. La hotline du DFAE a jusqu’à présent répondu personnellement à environ 1000 demandes et traité au total 1200 appels de manière automatisée. Mais le personnel de la hotline lui-même ne peut souvent que renvoyer aux possibilités qui sont disponibles actuellement.

Beaucoup de Suisses sont bloqués dans des hôtels. Le DFAE est en contact avec la compagnie aérienne Swiss afin d’étudier les solutions possibles pour les touristes. Mais il ne sera possible de prendre des mesures concrètes que lorsque l’espace aérien sera à nouveau ouvert. Il est désormais important que tous les voyageurs et voyageuses soient enregistrés sur l’application Travel Admin.

Relu et vérifié par Balz Rigendinger, traduit de l’allemand par Pauline Turuban à l’aide d’un outil de traduction automatique

Les ressortissantes et ressortissants suisses sont appelés à suivre les instructions des autorités locales et à contacter directement leur compagnie aérienne ou leur agence de voyage. Il est en outre recommandé de s’enregistrer sur l’application Travel AdminLien externe .

La Helpline du DFAE est joignable 24 heures sur 24 au +41 800 24 7 365 / +41 58 465 33 33 ou par e-mail à l’adresse helpline@eda.admin.ch.

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