L’avortement en question
Le 2 juin, le peuple se prononcera sur une initiative qui remet en question le principe même de l'avortement. Ce texte jugé extrémiste provoque une levée de boucliers.
Cette initiative dont l’intitulé exact est «pour la protection de l’enfant à naître et pour l’aide à sa mère dans la détresse» provient de l’Association «Aide Suisse pour la mère et l’enfant». Elle a été déposée en novembre 1999, munie de 105 000 signatures valables.
Interdiction presque complète
L’initiative prévoit que la Confédération protège la vie à naître et édicte des directives sur l’aide à apporter à sa mère dans la détresse. Tout avortement deviendrait punissable, sauf si l’interruption de grossesse est le seul moyen de sauver la vie de la mère. Toute autre raison serait inadmissible.
Les initiants n’admettent notamment pas un viol comme une raison valable pour avorter. Au cas où une femme tomberait ainsi enceinte, les auteurs du texte lui offrent seulement la possibilité de consentir à son adoption.
L’initiative demande enfin que les cantons accordent l’aide nécessaire pour les mères qui se retrouvent dans un état de détresse. Ils peuvent également confier cette tâche à des institutions privées.
Rejet massif
Lors des débats parlementaires, une très large majorité d’élus se sont opposés à cette initiative considérée comme extrémiste. Le résultat du vote du Conseil national a ainsi été sans appel: le texte a été refusé par 142 voix contre 6 et 14 abstentions.
La conseillère nationale Anne-Catherine Ménétrey fait partie des parlementaires qui se sont le plus vivement opposés à ce texte. Pour elle, la demande des initiants est beaucoup trop radicale. Il est par exemple inconcevable que l’avortement soit refusé, alors que la mère a été violée ou qu’elle souffre d’une grave maladie transmissible comme le sida.
Pour l’élue écologiste, les partisans de l’initiative se focalisent trop sur le seul droit à la vie. «Il ne faut pas seulement considérer la vie à naître, mais également voir dans quelles conditions pourra s’épanouir cette vie», estime Anne-Catherine Ménétrey.
Si le peuple acceptait ce projet, les conséquences seraient dramatiques, avertit encore Mme Ménétrey. On assisterait à nouveau à un tourisme gynécologique et, plus grave, ce serait un retour aux avortements clandestins avec leurs conséquences dramatiques sur la santé publique.
Refus de l’eugénisme
Présidente de l’association «pour la mère et l’enfant», Magali Wittwer ne juge pas cette initiative extrémiste. «Mais il s’agit d’une question de principe, déclare-t-elle. Le droit de la femme s’arrête là où commence celui de l’enfant à naître.»
La question très litigieuse du viol ne lui pose par ailleurs pas de problème. «Il y a en Suisse environ 400 viols déclarés par année, explique Mme Wittwer. Or, des études montrent qu’il n’y a qu’une conception pour 1000 viols. Ajouté à cela que les femmes violées prennent généralement la pilule du lendemain, ce cas de figure est rarissime».
Reste le problème des maladies graves et des malformations. Pour ces cas aussi, Magali Wittwer ne voit pas de raison d’avorter. «Ce serait de la sélection d’enfants, explique-t-elle. Or, nous refusons totalement l’eugénisme. D’autant plus que beaucoup de personnes handicapées sont heureuses d’être en vie».
swissinfo/Olivier Pauchard
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.