Paradis de l’eau ou paradis des promoteurs?
«Ce sera le futuroscope de l’eau», disait Claude Roch en lançant le projet Port-Valais 2005. Aujourd’hui, l’ancien maire de la commune siège au gouvernement cantonal et le dossier est en mains de son successeur Paul Baruchet, ancien chef des constructions.
L’idée remonte à 1994. A l’époque, l’Expo des trois lacs est prévue sur le Léman, le Bodan et le Lac de Lugano. Et c’est le village du Bouveret, commune de Port-Valais, à l’embouchure du Rhône, qui doit accueillir le volet romand.
Mais la Suisse ne veut pas prendre le risque d’une célébration aussi éclatée. Déception en Valais, où certains décident de ne pas laisser retomber le soufflé et imaginent Port-Valais 2005.
A l’époque, Le Bouveret n’a pour attraction que la beauté de son site et son parc de trains miniature, géré par un petit groupe de passionnés.
Avec l’arrivée de l’Aquaparc, on change de dimension. 35 millions de francs d’investissements et une réalisation ultra-rapide, sous la houlette d’un jeune promoteur de 30 ans, Blaise Carroz.
Rapidement, la sécurité du parc est mise en question. Mais quelques bobos et deux accidents mortels n’ont pas altéré son succès. Moins de trois ans après son ouverture, Blaise Carroz peut le revendre et investir à son tour massivement dans la future Marina qui longera le canal.
Le projet de cette «cité les pieds dans l’eau» – sur le modèle de Port-Grimaud, dans le Golfe de Saint-Tropez – est prêt à affronter la mise en consultation publique, et Paul Baruchet affirme que les ventes de logements vont déjà bon train.
La Marina est devisée à 70 millions. Si l’on y ajoute la zone de villas prévue un peu plus loin, on voit que le volet commercial de Port-Valais 2005 prend plus de poids que le volet ludique et éducatif.
«C’est un truc de promoteurs!», s’énerve Gilles Anchise, ébéniste, que les chantiers vont obliger à déménager.
Pour lui comme pour d’autres à Port-Valais, le projet est irréaliste. En plus d’Aquaparc, doivent encore arriver deux parcs à thème: l’Ile Crusoe et Cap Santé. Le premier est bloqué par une dernière opposition et le second – soutenu logistiquement par l’Organisation mondiale de la Santé – cherche son financement.
«Comment voulez-vous qu’une famille s’offre tout ça en une visite?», demande Gilles Anchise. Et le fait que Port-Valais vienne de faire l’acquisition de l’Arteplage mobile du Jura, le bateau ivre d’expo.02, ne modère en rien son scepticisme.
«Une belle connerie», conclut l’artisan.
swissinfo, Marc-André Miserez au Bouveret
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