Pour les «Non à l’Europe», la Suisse n’est pas mûre pour l’adhésion
Les adversaires de l'initiative «Oui à l'Europe» sont montés au créneau mardi. Plaidant le pragmatisme, ils estiment que le moment n'est pas encore venu pour la Suisse d'ouvrir des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE).
Formé de 102 parlementaires du camp bourgeois, le comité réunit aussi des adversaires de l’adhésion, admettent ses représentants. Le chef de la Lega et conseiller national tessinois Giuliano Bignasca figure notamment dans ses rangs.
Pour le comité, l’initiative soumise au vote le 4 mars pose la mauvaise question au mauvais moment. Sous le slogan «Penser européen, agir raisonnablement», il estime qu’il faut d’abord expérimenter les accords bilatéraux.
Obtenus après des négociations difficiles, ces accords ne sont d’ailleurs pas encore ratifiés par tous les pays concernés, insiste le comité.
Les opposants rappellent aussi que, lors de la campagne sur les bilatérales, il avait été souligné que ces accords ne constituaient pas un premier pas vers l’adhésion. Dire oui à l’initiative des jeunes reviendrait à trahir cette promesse, selon le conseiller aux Etats Jean-Claude Cornu (PRD/FR).
Pour lui, les accords permettront de convaincre une partie de la population des avantages de l’UE. Mais à l’heure actuelle, l’adhésion est prématurée. M. Cornu refuse de parler de cavalier seul. La Suisse est déjà amarrée à l’Europe par un faisceau de liens bilatéraux. Cet acquis ne peut être remis en cause, selon lui.
Le conseiller aux Etats Hans-Rudolf Merz (PRD/AR) estime, lui aussi, que la Suisse n’est pas encore prête. Une adhésion nécessiterait près de 70 révisions au niveau de la Constitution ou de la loi. Il s’agirait de réformer le gouvernement, les droits populaires, le système monétaire ou encore la fiscalité.
L’initiative «Oui à l’Europe» est dangereuse, lance, de son côté, le conseiller national Walter Frey (UDC/ZH). La question de l’ouverture de négociations d’adhésion à l’UE est une compétence du Conseil fédéral. S’il était obligé de négocier immédiatement, sa position s’en verrait affaiblie.
Un non à l’initiative permettrait d’examiner avec soin les prochains pas en direction de l’Europe, note le comité. On pourrait ainsi évaluer les conséquences des trois scénarios de politique européenne. A savoir, l’extension des accords bilatéraux, un EEE (Espace économique européen) bis ou l’adhésion pure et simple à l’UE.
Pour mémoire, les partisans de l’initiative, eux, souhaitent que le Conseil fédéral entame sans délai des négociations en vue d’une adhésion. Ils insistent surtout sur le fait que la Suisse est de toute façon déjà très liée à l’UE. Mais, actuellement, elle ne peut que subir les décisions de Bruxelles. Seule une adhésion lui permettrait d’influer quelque peu sur son destin.
swissinfo avec les agences
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