«Joyau de la couronne» ou héritage diplomatique encombrant?
Chère lectrice, cher lecteur,
Depuis le début de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, un vieux sujet est à nouveau débattu en Suisse: le mandat de puissance protectrice que le pays exerce en faveur des États-Unis et de l’Iran.
Les deux pays n’entretenant pas de relations diplomatiques, ils communiquent par des voies indirectes. L’un de ces canaux est ce mandat, souvent qualifié en Suisse de «joyau de la couronne». Voici comment cela fonctionne: lorsque les États-Unis souhaitent transmettre une communication officielle à l’Iran, la Suisse en assure la transmission avec, si nécessaire, une contextualisation appropriée, comme on l’entend parfois. Ce que cela signifie concrètement reste flou, car le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne communique pratiquement rien à ce sujet.
Ce mandat fait régulièrement l’objet de critiques en Suisse, qui estiment qu’il revient à soutenir un régime d’injustice et qui préconisent son abandon par Berne.
Le gouvernement l’a toutefois toujours défendu, car il permet de générer du «goodwill» diplomatique, soit de projeter l’image d’une Suisse bienveillante. Il est désormais d’autant plus important que «ce canal de communication entre Washington et Téhéran reste ouvert», indiquait dimanche le ministère des Affaires étrangères suisse.
Il ne faut toutefois pas surestimer ce mandat de puissance protectrice, comme me l’a expliqué lundi Laurent Goetschel, directeur de l’institut de recherche Swisspeace: «La Suisse joue en quelque sort un rôle de facteur. Si les États-Unis souhaitent s’adresser à l’Iran par un canal officiel, ils peuvent solliciter la Suisse, mais il ne s’agit pas d’une mission de médiation.»
Par le passé, une véritable médiation n’a eu lieu que de manière ponctuelle et sur des questions très spécifiques, par exemple lors d’échanges de prisonniers. Il a également été fait état à plusieurs reprises de transferts de fonds transitant par des banques suisses dans ce contexte.
Ce mandat ne confère pas non plus à la Suisse une position privilégiée. Alors que les autorités consulaires cherchent depuis plusieurs jours des solutions pour les quelque 4000 voyageurs suisses bloqués dans la région, celles-ci indiquaient lundi qu’elles «ne savaient pas que l’attaque allait avoir lieu». Le «facteur» n’avait manifestement pas été informé au préalable.
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Giannis Mavris
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