Quatre ans après la Suisse, l’Allemagne s’attaque au dossier Elf
L'Allemagne vient de décider de se constituer partie civile dans une affaire qui débute en 1992 avec le rachat par la compagnie française Elf de la raffinerie Leuna. Cinq ans plus tard, la justice helvétique découvre que cette vente a donné lieu à de copieuses commissions - 64 millions de francs suisses - transitant par Lausanne.
Il a fallu attendre la fin du procès Elf à Paris, et les réquisitoires particulièrement durs de l’avocat général, notamment à l’encontre des anciens dirigeants d’Elf, pour que la République fédérale d’Allemagne décide enfin de s’intéresser à la vente de la raffinerie Leuna par le groupe Elf. L’affaire des pots-de-vin est pourtant connue depuis quatre ans.
Paul Perraudin, le juge genevois en charge de l’affaire Elf, découvre en 1997 l’existence d’une commission de 256 millions de francs français (64 millions de francs suisses). Elle est passée par Nobleplac, une société appartenant à André Guelfi, dit «Dédé la Sardine», un intermédiaire français installé à Lausanne.
L’argent, arrivé en décembre 1991, est reparti le jour même sur les comptes de deux personnages proches des services secrets français et allemand, Pierre Lethier (qui perçoit 96 millions de francs français) et Dieter Holzer (crédité de 160 millions de francs français).
Pendant longtemps, les juges français chargés de l’affaire Elf vont refuser de s’intéresser à ce scandale qui risquerait de ternir les relations entre les deux poids lourds de l’Union européenne, la France et l’Allemagne.
Il a fallu attendre l’année dernière pour qu’un mandat d’arrêt international soit lancé contre l’ancien espion français Pierre Lethier, résidant dans le canton de Genève, et aujourd’hui en fuite.
Du côté allemand, c’est pire. Le juge suisse Paul Perraudin ne trouve pas d’interlocuteur pour lui répondre. On lui dit systématiquement qu’aucune information judiciaire n’a été ouverte sous prétexte qu’aucun financement illégal d’un parti politique allemand n’a pu être prouvé.
Un argument aussitôt démenti par le Palais de Justice de Genève. Depuis plus d’un an, il détiendrait des preuves que la commission versée à Dieter Holzer aurait arrosé des proches du parti conservateur (CDU).
Apparemment la République fédérale d’Allemagne vient de changer son fusil d’épaule. Afin de se constituer partie civile, elle a adressé lundi une demande d’entraide à la justice suisse.
Ian Hamel
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