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«Il faut cesser avec cette barrière de la langue!»



Michel Bouquet et Florence Loiret Caille réunis par 'La petite chambre'.

Michel Bouquet et Florence Loiret Caille réunis par 'La petite chambre'.

Le 6ème Festival du film français d’Helvétie (FFFH) se tient jusqu’à dimanche dans la ville bilingue de Bienne. En ouverture – et en présence du comédien Vincent Perez – a été projeté le long métrage «La petite chambre», un premier film en forme de révélation.

«C’est deux personnes qui se trouvent à un moment charnière de leur vie. Elles sont les deux en perte de repères. Et leur rencontre va leur permettre à chacune d’évoluer, chacune dans sa voie. C’est une rencontre qui ne se fait pas sans dégâts, du moins elle est chaotique, mais elle amène, enfin je l’espère, vers un mieux», nous explique l’une des coréalisatrices de «La petite chambre», Véronique Reymond, avant la projection du film.

D’un côté, il y a Reymond, interprété par Michel Bouquet. Reymond, un vieillard au cœur fragile qui noie dans l’écoute d’œuvres pour piano la solitude qui est la sienne. De l’autre, il y a Rose (Florence Loiret Caille), une jeune femme ébranlée existentiellement par la perte de l’enfant qu’elle portait. Elle est infirmière à domicile et s’occupe du vieillard acariâtre.

La rencontre va se faire, maladroitement d’abord, intensément ensuite, entre ces deux individus que tout sépare et qui ont pour point commun d’avoir été blessé par la vie - par les liens du sang, plus précisément. Elle a perdu un bébé, il est abandonné par son fils.

Ténacité

Evidemment, les thématiques abordées – la vieillesse, la solitude, la mort d’un enfant – ont tout pour nous plonger dans le pathos le plus déprimant. Mais le jeu remarquable des deux comédiens principaux (extraordinaire économie de moyens de Michel Bouquet), la sobriété de la caméra, les notes d’humour tendre parviennent à faire que le film évite cet écueil. Présenté en première mondiale au Festival du film de Locarno, «La petite chambre» a semble-t-il entraîné une standing ovation d’une petite dizaine de minutes dans la salle du Fevi – 3200 places.

Ce film, la Lausannoise Véronique Reymond l’a réalisé avec sa copine d’enfance devenue collaboratrice, Stéphanie Chuat. «C’est un sujet qui est né grâce à un concours de la Télévision suisse romande, ‘Films d’ici’, qui demandait que l’on traite des sujets de société en Suisse. C’est pour cette raison qu’on s’est intéressé à la vieillesse, au vieillissement de la population.» Dur, mais symptomatique raccourci: la Suisse, pays du 3e âge?

Quoi qu’il en soit, ce film est la preuve qu’une œuvre suscitée par un concours peut rencontrer un public… «Oui, mais il faut beaucoup de ténacité, et il ne faut pas avoir peur des portes qui se ferment. Une porte qui se ferme sera une porte ouverte un jour» constate, philosophe, Véronique Reymond.

«Biel», c’est «Bienne», aussi !

La porte de «La petite chambre» s'est ouverte à Locarno, à Montréal, et, ce jeudi, à Bienne où se tient donc le Festival du film français d’Helvétie, une manifestation dont le but avoué est de sensibiliser la communauté alémanique (majoritaire) à la culture francophone, et de positionner Bienne (Biel en allemand), également en tant que ville francophone.

«Pour la ville de Bienne, c'était essentiel, dès le départ de soutenir ce festival», nous disait l’année passée Pierre-Yves Moeschler, responsable de la culture (ainsi que de la formation et de la prévoyance sociale) à l'Exécutif de la ville. Avant d’ajouter: «Bienne étant bilingue, le côté francophone parfois n'est pas suffisamment perçu de l'extérieur. Nous trouvions donc intéressant de pouvoir utiliser ce festival pour le rayonnement de la ville, et que le festival comme le cinéma français puissent utiliser la ville de Bienne comme porte d'entrée vers la Suisse alémanique».

Un festival de films français en terre majoritairement alémanique, la question touche-t-elle l’acteur Vincent Perez (Cyrano de Bergerac, La Reine Margot, Fanfan la Tulipe) né de mère allemande et de père espagnol à Lausanne? «Oui, c’est important! Il faut cesser avec cette barrière de la langue, ici et dans le monde entier! C’est vrai, en Suisse, les films français ont de la peine à passer dans les régions germanophones, donc l’initiative de ce festival est tout à fait appropriée, je la soutiens», répond-il.

A tel point que Vincent Perez est le parrain de cette 6e édition du FFFH. «Ce festival est dirigé par Christian Kellenberger et Christian a la foi dans le cinéma. Or comme ce métier on ne peut pas le faire sans la passion, l’acharnement, cela me fait vraiment plaisir d’être parrain d’un festival comme celui-là», souligne l’acteur.

Films français… et suisses

Effectivement, en cette soirée d’ouverture, Christian Kellenberger bondit à droite et à gauche, serre des mains, et a l’enthousiasme communicatif. Alors, cette 6e édition? «Il y a des temps forts avec ‘Sauvage’ de Jean-François Amiguet, avec ‘Chantrapas’ d’Otar Iosseliani, la sélection découvertes du samedi, ‘L'avocat’ de Cédric Anger dimanche. Et je me réjouis de retrouver pour la 3e fois à Bienne Jean-Stéphane Bron», dit-il. Jean-Stéphane Bron qui vient présenter à Bienne «Cleveland contre Wall Street», LE film suisse dont tout le monde parle ces temps.

Le duo Reymond-Chuat, Amiguet, Bron… Beaucoup de Suisses pour un festival de films français, non? «Non, répond le directeur. Dès 2006, on a présenté des films suisses ou des coproductions suisses. C’est un souhait du festival depuis des années d’avoir une telle fenêtre. Il est vrai qu’il y a beaucoup de films suisses cette année: trois longs métrages, et quatre courts-métrages. Mais ce n’est pas un changement de démarche, c’est une programmation liée à la qualité des films qui sortent. Et cette année est remarquable».

Nouveauté, par contre, de cette 6ème édition: un concours de courts-métrages. Et le président du jury n’est autre que le parrain de la manifestation. «Vincent Perez nous a dit que la sélection de courts-métrages était l’une des plus belles sélections de courts-métrages qu’il ait jamais vue!», se réjouit Christian Kellenberger.

Le FFFH, c’est jusqu’à dimanche soir. La grande majorité des films présentés sont sous-titrés en allemand et les nombreux podiums organisés avec les artistes – réalisateurs, comédiens - bénéficient d’un système de traduction simultanée…

BIENNE

Bilingue. Bienne (environ 50.000 habitants) est située au pied du Jura (francophone) et dans le canton de Berne (à majorité germanophone).

Langues officielles. Le français et l'allemand sont les deux langues officielles de la ville.

60-40. 60% de la population est germanophone, 40% est francophone.

1-2-3. 36,9% des habitants sont monolingues, 32,9% bilingues et 20,3% sont trilingues ou plus.

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FFFH

6ème. La 6ème édition du Festival du film français d'Helvétie (FFFH) a lieu à Bienne du 15 au 19 septembre.

Dites 33. Au programme, 33 films et 33 invités, dont le comédien Vincent Pérez, parrain de la manifestation cette année.

Premières. Parmi les 14 premières, «Sauvage» de Jean-François Amiguet, «Les petits mouchoirs» de Guillaume Canet, «Hors-la-loi» de Rachid Bouchareb, «Donnant donnant» d'Isabelle Mergault ou «Chantrapas» d'Otar Iosseliani.

Pont(s). Le FFFH se veut un pont entre les communautés romande et alémanique en utilisant le langage universel qu'est le cinéma – francophone en l'occurrence. Mais aussi un pont entre le public et les professionnels du cinéma: de très nombreux podiums et rencontres sont organisés. Les discussions lors des podiums sont traduites et la grande majorité des films bénéficient d'un sous-titrage en allemand.

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