Accusées, les banques islamiques montent au front
Le prince saoudien Al Faisal Al Saud, qui préside une société financière à Genève, réfute toute implication dans le financement du terrorisme.
Depuis les attentats du 11 septembre, la presse occidentale ne cesse de montrer du doigt les établissements arabes qui auraient abrité des fonds terroristes ou soutenu des groupes armés via des dons à des organisations caritatives.
Face à ces attaques, les hommes d’affaires islamiques, d’habitude plutôt enclins à une discrétion absolue, expriment leur révolte et dénoncent «la phobie des médias envers la finance islamique».
Interview exclusive de la TSR
«Beaucoup de fausses informations circulent sur les banques islamiques. Nous voulons remettre les choses au point. Nous n’admettons pas les accusations voilées et calomnieuses qui nous sont adressées», précise Son Altesse le prince Mohamed Al Faisal Al Saud dans une interview que la Télévision Suisse Romande (TSR) diffusera dimanche soir lors de son émission «Mise au point».
Le prince Al Faisal Al Saud appartient à la famille royale saoudienne. Né en 1937, c’est l’un des fils de l’ancien roi Faisal et le neveu de l’actuel souverain Fahd. Il est notamment à la tête de Dar Al Maal Al Islami Trust (DMI), un des plus grand groupe financier islamique dont le siège juridique est situé à Nassau et qui possède une filiale financière à Genève, la Faisal Finance.
DMI gère selon les principes coraniques plus de 3,5 milliards de dollars. Certains médias ont cité cet établissement, ainsi que d’autres banques islamiques, parce qu’il serait soupçonné d’avoir participé au financement du réseau d’Oussama Ben Laden.
Mohamed Al Faisal Al Saud dément catégoriquement l’implication de sa société dans ce dossier car la destination des fonds est contrôlée. «Le système de fonctionnement des banques islamiques ne permet pas d’attribuer de l’argent sans qu’il y ait un projet spécifique à la clé, un actif concret».
La gestion islamique en forte expansion
Ces dernières années, le secteur de la finance islamique a connu une forte expansion et de nombreux établissements occidentaux, comme la Citibank, la BNP ou les suisses UBS et Pictet, ont mis sur pied des unités «islamiques» et des centaines de milliards de dollars seraient gérés selon les principes coraniques.
Le respect de la Charia implique de ne pas verser ou percevoir d’intérêts et de ne réaliser que des investissements éthiques en évitant, par exemple, les sociétés liées à l’alcool, aux casinos ou à la viande de porc. L’argent doit être affecté à un projet concret, à un actif, alors que les opérations purement spéculatives sont prohibées.
Pourtant, des observateurs estiment que, dans les banques du Moyen-Orient, le système de contrôle de l’argent sale souffre d’importantes faiblesses et que les fonds criminels peuvent facilement s’y infiltrer.
«C’est plutôt le contraire, il est plus facile de détecter les fonds criminels au sein d’une banque islamique car nous avons des relations très étroites avec nos clients, dont nous connaissons les affaires et les membres de leur famille parfois depuis plusieurs générations», explique Iqbal Khan, responsable de la division islamique du géant bancaire HSBC.
Il reste des progrès à faire
Le professeur Rifaat Ahmed Abdel Karim, secrétaire général de l’organisation d’audit des institutions financières islamiques, émet, lui, quelques bémols en matière de transparence.
«Nous devons encore développer et généraliser nos systèmes pour tracer plus précisément la source des fonds et vérifier concrètement leur utilisation finale, y compris pour les associations caritatives». Il faudra mettre en place des standards financiers pour contrôler la comptabilité de ces organisations.
Luigino Canal
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