Décollage réussi pour la nouvelle Crossair
Les émotions n'ont pas manqué. Mais les actionnaires ont accepté le changement de stratégie de leur compagnie aérienne. Exit Moritz Suter.
Le suspense n’avait cessé de croître, ces derniers jours. Mais le bras de fer n’a finalement pas eu lieu. C’est en ouvrant l’assemblée générale de Crossair que son président et fondateur a en effet annoncé la démission de l’ensemble de l’actuel conseil d’administration. Moritz Suter se retire donc. Complètement.
Une annonce faite devant plus de 2500 d’actionnaires réunis depuis le début de l’après-midi dans la halle Saint-Jacques de Bâle. Une assemblée tenue dans une atmosphère chargée d’émotions.
«Il m’est difficile de prendre congé», a avoué Moritz Suter, interrompu à de nombreuses reprises par des applaudissements. Dans la pénombre clignotaient des dizaines de petits cœurs lumineux, témoignage de soutien et de fidélité, notamment des employés, à «leur» Crossair.
Des règlements de compte
Mais, avant de jeter l’éponge, le fondateur a tenu à régler ses comptes, notamment vis-à-vis du groupe de pilotage chargé par les nouveaux investisseurs de sélectionner de nouveaux administrateurs. Un groupe dirigé par le président de Nestlé, Rainer E. Gut.
«Je respecte bien entendu le fait que les actionnaires désignent le conseil d’administration», a admis Moritz Suter. Mais il n’a pas caché l’amertume avec laquelle il a vécu ce choix. Avant de conclure: «Quelque chose ne va pas dans ce pays, au plus haut niveau de la politique et de l’économie».
En fait, les débats ont à plusieurs reprises tourné autour de la question de la cohésion nationale. Zurich et les grandes banques ont été montrées du doigt. Un actionnaire est monté à la tribune pour comparer Zurich à un éléphant et la Suisse à un magasin de porcelaine.
A la manière de Nikita Kroutchev
Un autre, reprenant le geste de Nikita Kroutchev à la tribune des Nations unies, s’est servi de sa chaussure pour appuyer ses propos: «Non, Monsieur Gut, comme cela ça ne va pas», s’est-il exclamé.
Moritz Suter a de son côté averti les nouveaux maîtres de Crossair: «Il en va de la Suisse, pas seulement de Zurich ou d’un petit cercle qui croit pouvoir décider de l’économie suisse».
Mais une fois le vide fait, il fallait procéder à l’élection d’un nouveau conseil d’administration. C’est à Peter Forstmoser qu’est revenue la tâche, difficile face à cet auditoire, de défendre la liste proposée par le comité de pilotage.
Le professeur zurichois, auquel les deux grandes banques avaient confié leurs droits de vote, très largement majoritaires, a été interrompu à maintes reprises, sifflé par les actionnaires. Mais la démocratie des assemblées générales est celle du capital. Et les onze nouveaux administrateurs, avec à leur tête le Néerlandais Pieter Bouw, ancien patron de KLM, ont passé la rampe sans problème.
Nouveaux propriétaires
Pas de problème non plus pour la proposition d’augmentation du capital, qui passe de quelques 330 millions à près de 2,8 milliards de francs, au maximum. Crossair enfle donc généreusement. C’est en fait une mutation.
Ses nouveaux propriétaires sont la Confédération, certains cantons ou communes, l’UBS et le Credit Suisse, mais aussi beaucoup de grands noms de l’économie suisse.
Pierre Gobet, Bâle
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