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Nicolas Kolly: «Il est essentiel que les Suisses de l’étranger participent davantage aux votations et élections»

Nicolas Kolly
«Mon activité politique se concentre sur la Suisse et ses habitants, mais je prends au sérieux les préoccupations de la Cinquième Suisse», confie le conseiller national UDC Nicolas Kolly. Katy Romy / SWI swissinfo.ch

Le conseiller national UDC Nicolas Kolly est favorable à l’introduction du vote électronique pour les Suisses de l’étranger. Dans notre série «La Cinquième Suisse sous la Coupole», il assume toutefois une priorité claire: les Suisses du pays avant ceux de l’étranger, même s’il s’engage à défendre les intérêts de la diaspora.

En Suisse romande, Nicolas KollyLien externe a été la figure de proue de la campagne en faveur de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», rejetée dimanche par la majorité du peuple et des cantons. Le Fribourgeois de 40 ans reconnaît que ce combat aurait pu fragiliser le statut des Suisses établis dans l’Union européenne (UE). 

Élu en 2023 au Conseil national, il revient sur les enjeux de la session pour les Suisses de l’étranger, sur leur place dans le débat politique et sur sa vision du rôle de la Suisse dans le monde.

Contrairement à la France ou à l’Italie, qui accordent des circonscriptions électorales à leurs citoyens expatriés, les Suisses de l’étranger ne disposent pas de représentation directe sous la Coupole fédérale. Cela ne signifie pas pour autant que leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Plus de 60 députés et sénateurs (sur 246) sont membres de l’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger»Lien externe . Chaque semaine de session, nous donnons la parole à l’un d’entre eux dans notre format «La Cinquième Suisse sous la Coupole».

Swissinfo: Quelle a été pour vous la priorité durant cette session?

Nicolas Kolly: Cette session a été marquée pour moi par la fin de la campagne pour l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», refusée dimanche par le peuple. Je me suis beaucoup engagé en Suisse romande en faveur de ce texte de mon parti, qui visait à freiner la croissance démographique.

Parmi les objets traités durant la session, deux dossiers m’ont particulièrement occupé en tant que membre de la Commission de l’énergie: le débat sur le contre-projet à l’initiative «Stop au black-out», qui propose de lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, ainsi que la révision de la loi sur la radioprotection, qui vise à redéfinir le financement de la sécurité nucléaire.

Quel est le sujet le plus important de la session pour la Cinquième Suisse? 

Peu d’objets concernaient directement la communauté des Suisses de l’étranger durant cette session. Toutefois, beaucoup de dossiers ont une incidence pour elle aussi. Par exemple, l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» aurait pu avoir des incidences sur l’Accord sur la libre circulation des personnes. Cela aurait touché nos relations avec l’Europe et potentiellement les Suisses de l’étranger.

Auriez-vous été prêt à vous accommoder d’une fragilisation du statut des Suisses établis au sein de l’Union européenne?

À partir du moment où nous étions prêts à toucher au statut des Européens en Suisse, il aurait fallu accepter d’éventuelles répercussions pour nos concitoyens à l’étranger. C’est une question d’égalité de traitement. L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» visait à limiter les effets néfastes de la croissance démographique en Suisse. Lorsqu’on légifère, nous devons avant tout garder à l’esprit les intérêts des citoyens qui vivent dans le pays, tout en veillant, bien sûr, à éviter autant que possible des effets collatéraux pour les Suisses de l’étranger.

Comment voyez-vous la Suisse dans le monde en ce moment? 

Je pense que la Suisse doit se repositionner comme un pays strictement neutre, comme elle l’était jusqu’au début des années 2000. Depuis lors, une série de décisions a progressivement affaibli cette neutralité. Elles peuvent paraître bénignes, mais ne le sont pas: l’engagement de soldats au Kosovo dans le cadre de la mission internationale de promotion de la paix, l’adhésion à l’ONU ou encore la reprise des sanctions de l’UE contre la Russie après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Ce glissement a fragilisé notre position et incite aujourd’hui d’autres États à exercer davantage de pressions pour que nous prenions parti dans des conflits. Si le peuple devait accepter en septembre l’initiative sur la neutralité, la Suisse pourrait s’appuyer sur ce vote pour réaffirmer clairement sa neutralité absolue et expliquer qu’elle ne prend pas parti. Cela nous permettrait de mieux nous protéger, mais aussi de servir le monde, notamment en mettant mieux à profit notre tradition de bons offices.

Pourquoi vous engagez-vous pour l’électorat des Suisses à l’étranger? 

Je me bats pour que chaque pays préserve sa culture et son identité, mais je suis quelqu’un de très ouvert au monde, qui adore voyager et découvrir de nouveaux horizons. Il est important, à mes yeux, de maintenir un lien fort avec nos compatriotes expatriés, car ils sont, à leur manière, des représentants de la Suisse à l’étranger, au même titre que notre diplomatie.

Par ailleurs, notre pays est reconnu pour la qualité de sa formation duale, qui contribue régulièrement à son rayonnement à l’international, notamment lors des championnats du monde des métiers. J’ai moi-même débuté par un apprentissage de mécanicien et je me suis engagé à plusieurs reprises au Parlement pour valoriser cette voie. Cela est dans l’intérêt des Suisses de l’étranger qui ont suivi ce parcours.

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Quels sont vos liens avec la communauté des Suisses de l’étranger? 

Dans ma jeunesse, j’ai été garde suisse au Vatican pendant deux ans et demi. J’ai ainsi fait l’expérience de la vie à l’étranger et du sentiment que l’on éprouve en rentrant au pays. J’en ai retiré une grande fierté d’être suisse, mais aussi un enrichissement personnel lié à la découverte d’un autre environnement culturel et linguistique.

Je continue à entretenir un lien fort avec la communauté suisse à Rome, notamment à travers les gardes suisses pontificaux. Au Vatican, on ressent la présence d’une véritable «petite Suisse», avec ses cultures, ses traditions et ses différentes langues.

J’ai également des contacts avec des Suisses établis au Canada, issus de familles d’agriculteurs qui ont dû quitter la Suisse en raison de la pression de l’urbanisation, afin de pouvoir continuer à exercer leur métier là où des terres agricoles étaient encore disponibles.

Avez-vous pu obtenir des victoires ou avez-vous dû concéder des défaites en défendant les intérêts des Suisses de l’étranger? 

Mon activité politique se concentre sur la Suisse et ses habitants. Je ne me définis pas comme un lobbyiste des Suisses de l’étranger. Je prends toutefois au sérieux les préoccupations des Suisses de l’étranger. J’ai, par exemple, eu des contacts avec un descendant de Suisse d’Amérique latine qui avait perdu la nationalité.

Estimez-vous que les intérêts des Suisses de l’étranger sont assez représentés sous la Coupole?

Dans l’ensemble, je considère que leurs préoccupations sont prises au sérieux. J’avais notamment soutenu la motion de mon collègue de parti, le conseiller national Jean-Luc Addor, qui demandait la création d’une circonscription électorale pour la diaspora. La proposition a été rejetée par le Conseil national. Elle soulevait par ailleurs un défi: il est difficile pour un élu de représenter la diversité des réalités vécues par les Suisses de l’étranger à travers le monde.

À mes yeux, il est également essentiel que la Cinquième Suisse participe davantage aux scrutins. On constate en effet que le taux de participation y est plus faible qu’en Suisse. Afin de faciliter leur engagement dans la vie politique, je suis ouvert à l’introduction du vote électronique pour les Suisses de l’étranger, à condition qu’il soit pleinement sûr. Cela dit, il appartient aussi aux Suisses de l’étranger de démontrer leur intérêt pour la politique helvétique en participant aux votations et aux élections.

Si vous deviez émigrer à l’étranger, où vous installeriez-vous? 

Je n’ai, aujourd’hui, pas l’intention d’émigrer. Cependant, je me suis rendu en janvier sur l’île de Tenerife pour rendre visite à un ami, un ancien garde suisse pontifical qui y passe sa retraite. J’ai beaucoup apprécié le climat et la qualité de vie sur place. Si je devais m’installer à l’étranger, je choisirais un endroit où la météo est agréable, comme celui-ci, ou de grands espaces, comme le Canada ou le Texas.

Relu et vérifié par Samuel Jaberg

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