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La nouvelle Crossair en phase de décollage

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C'est un tournant pour l'aviation suisse. Les actionnaires de Crossair sont appelés jeudi à entériner le projet de nouvelle compagnie aérienne.

Il y aura foule jeudi après-midi à la halle Saint-Jacques de Bâle. Pas moins de 4500 actionnaires ont en effet d’ores et déjà annoncé leur participation à cette assemblée générale extraordinaire de Crossair. Ils veulent en fait assister à la grande mutation.

Leur compagnie aérienne était régionale, limitée au continent européen. Toujours à la seconde place, derrière Swissair. Elle devrait être, dès le printemps, intercontinentale. Et seule. Un changement de stratégie fondamental, qui figure en tête de l’ordre du jour de cette assemblée générale.

Une place pour Moritz Suter?

Il va falloir aussi renouveler l’équipe dirigeante. Un comité a établi une liste de dix noms, dont huit sont nouveaux (parmi eux le Vaudois André Kudelski et le directeur de l’Administration fédérale des finances, Peter Siegenthaler). S’y ajoute le Néerlandais Pieter Bouw, pour diriger le conseil d’administration. Reste à savoir ce qu’il adviendra de l’actuel président (et fondateur), Moritz Suter.

Autre point essentiel: les actionnaires se prononceront sur une substantielle augmentation de capital. On touche là au cœur du projet Phœnix, élaboré suite à l’effondrement de Swissair. Son but: utiliser Crossair pour maintenir en Suisse une compagnie aérienne capable de desservir l’ensemble de la planète.

De nouveaux actionnaires

L’entreprise bâloise, fondée en 1979, va donc grossir, à la mesure des nouvelles ambitions qui lui sont assignées. Son capital-action doit passer d’à peine 330 millions à près de 2,8 milliards de francs, au maximum. Ce qui signifie, évidemment, l’arrivée de nouveaux propriétaires.

C’est d’abord la Confédération, qui investit 600 millions de francs. Le Parlement a donné son accord à la mi-novembre, dans le cadre d’un plan de sauvetage du secteur aérien (coût: plus de milliards). Mais il y a aussi les cantons – en premier lieu Zurich – et les communes. Au total, les pouvoirs publics mettent plus d’un milliard de francs sur la table.

Viennent ensuite les banques. Le Credit Suisse Group et l’UBS ont racheté début octobre la part majoritaire (quelques 70%) que le groupe Swissair détenait dans Crossair. Les deux grandes banques ont ainsi engagé, à elles deux, 350 millions. Une dizaine d’autres instituts financiers, dont plusieurs banques cantonales, participent à hauteur de 200 millions.

Enfin, derniers acteurs de cette recapitalisation: une série de grands noms de l’économie suisse. Des entreprises (Nestlé, Novartis, Swisscom, qui chacune mettent 100 millions), mais aussi des particuliers (Thomas Schmidheiny, les familles Bertarelli ou Amman). Ces investisseurs apportent au total plus d’un milliard de francs.

Le modèle 26/26

L’Etat, les privés, les banques, les entreprises: tous ont réussi à se retrouver, autour d’un modèle de compagnie aérienne nationale, le fameux projet Phœnix, qui prévoit la reprise d’une partie des activités, du personnel et des avions de Swissair. C’est le plan 26/26, soit la reprise de 26 moyen et de 26 long-courriers.

Mais ce modèle va-t-il tenir le coup, la nouvelle Crossair va-t-elle vraiment garder l’ensemble de ces liaisons héritées de Swissair? «Ce n’est pas tout à fait certain, juge François Savary, analyste financier indépendant à Genève. On sait que pour l’instant, de facto, elle est obligée de le faire. Mais il y aura peut-être une réévaluation.»

Quelle alliance?

Ce point va être abordé, jeudi. Mais le texte proposé aux actionnaires reste prudent. Il mentionne la reprise de 52 avions comme un scénario maximum. Tout dépendra en fait d’une autre question: la nouvelle Crossair doit-elle entrer dans l’une des grandes alliances mondiales et laquelle?

Les trois réseaux existant comprennent chacun un grand opérateur européen (British Airways, Air France ou Lufthansa). Une fois la décision prise de s’insérer dans l’un d’eux, il sera sans doute nécessaire de revenir sur ce chiffre de 52 lignes. «Certaines seront appelées à disparaître», conclut François Savary.

Pierre Gobet, Zurich

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