La nouvelle Crossair peut enfin prendre son envol
La Suisse conservera une compagnie aérienne nationale. Le gouvernement et les milieux économiques se sont mis d'accord pour financer la nouvelle Crossair.
La participation du monde économique et des cantons était une condition sine qua non pour que le Conseil fédéral accepte de s’engager pour le maintien d’une compagnie nationale. Après des négociations marathon, l’accord a finalement été annoncé lundi en fin de journée.
Maintien des vols Swissair
La Confédération s’engage surtout pour que les vols de Swissair puissent continuer en attendant le démarrage définitif de la nouvelle Crossair, qui va lui succéder. Un arrêt des vols aurait en effet été une catastrophe, selon le ministre des Transports Moritz Leuenberger.
Le Conseil fédéral avait déjà accordé 450 millions de francs pour que les vols de Swissair puissent continuer jusqu’à la fin de l’horaire d’été, soit le 28 octobre. Lundi, il a décidé d’allouer un milliard supplémentaire.
Cette somme permettra de maintenir des vols long et moyen courrier de Swissair jusqu’au mois de mars. Ce total de 1,45 millard a été accordé à «fonds perdus», comme l’a précisé le ministre de l’économie Pascal Couchepin.
Actionnariat public minoritaire
L’autre volet du financement concerne la recapitalisation de Crossair. Une somme totale de 2,74 milliards était nécessaire pour que la société puisse prendre la succession de Swissair avec quelques chances de succès.
Le gouvernement ne voulait pas que les pouvoirs publics détiennent une majorité des actions de la nouvelle compagnie. La Confédération ne versera donc que 600 millions de francs de capital-actions.
Les cantons passent aussi à la caisse et octroient 400 millions de francs. La plus grande partie de cette somme provient du canton de Zurich, qui verse à lui seul 300 millions. La ville de Zurich fournit pour sa part 50 millions.
Les privés aux commandes
La plus grosse part du capital-actions entre donc en mains privées. Les deux plus gros actionnaires sont les deux principales banques du pays, l’UBS et le Credit Suisse qui ont accepté de participer à hauteur de 350 millions.
Les deux banques avaient déjà repris les parts que Swissair détenait dans Crossair. Avec leur nouvel apport, elles détiennent désormais chacune 10% de la nouvelle société. Le Credit Suisse pour un montant de 728 millions et l’UBS pour 797 millions.
Bien d’autres entreprises ont consenti à financer la nouvelle société. Citons notamment Novartis, Swisscom, Nestlé et Roche qui ont chacune investi 100 millions.
Couchepin «impressionné»
Cette mobilisation du monde économique ravit Pascal Couchepin, qui se dit impressionné. «Dans quel pays les entreprises peuvent-elles réunir 1,8 milliards en quelques jours pour un projet que ne les touche pas directement», a déclaré le ministre de l’économie.
Au final, le capital de la nouvelle société se répartira comme suit: 20% pour la Confédération, 18% pour les cantons et 62% pour l’économie privée.
On ne sait pas encore la taille que pourrait prendre la nouvelle Crossair. Mais le financement obtenu pourrait permettre de retenir le scénario le plus ambitieux, soit le vol de 82 avions de Crossair et le maintien de 26 vols longs courriers et de 26 vols moyens courriers de l’ancienne Swissair.
Pas trop de casse au niveau de l’emploi
Le conseil d’administration et la direction de Crossair établiront un business plan détaillé d’ici fin novembre pour voir si ce scénario est réalisable. Si tel était le cas, «seulement» 14% des 68 000 employés de Swissair perdraient leur travail.
Au total la Confédération aura dépensé presque 2 milliards de francs suite à la déconfiture de Swissair. Mais pour le Conseil fédéral, il s’agissait bel et bien de «sauvegarder l’intérêt supérieur du pays».
Olivier Pauchard, Palais fédéral
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