Les Suisses accros à leur voiture
Ils soutiennent la politique de promotion des transports publics. Pourtant les Suisses effectuent les 2/3 de leurs déplacements en automobile.
«Plutôt que d’homo mobilis, nous devrions parler d’homo automobilis.» Le jeu de mots est de Carlo Malaguerra. Le directeur de l’Office fédéral de la statistique présentait, mardi à Berne, une enquête sur la mobilité en Suisse. Elle révèle que 67% des kilomètres parcourus en Suisse le sont au volant d’une automobile.
Chaque jour, la population suisse parcourt 340 millions de kilomètres au total. C’est à dire 8500 fois le tour de la terre. En d’autres termes, chaque habitant a effectué, en moyenne, 17’400 kilomètres l’an dernier. Un chiffre en hausse de 30% par rapport à 1984, en raison de l’augmentation des loisirs.
Un peuple de conservateurs
La Suisse serait-elle un peuple de conservateurs? Ses habitants n’ont pas modifié la répartition entre leurs modes de transports depuis 1994. En Suisse, 80% des ménages possèdent au moins une automobile. 30% en ont plusieurs. Mais presque 30% des ménages citadins n’ont pas de véhicule privé.
Pourtant, les Suisses sont remplis de bonnes intentions. Ils sont plus de 80% à soutenir un traitement préférentiel pour les transports publics. «Il y a sûrement un paradoxe, admet Pierre-Alain Rumley, directeur de l’Office de l’aménagement du territoire. Mais je trouve déjà remarquable qu’une majorité de Suisses appuient notre politique.»
Comment interpréter ce comportement? «Le Suisse aime le confort, répond Carlo Malaguerra. Il veut avoir sa voiture. Mais lorsqu’il ne l’emploie pas, il veut un réseau de transports publics très dense.»
Et le directeur de l’OFS de poursuivre: «tant que les Suisses seront prêts à payer pour leur voiture et les transports publics, le système fonctionnera. Mais quand ils auront un problème de budget, ils devront choisir.»
Méditer sur la question… en marchant
Comment convertir les Suisses aux transports publics? Selon l’Office de l’aménagement du territoire, les moyens n’ont pas changé. Il s’agit d’améliorer l’offre en transports publics, de mener des actions de sensibilisation, d’utiliser des incitations économiques, de mener une politique d’aménagement du territoire qui ne crée pas des besoins de mobilité supplémentaires…
Les Suisses pourront méditer sur cette question… En marchant. Car l’étude révèle également qu’ils parcourent plus de 620 kilomètres à pieds par année. Une petite surprise pour les enquêteurs. A quand l’homo pedestris?
Caroline Zuercher
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