Questions sur l’avenir de Crossair
Crossair a de nouveaux investisseurs, de nouveaux dirigeants. Mais son nouveau défi - devenir une compagnie nationale rentable - n'est pas gagné d'avance.
Admiratifs, émus, révoltés parfois, les actionnaires de Crossair ont dit adieu, jeudi à Bâle, à Moritz Suter et à son œuvre. La nouvelle Crossair a désormais un conseil d’administration renouvelé et son capital passe à près de 2,8 milliards de francs suisses. Alors: Crossair morte, vive Crossair?
On voudrait le croire. Mais devant l’ampleur de la tâche à accomplir, face à un environnement économique très difficile, personne ne se risque à l’excès d’optimisme. Et les deux nouvelles têtes de la compagnie, le président Pieter Bouw, et le directeur-général André Dosé, ont conjugué jeudi confiance avec prudence.
Marier deux familles
Premier défi: le mariage de deux entreprises, de deux cultures, presque de deux familles. «Ma toute première priorité est de faire fonctionner la nouvelle entité», a déclaré à swissinfo, à l’issue de l’assemblée générale, le Néerlandais Pieter Bouw, ancien patron de KLM. «Il ne faut pas voir les choses sous l’angle de ce qui nous sépare, mais de ce qui nous réunit», a t-il ajouté.
Second défi: la création d’une nouvelle structure rentable. Il va falloir réduire les coûts, André Dosé l’a encore rappelé devant les actionnaires. La flotte va rétrécir d’un tiers, les destinations et la fréquence des vols seront moins nombreuses. Mais il va aussi falloir, on le sait, tailler notamment dans les salaires (moins 10 à 35% pour les employés venant de Swissair).
Quel partenaire?
Troisième défi: la négociation d’une alliance, avec l’un des réseaux mondiaux. «Nous devons analyser cette question dans le détail: quel est le meilleur partenaire pour la nouvelle compagnie suisse», a déclaré Pieter Bouw. Star, Oneworld ou Skyteam?
Le mystère plane encore. «Nous avons pris contact avec les trois alliances. Nous aimerions entamer des négociations concrètes ce mois encore», a ajouté André Dosé.
Ce choix sera sans doute crucial. De lui dépend beaucoup la survie du modèle baptisé 26/26: la reprise, dès le printemps prochain, de 26 moyens et 26 longs-courrier de Swissair. Sur ce dernier point, les dirigeants de la nouvelle Crossair sont d’ailleurs restés prudents.
Un bénéfice dès 2004
Ce modèle est «réalisable», selon Pieter Bouw. Mais, André Dosé a une nouvelle fois averti: ce nombre, 52, doit être considéré comme un objectif. Une révision à la baisse, qui entraînerait de nouvelles suppressions d’emplois, n’est donc pas exclue.
Reste enfin le risque que fait planer la conjoncture mondiale, très défavorable au trafic aérien. Après le 11 septembre, les prévisions de croissance des revenus générés par les passagers ont dû être sévèrement corrigées à la baisse. Une contraction de la demande qui devrait durer 12 à 18 mois, selon André Dosé.
La nouvelle Crossair prévoit, pour l’année prochaine, une perte gigantesque de plus d’un milliard de francs, conséquence du chaos provoqué par l’effondrement de Swissair. Mais, avec 14 milliards et demi de passagers transportés, les chiffres noirs devraient être de retour dès 2004.
Pierre Gobet, Zurich
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