Swissair: Berne dans l’œil du cyclone
La Confédération, qui refuse tout financement en Suisse, dépensera des millions pour des plans sociaux à l'étranger. Les syndicats sont scandalisés.
Voilà des semaines que les autorités fédérales le répètent, face à l’insistance des syndicats : il n’est pas question pour la Confédération de financer un plan social en faveur des employés victimes de la débâcle de Swissair. Un refus encore confirmé, le week-end passé, alors que le Parlement donnait son feu vert au plan de sauvetage de la compagnie aérienne.
C’est pour cela que la nouvelle révélée ce jeudi par L’Hebdo fait l’effet d’une petite bombe. Contrairement à ce qui se passe en Suisse, certains anciens employés de Swissair à l’étranger vont en effet bénéficier de mesures sociales. Des plans financés par le crédit accordé par la Confédération pour permettre à la compagnie de poursuivre ses activités jusqu’en mars.
80 millions au maximum
Rémy Pagany, secrétaire à Genève du Syndicat des services publics est scandalisé. «Nous sommes de plus en plus ébahis par le cynisme avec lequel les autorités et les pouvoirs économiques de ce pays traitent le personnel. Lorsqu’il y a un rapport de force mis en place par les autorités à l’étranger, on cède. Mais on s’attaque à plus faible, le personnel ici en Suisse.»
Les payements à l’étranger pourraient atteindre 80 millions de francs. Une estimation articulée, rapporte l’agence AP, par le directeur du Contrôle fédéral des finances, Kurt Grütter. Près de 7 millions de francs ont été déjà déboursés par la Confédération, en particulier pour des payements faits au Japon.
Car ce n’est pas partout à l’étranger que l’Etat va financer des plans sociaux. Il s’agit des pays où la législation impose de telles mesures et où le bon fonctionnement des opérations de Swissair, en cas de non-payement, pourraient être menacé. En Suisse, par contre, la loi est peu contraignante. C’est aux partenaires sociaux de négocier de tels plans.
«Répondre par la mobilisation»
Les révélations de ce jeudi pourraient en tous cas contribuer à durcir les fronts du côté syndical. «Il n’y a plus d’illusions à se faire, constate Rémy Pagany. Il faut répondre au cynisme par la mobilisation.» A Genève, on semble prêt à répéter l’action de protestation entreprise en début de semaine contre Crossair.
«Nous sommes assez sereins dans cette affaire, ajoute encore Rémy Pagany. Nous savons que jusqu’en mars, jusqu’à la création de la nouvelle société, nous avons les moyens de bloquer, ici à Genève, l’ensemble du trafic d’un jour à l’autre.»
Candidats au conseil d’administration
Par ailleurs, le comité de pilotage présidé par Rainer Gut a complété la liste des candidats au conseil d’administration, qui doivent être élus, le 6 décembre prochain, par l’assemblée générale des actionnaires de la nouvelle Crossair. Parmi eux se trouve notamment l’ancien directeur général de Canadian Airlines, Kevin Benson.
Pierre Gobet, Zurich
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