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Une éviction à questions multiples

Quelques mois seulement après son entrée en fonction, Luqman Arnold quitte la tête de l’UBS. swissinfo.ch

Pourquoi Luqman Arnold quitte-t-il brusquement la direction de l'UBS? Combat des chefs ou retombées de l'affaire Swissair? La banque ne le dira pas.

Mardi, 14h30. Une conférence téléphonique réunit une brochette d’analystes et de journalistes économiques connectés principalement depuis l’Europe et les Etats-Unis. A l’autre bout du fil, Peter Wuffli, nommé le matin même à la présidence de la direction de l’UBS.

«C’est une série de divergences d’opinion qui ont amené le Conseil d’administration à se séparer de Luqman Arnold. Ce départ n’est en aucun cas la conséquence de problèmes financiers, opérationnels ou de contrôle», martèle le nouveau patron de la première banque suisse.

Pendant une bonne heure, les différents intervenants essaieront d’en savoir plus. En vain. Les objectifs de la banque et les stratégies pour les atteindre restent les mêmes. Luqman Arnold a apporté «une très forte contribution» au développement de l’UBS et Peter Wuffli ne dira pas sur quels objectifs son prédécesseur aurait éventuellement été en désaccord avec le reste de l’équipe.

Deux fortes têtes

«On ne peut pas avoir deux têtes au sommet d’une entreprise», avance prudemment un analyste financier zurichois, joint par swissinfo. En précisant bien qu’il s’agit de «pures spéculations», notre interlocuteur rappelle que le président Marcel Ospel continue parfois à mener la banque comme s’il en était encore le directeur et que cette attitude a pu engendrer des frottements avec Luqman Arnold.

Marcel Ospel quant à lui se retranche également derrière l’explication officielle et parle de «divergences». Dans un entretien accordé à l’Agence télégraphique suisse, il dit «estimer les qualités» de Luqman Arnold et continuer à entretenir des relations «détendues» avec lui. Les deux hommes auraient même encore bu un café ensemble mardi matin.

Quant à l’avenir de Luqman Arnold, qui n’aura passé que neuf mois à la tête de l’UBS, Peter Wuffli se refuse à tout commentaire. «C’est son affaire», se contente de dire le nouveau directeur, qui n’est évidemment pas plus disert sur les conditions financières de ce départ.

«Nous nous en tiendrons aux engagements contractuels et il n’y aura pas de parachute doré», lâche laconiquement Marcel Ospel.

L’ombre de Swissair

L’Agence France Presse avance de son côté une explication plus précise. Citant «une source bien informée», elle écrit mardi après-midi que «Luqman Arnold a été mis devant le fait accompli durant toute la crise de Swissair, les décisions stratégiques ayant été prises par Marcel Ospel».

L’agence française précise encore que le directeur aurait été informé par la presse de tous les développements de l’affaire et aurait eu de vives explications à ce sujet avec Marcel Ospel et son vice-président Alberto Togni.

Si personne n’était mardi en mesure de confirmer ou d’infirmer cette version, le fait est que l’UBS a beaucoup investi dans la compagnie nationale en déroute. C’est d’ailleurs en raison d’un retard de paiement de sa part que les avions sont restés au sol le 2 octobre.

Les retombées en termes d’images avaient été catastrophiques pour la banque, qui a vu des milliers de ses clients fermer leur compte en signe de protestation.

La bourse n’aime pas les surprises

Quoi qu’il en soit, ce départ aura surpris tout le monde à commencer par la bourse. «Le marché n’aime pas les changements brutaux à la tête des groupes», rappelle un analyste.

Et les faits lui donnent raison. Une heure après l’ouverture de la bourse suisse, le titre UBS avait déjà perdu 3,3%, à 83 francs 45. En cours de journée, il est même descendu à 81 francs 50, pour remonter légèrement et terminer à 82 francs 75 à la clôture.

Marc-André Miserez

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