Bons baisers de Sibérie
Un climat polaire s'est abattu sur la Suisse. Une vague de froid qui a surpris les météorologues. Même si elle n'est pas exceptionnelle.
«Il est vrai que le mois de décembre est plus normalement marqué par un redoux, lance Philippe Jeanneret, responsable de la météo à la TSR. Un phénomène de redoux qui s’explique par la présence d’un courant de sud chaud, provoqué par la présence d’un anticyclone continental.»
Ce mois de décembre est marqué par la présence sur l’ouest de la Suisse de l’anticyclone des Açores. Or, celui ci permet à l’air polaire de s’infiltrer en Suisse sans problème. Ce phénomène arrive en général vers le mois de janvier ou février.
Cela dit, pour Philippe Jeanneret, «un courant polaire peut pénétrer en Suisse en été déjà, provoquant des chutes de températures aux alentours de 15 degrés.»
Le baromètre le plus bas à la Jungraujoch
«Face à la complexité géographique des Alpes, la vague de froid a été bloquée sur le plateau et en Suisse alémanique. Le Valais et le Tessin se sont réveillés avec des températures plus clémentes entre 0 et -5 degrés.»
En revanche, la température record de -14,4 degrés a été enregistrée en plaine dans la région de Berne. D’autres valeurs très basses ont été notées à Bâle, Genève et la Chaux de Fonds, entre -9 et -12 degrés.
Le record de froid de cette nuit de jeudi se situe à la Jungfraujoch, soit -30,7 degrés.
«Nous sommes toutefois loin des records de froid enregistrés en Suisse, comme au mois de février 1985 où la Brévine a enregistré une température de – 41 degrés», ajoute Philippe Jeanneret.
La bise renforce le froid
L’impression que la bise active le froid n’est pas une idée reçue. Elle peut même faire descendre les températures de plus de 10 degrés. C’est ce qui s’est passé», explique François Benedetti, responsable du magasine météo à la RSR.
Pour exemple, les -30,7 degrés de la Jungfrau ont été ressentis à – 60 degrés en raison de rafales soufflant à 135 kilomètres à l’heure. «Ces différences avec la température réelle du mercure ont été étudiées scientifiquement, précise François Benedetti, notamment au Québec, pays de grand froid.»
Ainsi, une température de -10 degrés sans vent sera ressentie comme une température de – 15 degrés si le vent souffle à 10 km/h et -26 degrés, si le vent souffle à 70 km/h.
«Les Québécois appellent cela le refroidissement éolien», explique François Benedetti. En Suisse l’appellation est devenue «facteur de refroidissement»
«Ces études ont été réalisées essentiellement pour des raisons de sécurité des personnes. Principalement à titre préventif, pour éviter les gelures», conclut le spécialiste météo de RSR.
Quelques perturbations de trafic
Ce froid soudain a quand même eu quelques conséquences. Ainsi, les avions ont pris du retard à Kloten, puisqu’il a fallu les dégivrer avant le décollage. Par ailleurs, les CFF ont été légèrement touchés par cette vague de froid. La plupart des trains roulant sur le plateau ont accusé un retard de 10 à 40 minutes.
Jean-Louis Thomas
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