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Quel futur pour l’UNRWA?

Des bulldozers israéliens démolissent certaines parties du siège de l'UNRWA dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 20 janvier 2026.
Des bulldozers israéliens démolissent des locaux de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée, le 20 janvier 2026. Keystone

L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens traverse la pire crise de son histoire. Sous pression politique, fragilisée financièrement et de plus en plus marginalisée à Gaza, l’UNRWA voit son avenir s’assombrir.

Au moment de quitter son poste, le 31 mars, Philippe Lazzarini, commissaire général de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), n’a pas caché son inquiétude quant au futur de son organisation, confrontée à «d’immenses défis».

«L’UNRWA est proche de ne plus être viable», a-t-il averti lors d’une conférence de presse au Palais des Nations, à Genève.

Fondée en 1949 pour apporter un soutien aux réfugiés palestiniens déplacés par la guerre de 1948, l’UNRWA fournit depuis lors des services de base en matière de santé et d’éducation à plusieurs millions de personnes au Proche-Orient. Si l’organisation assure aujourd’hui des fonctions quasi étatiques, elle ne devait à l’origine qu’apporter une aide provisoire. Mais en l’absence d’un règlement politique du conflit israélo-palestinien, son mandat a été systématiquement renouvelé.

UNRWA au Proche-Orient
Graphique: Kai Reusser, Swissinfo

Depuis le début de la guerre à Gaza, en réponse aux attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, l’UNRWA subit une pression intense. En plus de deux ans, les bombardements israéliens ont tué près de 400Lien externe des 13’000 employés de l’agence dans l’enclave palestinienne, alors que des centaines de ses locaux ont été détruits. Un bilan sans précédent dans l’histoire de l’ONU.

En janvier 2026, la tension a atteint un nouveau sommet lorsqu’Israël a démoli les locaux de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée, après avoir interdit l’activité de l’agence sur son territoire.

Éliminer l’UNRWA est «un objectif de guerre»

«Son élimination est devenue un objectif de guerre», a déclaré Philippe Lazzarini, évoquant les attaques israéliennes contre l’agence. Selon lui, l’UNRWA fait l’objet d’une «campagne de désinformation» du gouvernement israélien, lequel affirme que l’organisation est infiltrée par le Hamas et n’est plus opérationnelle dans les territoires palestiniens. Le but serait d’éroder le soutien de la communauté internationale ainsi que les droits des Palestiniens dans le cadre d’un règlement du conflit, a ajouté Philippe Lazzarini.

Historiquement opposé à l’UNRWA, Israël estime que l’agence perpétue le conflit israélo-palestinien en permettant la transmission du statut de réfugié d’une génération à l’autre. Côté palestinien, le fait que l’agence tienne un registre des réfugiés est perçu comme la reconnaissance d’un droit au retour, une revendication à laquelle s’oppose le gouvernement israélien.

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Depuis 2024, Israël accuse l’UNRWA de faillir à son devoir de neutralité et plusieurs membres de son personnel d’avoir participé aux massacres du 7 octobre. L’agence, qui nie ces accusations, a répondu en suspendant les employés concernés.

Ces allégations ont fait l’objet de plusieurs enquêtes. La première, menée par l’ancienne ministre des Affaires étrangères française Catherine Colonna, a conclu que l’UNRWA disposait des mécanismes visant à garantir sa neutralité, même si des progrès pouvaient encore être faits. La deuxièmeLien externe, interne à l’ONU, a indiqué n’avoir aucune preuve, ou des preuves insuffisantes, concernant 10 des 19 employés accusés. Pour les neuf autres, elle a conclu qu’ils pourraient avoir été impliqués dans les attaques sans être en mesure de l’affirmer avec certitude.

Suspension des financements accordés à l’UNRWA

Les accusations portées par Israël ont incité plusieurs pays, dont les États-Unis et la Suisse, à suspendre leurs contributions financières. L’année suivante, Berne a finalement rétabli son financement, divisé par deux pour un total de 10 millions de francs. Jusqu’alors premier contributeur, Washington a mis fin à son soutien en 2025. En 2023, le pays avait versé 422 millions de dollars à l’agence.

«L’UNRWA est en train d’être lentement étouffée», estime Max Rodenbeck, directeur de projet Israël-Palestine au Crisis Group à Londres, une ONG internationale. «Il est presque certain que l’agence ne survivra pas sous sa forme actuelle», ajoute-t-il, soulignant les pressions financière et politique que l’organisation subit.

L’UNRWA est confrontée à des difficultés budgétaires antérieures à la guerre à Gaza. Son financement dépend largement des contributions volontaires des États et varie donc d’année en année. En 2025, l’organisation a reçu quelque 830 millions de dollarsLien externe, contre 1,33 milliardLien externe en 2024 et 1,48 milliard l’année précédente.

L’agence a récemment dû réduire de 20% les salaires versés à ses employés locaux alors que ses ressources doivent lui permettre de tenir jusqu’au mois de septembre, a précisé Philippe Lazzarini.

Philippe Lazzarini
Le Suisse Philippe Lazzarini, ex-commissaire général de l’UNRWA, lors d’une conférence de presse au Palais des Nations, à Genève. Keystone / Salvatore Di Nolfi

L’UNRWA est «marginalisée» à Gaza

L’an dernier, Israël a imposé des contraintes opérationnelles à l’UNRWA. Le Parlement israélien a adopté une législation interdisant ses activités sur le territoire national et aux responsables israéliens de collaborer avec ses équipes. Cette interdiction a été justifiée par les intérêts sécuritaires israéliens et par des accusations de collusion entre l’UNRWA et le Hamas.

En début d’année, Israël a démoli les locaux de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée, s’affranchissant de l’immunité accordée aux bâtiments de l’ONU.

Phillipe Lazzarini l’a reconnu, l’UNRWA – qui a joué rôle clé dans la distribution de l’aide d’urgence au début de la guerre à Gaza – ne peut plus apporter de soutien alimentaire à la population gazaouie, car Israël interdit à ses camions d’accéder à l’enclave.

«L’UNRWA a été marginalisée à Gaza», souligne Max Rodenbeck, qui ajoute que «des dizaines de milliers de tonnes de fournitures de l’agence pourrissent dans des entrepôts».

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Selon son commissaire général, l’UNRWA reste toutefois «l’un des principaux prestataires de soins de santé primaires, d’éducation, d’approvisionnement en eau potable, d’assainissement et d’hygiène», ayant même «étendu ses activités» dans ces domaines à Gaza.

Depuis plus de six mois, un accord de cessez-le-feu est officiellement en vigueur dans l’enclave, même si plus de 730 PalestiniensLien externe, dont huit travailleurs humanitairesLien externe, ont été tués durant cette période. À Genève, les agences de l’ONU déplorent régulièrement des conditions de sécurité dangereuses ainsi qu’un accès insuffisant pour les livraisons humanitaires.

Les Forces de défense israéliennes (FDI) accusentLien externe le Hamas de violer la trêve et indiquent «éliminer des terroristes». Elles nient bloquer l’accès de l’aide humanitaire à Gaza, affirmantLien externe «sécuriser» les livraisons afin qu’elles ne tombent pas en mains du Hamas.

L’UNRWA est écartée du plan de paix

Alors que doit débuter la deuxième phase du plan de paix de Donald Trump, retardée par la guerre en Iran, Philippe Lazzarini a reconnu qu’il ignorait «quelle marge de manœuvre» serait accordée à l’organisation.

Interrogé sur son avenir, il a dit souhaiter que «l’agence retrouve son caractère temporaire», ajoutant avoir «exhorté les États membres à tirer parti du personnel et de l’expertise de l’UNRWA à Gaza, qui constituent un atout essentiel pour la mise en œuvre réussie de la résolution 2803 du Conseil de sécurité». Le Suisse a appelé à ce que les services essentiels de l’agence continuent à être fournis, «tout en l’impliquant dans la construction de la future institution palestinienne qui, à l’issue d’un processus politique, deviendrait la bénéficiaire de ses activités».

Adoptée le 17 novembre 2025 à New York, la résolution 2803Lien externe approuve le plan en 20 points du président américain visant à mettre un terme à la guerre. Le texte reconnaît la légitimité du Conseil de la paix, dirigé par Donald Trump, comme «administration transitoire» qui définira les modalités du «redéveloppement» de l’enclave. Ce dernier a créé en janvier un Comité national pour l’administration de Gaza, composé de 15 technocrates, chargé d’assurer la gouvernance transitoire.

À peine mentionnée dans le texte, l’ONU est décrite comme une «organisation coopérante» pour la distribution de l’aide humanitaire. Et si le nom de Donald Trump y apparaît six fois, celui de l’UNRWA en est absent.

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Interrogé sur le rôle de l’agence lors de son passage à Genève le 22 avril, Jeff Bartos, ambassadeur des États-Unis pour la gestion et la réforme de l’ONU, a déclaré: «Le secrétaire [d’État] a été très clair: l’UNRWA, c’est terminé. Et comme le souligne le plan en 20 points, nous allons nous concentrer sur le Comité national pour l’administration de Gaza.»

Dans ce contexte, il est «très difficile» de savoir à quoi ressemblera l’avenir de l’agence, souligne Max Rodenbeck. «Son futur fait l’objet de débats depuis un certain temps. Certaines propositions envisagent de réduire son champ d’action ou qu’elle se concentre sur certains aspects de son mandat». Modifier ce dernier nécessiterait toutefois l’accord de l’Assemblée générale, où siègent les 193 pays membres de l’ONU.

Contactée au sujet du futur de l’organisation, la mission d’Israël auprès des Nations unies à Genève indique que «l’UNRWA ne fait pas partie de la solution, mais du problème» et rappelle que le pays «ne coopérera pas» avec l’agence, conformément à sa législation. En ce qui concerne l’acheminement de l’aide à Gaza, elle ajoute que «comme dans d’autres conflits dans le monde, des agences spécialisées de l’ONU et des ONG travaillent sur le terrain et l’aide est acheminée», et y voit la preuve que l’agence «n’est pas indispensable».

Le successeur de Philippe Lazzarini n’est pas connu

Le successeur de Philippe Lazzarini, qui a quitté son poste fin mars, demeure inconnu. Sa nomination incombe au secrétaire général, Antonio Guterres. Ce dernier pourrait toutefois léguer cette tâche au prochain chef de l’ONU, qui le remplacera l’an prochain.

En attendant, Christian Saunders, haut fonctionnaire au siège de New York, assure l’intérim, ce qu’il avait déjà fait après le départ de Pierre Krahenbühl en 2019.

Interrogé sur le profil idéal, Max Rodenbeck répond: «Il faudrait une personne capable de s’occuper en même temps de la situation à Gaza et de lever des fonds pour l’agence; deux aspects difficiles à concilier. Et vous pouvez l’imaginer, ce n’est pas un travail que beaucoup de gens veulent.»

Texte relu et vérifié par Virginie Mangin/livm/ptur

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