Coup de pouce génétique dans la lutte contre le sida
Un gêne aide les patients à réagir positivement aux thérapies antivirales. Il a été découvert à Lausanne.
Les médicaments antirétroviraux, dont la trithérapie fait partie, sont une arme puissante contre le SIDA. Avant leur utilisation, une personne exposée montrait les premiers symptômes de la maladie environ dix ans après avoir été contaminée. Une fois l’infection manifestée, son espérance de vie n’était plus que d’une quinzaine de mois.
Aujourd’hui, grâce aux traitements pharmaceutiques, la période d’incubation précédant l’apparition des premiers symptômes peut durer vingt, parfois trente ans. Et l’espérance de vie des malades dépasse les trois ans.
Pas tous égaux devant les médicaments
Pourtant, l’organisme des personnes infectées ne réagit pas toujours de la meilleure façon aux médicaments antirétroviraux.
Certains patients tolèrent la toxicité des médicaments et les effets secondaires importants. Leur système immunitaire montre alors des signes de reprise quelques mois après le début du traitement.
Mais d’autres patients sont moins résistants. Sur eux, les médicaments ne produisent pas les mêmes effets.
Explication génétique
Un groupe de chercheurs suisses conduits par Amalio Telenti, de la division des maladies infectieuses au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), a découvert que ces différences de réaction au traitement ont une explication génétique.
Le scientifique et ses collègues ont conduit une étude sur 123 volontaires, porteurs du virus HIV-1. Ils ont analysé leur ADN, et ont enregistré les effets sur leur organisme de deux médicaments antirétroviraux puissants: l’Efavirenz et le Nelfinavir.
Durant six mois de traitement, les médecins ont mesuré à intervalles réguliers la concentration de médicament, de virus et de cellules dans le système immunitaire de leurs patients. Ils ont ensuite confronté ces données avec le profil génétique des volontaires.
Ils ont ainsi découvert que le traitement est plus efficace chez les patients porteurs d’une variante particulière du gêne MDR1. Dans l’organisme de ces personnes, la concentration des cellules du système immunitaire augmente rapidement après le début du traitement.
Le gêne MDR1 est responsable de la synthèse de la P-glycoprotéine, une molécule qui régule la diffusion des antirétroviraux dans l’organisme et à l’intérieur des cellules.
Amalio Telenti et ses collègues, qui ont publié les résultats de leur étude dans la revue médicale The Lancet, font l’hypothèse que la P-glycoprotéine protège en fait les cellules du système immunitaire des substances toxiques. Et les préserve aussi des attaques des médicaments.
Maria Cristina Valsecchi
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