Deux géants pharmaceutiques devant la justice genevoise
Le suisse Serono et l'américain Biogen, qui se disputent l'accès au marché américain pour leur médicament contre la sclérose en plaques, se retrouvent mercredi devant la Cour de justice de Genève. L'enjeu financier de cette bataille judiciaire représente près d'un milliard de dollars.
Contre la sclérose en plaques, la maladie neurologique la plus fréquente chez les jeunes adultes, Biogen a commercialisé en 1996 un médicament, l’Avonex.
La compagnie s’est vu accorder par les autorités américaines un monopole sur le marché américain jusqu’en juin 2003, en vertu d’une loi destinée à encourager les entreprises effectuant des recherches médicales novatrices.
La sclérose en plaques frappe deux millions de personnes dans le monde, dont 450 000 en Europe. Les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de guérir, seulement de ralentir, voire de stopper son évolution.
Pour la conquête du marché américain
En 1998, Serono, troisième société mondiale de biotechnologie dont le siège est à Genève, lançait également son médicament contre la sclérose en plaques, le Rebif, qui représente aujourd’hui 30% de son chiffre d’affaires de 2,2 milliards de francs en 2000.
Pour avoir le droit d’accéder au marché américain avant le 30 juin 2003, Serono s’est vu demander par la Food and Drug Administration (FDA) une étude comparative directe entre le Rebif et l’Avonex.
Selon cette étude, menée sur 677 patients dans neuf pays, les patients souffrant de sclérose en plaques de type récidivant/rémittent traités avec le Rebif ont 90% de chances supplémentaires de ne pas être atteints par une poussée de la maladie pendant la période d’observation (six mois) que ceux traités avec l’Avonex.
En clair, toujours selon l’étude de Serono, les malades traités avec le Rebif peuvent mener une vie normale bien plus longtemps, les deux médicaments ayant été testés sur le long terme.
Fort de cette étude, Serono espère pouvoir accéder au marché américain dès l’an prochain. Biogen entend retarder au maximum cette échéance et conteste la validité de l’étude. La compagnie américaine réalise dans la vente de médicaments un chiffre d’affaires annuel de 1,8 md de francs. L’Avonex, seul, a représenté 82% des ventes en 2000 et plus de 90% au premier trimestre 2001.
En avril, Biogen France SA, qui défend les intérêts de la société mère en Europe, avait déposé plainte contre Serono pour lui interdire de faire état de son étude sur l’Internet. Serono avait passé outre les mesures provisoires arrêtées et avait publié en mai, puis en juin les résultats de son étude. Ce qui avait déclenché le dépôt d’une nouvelle plainte.
Inquiétude des malades
Les malades, intéressés au premier chef, s’inquiètent. Pour Jacques Mean, responsable du groupe Riviera de la Société suisse de sclérose en plaques (SSSP), une entreprise doit pouvoir annoncer les résultats d’une étude, au nom de la libre concurrence.
«Ce seraient les patients qui deviendraient les victimes, si la justice devait museler une entreprise pharmaceutique pour des raisons d’argent. Cela pose un problème éthique», a-t-il estimé.
La confrontation directe des deux concurrents aura lieu mercredi, devant la Cour de justice de Genève. Selon un avocat, vu l’épaisseur du dossier, il est peu probable que la cour rende son jugement le jour même.
La bourse, elle, a déjà tranché. Depuis six mois, le titre Biogen a perdu environ 12,6%, tandis que l’action Serono s’est appréciée de quelque 11%.
swissinfo avec les agences
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.